Dans les années 2000, cette équipe de braqueurs avait découvert une faille pour déjouer le système de protection des valises maculant les billets d’une encre indélébile et traçable. Le fabricant a depuis trouvé la parade mais ce gang a eu le temps à l’époque de mettre à rude épreuve les nerfs de la justice et des enquêteurs jusqu’à leur arrestation suite à une maladresse. Entretien avec la journaliste Iman Ghouali, réalisatrice et autrice de ce documentaire. Par Lionel Favrot
Pourquoi revenir une nouvelle fois sur cette affaire que vous aviez déjà traitée dans Faites entrer l’accusé pour M6 et dans un livre ?
Imen Ghouali : Pour Faites entrer l’accusé, c’était une enquête. J’ai écrit un livre pour approfondir tout l’aspect humain que je n’avais pas pu exploiter dans ce format. Des histoires d’amour incroyables, d’amitié à la vie et à la mort, de loyauté, de fidélité… J’avais aussi en tête qu’on pourrait en faire une fiction. Il y a bientôt six ans, une productrice Corinne Nonnenmacher, a lu ce livre et m’a proposé d’en faire une série grand format pour Canal et on s’est mis à l’écriture. On est allé la présenter à Canal en janvier 2021 et elle est maintenant à l’antenne. C’est un format de docu-fiction ambitieux. Ce sont des projets qui demandent du temps et des moyens. On l’a co-écrit avec François Troukens, un ancien braqueur. Ces séries-là sont hyper scénarisées avec des cliffhangers à chaque fin d’épisode. Ce sont des projets qui demandent du temps et des moyens. C’est un format de docu-fiction ambitieux, un exercice éprouvant et long, mais intellectuellement très intéressant.
Qu’apportez-vous de plus avec ces 4 épisodes diffusés sur Canal +?
Le point de vue de ceux qui ont vécu cette affaire. J’ai rencontré les membres du gang de la Souris Verte, les policiers, les gendarmes, la magistrate Annick Corona qui a dirigé l’enquête… C’est ce qui m’intéressait le plus. Quand on écrit un article ou qu’on réalise un reportage sur une histoire comme celle-ci, on a l’impression de connaître tous les protagonistes mais, en fait, on ne les connaît pas vraiment. Là, on voit les êtres humains derrière les dossiers. On a également réalisé des reconstitutions avec des comédiens qui jouent les rôles de chacun des braqueurs. On a même ressuscité Laurent Cocogne, leur chef. C’est lui qui nous raconte sa propre histoire.
Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans ce projet ?
Convaincre les membres du gang. L’un deux, on le surnomme Mad car il a refait sa vie. On a vu aussi Sébastien Borys dit le Russe. Pour la première fois, Fatima, qui était pour Laurent Cocogne l’amour de sa vie, de même que son fils Zacharie qui avait deux ans quand son père est mort, témoignent dans ce docu-fiction. J’avais également rencontré Serge Quemin, malheureusement décédé entre temps dans un accident de voiture. Le directeur d’enquête nous a aussi quitté.
Vous vouliez allez plus loin qu’un traitement » faits-divers » ?
Oui, c’est une histoire plus universelle. Les membres de ce gang ne venaient pas tous directement du banditisme. Ce sont des gens à la fois normaux et pas normaux qui commettent des actes répréhensibles tout en gardant un certain sens moral et certaines valeurs. La principale étant celle de ne pas faire couler le sang. Et puis ils mettent de l’intelligence dans leurs actions. Ce qui n’est pas si courant en général et en particulier dans le crime.
Mais lors de leur arrestation, ils tirent quand même sur les gendarmes !
Oui, mais ils ont affirmé que c’était pour les dissuader de les suivre, sans volonté de les atteindre et, lors du procès, la justice n’a pas retenu la tentative d’assassinat. Ce dernier braquage, c’était un peu n’importe quoi. Et l’attitude de Laurent Cocogne, avant qu’il ne se suicide, cela peut faire penser à une tentative de “suicide by cops”, une tentative de se faire tuer par les forces de l’ordre car il ne voulait pas retourner en prison.
Ce Laurent Cocogne avait une personnalité charismatique ?
Plus de vingt ans après les faits, tout le monde en parle encore avec une admiration intacte comme si tout s’était figé. Comme grand frère, fils ou compagnon… Les émotions sont à fleur de peau. Ce docu-fiction nous plonge dans un portrait plus psychologique que les reportages.
Vous êtes fascinée par la personnalité de Laurent Cocogne ?
Non. Je n’ai jamais été fan des voyous et je n’ai jamais fait l’apologie de leurs crimes. Mais j’aurais adoré le rencontrer pour discuter avec lui et essayer de comprendre pourquoi il avait fait ça, à quel moment il aurait pu arrêter, pourquoi il est quand même reparti. J’ai aussi trouvé passionnant de rencontrer “Mad”, issu d’une grande famille de militaires. Un mec brillant et drôle, qui a le sens de la punchline. Borys est aussi attachant, Dédé le père de Laurent Cocogne, est une personne que j’aurais détestée quand il était en activité, mais c’est aujourd’hui un vieux monsieur qui assume sa part de responsabilité dans le parcours de son fils, sans regretter son propre parcours.
Vous avez vous-même appris des choses en réalisant ce docu-fiction ?
Oui. Comme la justice, il me manquait peut-être des pièces du puzzle. Avec cette série, on a creusé toutes les pistes. Ces braqueurs n’ont pas pu nier ce que la justice avait découvert mais ils n’ont peut-être pas tout dit. Dans le documentaire, certains se donnent un rôle peut-être plus important qu’ils n’ont eu, d’autres un peu moins. La magistrate et les enquêteurs avaient déjà à l’époque des intuitions sur les rôles de chacun qu’ils n’ont pas pu confirmer avant le procès. Peut-être que leur dernier “braquage”, c’est d’avoir fait beaucoup porter à Laurent Cocogne car il était mort, en lui faisant “une statue en or”, avec l’idée que cette ultime astuce lui aurait plu.
Canal + 4 épisodes en deux diffusion, 23 et 30 septembre 2026
https://www.canalplus.com/decouverte/le-gang-des-souris-vertes/h/31946070_50001
Imen Ghouali Le gang des souris vertes, édition hors collection, 2013.
Imen Ghouali Faites entrer l’accusé, France 2, novembre 2012
Imen Ghouali a également co-écrit avec Brendan Kemmet : Affaire Chevaline. Révélations sur un crime parfait, aux Editions Plon, en 2023; et co-scénarisée un docu-fiction sur Canal+ consacré à cette affaire










