Le spectacle « Ma différence T’EMMERDE ! », porté par l’association Burns and Smiles, s’est tenu lundi 2 novembre à Charbonnières-les-Bains. Avant cela, deux tables rondes ont abordé l’accès à la culture des personnes en situation de handicap et leur place dans le spectacle vivant. Une initiative de Sébastien Arcos, maire de la commune, accompagné par la Région représentée par Sophie Rotkopf, vice-présidente en charge de la culture. Par Ophélie Fink
«Quand vous êtes à un dîner et que vous ne pouvez pas parler du dernier film parce qu’il n’était pas adapté à votre handicap, vous êtes déjà mis de côté. » Pour Pascal Parsat, expert du handicap dans la culture, ne pas pouvoir profiter d’une œuvre peut aussi conduire à être exclu des conversations du quotidien. Une difficulté qui dépasse la seule question de l’aménagement des salles.
Solutions concrètes
Au Théâtre des Célestins, à Lyon, les contraintes d’un bâtiment historique du XIXe siècle n’empêchent pas la mise en place de dispositifs adaptés. Cette saison, cinq spectacles bénéficient d’une audiodescription, permettant aux spectateurs déficients visuels de suivre les déplacements des comédiens, les décors et les costumes grâce à un commentaire transmis dans un casque. L’établissement a également conçu, avec des personnes concernées, une maquette tactile et pédagogique pour découvrir son architecture et son fonctionnement.
Pour Martin Rochon, de l’entreprise Okeenea, spécialisée dans les solutions d’accessibilité, les difficultés commencent parfois avant même d’arriver sur place. Localisation de l’entrée, transports, stationnement ou cheminement jusqu’au bâtiment : autant d’informations essentielles qui ne sont pas toujours communiquées. « Le parcours, il commence chez soi », rappelle-t-il. L’entreprise développe notamment des balises sonores permettant aux personnes déficientes visuelles de se repérer.
L’association Zicomatic intervient dans environ 200 établissements médico-sociaux de la région. Son directeur, Clément Dumon, défend une double approche : proposer des animations au sein des structures et accompagner leurs résidents vers les événements grand public. Pour le festival Musilac, l’association achète notamment près de 200 places.
Des artistes à part entière
La compagnie Testudines a mené des immersions dans six établissements accueillant des personnes âgées, notamment atteintes de la maladie d’Alzheimer, pour préparer sa création La Godasse. Théâtre, danse et langue des signes ont servi de supports aux échanges. Sa directrice artistique, Peggy Hugon, développe également des créations partagées avec des enfants présentant des troubles du neurodéveloppement. Ces derniers participent à l’écriture, aux chorégraphies, à la musique et même à la communication des spectacles. Certains s’étonnent alors que ces artistes ne les interrogent pas sur leur diagnostic. Une réaction qui montre combien ils sont habituellement définis par leur handicap.
Annelise Uhlrich, autrice et metteuse en scène de L’Hashtag Compagnie, défend quant à elle la place des comédiens en situation de handicap sur scène. Sa troupe réunit depuis quatre ans des artistes avec et sans handicap, qui jouent ensemble au théâtre et dans des courts-métrages. Elle souhaite que les comédiens en situation de handicap puissent incarner des personnages sans être cantonnés à leur différence. « De leur proposer des vrais rôles, tout simplement », résume-t-elle.
Défi de l’emploi
Annelise Uhlrich souhaite permettre à certains membres de sa troupe, dont elle estime le travail déjà professionnel, de vivre de leur activité artistique.
Au Transbordeur, à Villeurbanne, le responsable de la salle explique avoir accueilli plusieurs stagiaires en situation de handicap, notamment malvoyants ou malentendants, sans parvenir à pérenniser leur emploi. Pour les personnes à mobilité réduite, l’architecture de cette ancienne usine de traitement des eaux constitue un obstacle supplémentaire.

Le coût de l’accessibilité
Depuis 2023, la Région Auvergne-Rhône-Alpes a mobilisé près de 1,5 million d’euros en faveur de projets associant culture et handicap, selon les chiffres présentés en ouverture de la matinée. Vingt-quatre festivals se sont engagés dans la démarche H+ Culture. En 2026, le programme Culture et Santé a également soutenu 26 projets liés au handicap, sur environ 75 accompagnés.
Le coût de l’accessibilité a néanmoins été soulevé par le public. Clément Dumon a évoqué une dépense supérieure à 500 euros pour trois heures d’interprétation en langue des signes, plaidant pour des aides spécifiques ou une mutualisation des moyens.
Pour Pascal Parsat, les associations ne peuvent cependant pas porter seules cette responsabilité. « Je pense que nous sommes encore à un moment où c’est le secteur associatif qui fait le boulot, c’est-à-dire qu’on sous-traite l’égalité de droit par le secteur associatif », déplore-t-il. L’expert rappelle que la loi du 11 février 2005 sur l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées fixe déjà des obligations, dont la mise en œuvre demeure un enjeu plus de vingt ans après son adoption.
Photo @Ophélie Fink
Table ronde (en haut): De gauche à droite : Eric Carron, modérateur et élu à Charbonnières-les-Bains, Sabine Danquigny, directrice de France Travail Scènes et Images, Laurent Gaudens, fondateur de « Ma différence T’EMMERDE », Annelise Uhlrich, autrice et metteuse en scène de L’Hashtag Compagnie et Pascal Parsat, expert du handicap dans la culture.
Table ronde (ci-dessous) : Annelise Uhlrich, autrice et metteuse en scène de L’Hashtag Compagnie et Pascal Parsat, expert du handicap dans la culture.

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