DANSE  Le sacre du ballet de Lyon à la maison 

À ne pas manquer, le magnifique programme donné à la « maison », l’Opéra de Lyon, jusqu’au 14 novembre, avec House de Sharon Eyal et Le Sacre du printemps de Mats Ek. Par Agnès Benoist

C’est à une soirée magnifique, puissante, sous tension, à laquelle on a assisté mardi soir à l’Opéra de Lyon comme on l’annonçait dans notre dossier sur le Ballet de Lyon (Mag2Lyon 182, toujours en kiosque). Fait rarissime pour être souligné, le ballet et l’orchestre de l’opéra étaient enfin réunis autour de l’entrée au répertoire du Sacre du printemps de Mats Ek précédé de la reprise de House de Sharon Eyal sur une musique d’Ori Lichtik. Deux pièces au vocabulaire chorégraphique fort différent, mais qui ont en commun de mettre en avant la puissance du rituel, la force du groupe.

House créé cet été aux Nuits de Fourvière, a pris encore de l’épaisseur dans la caisse noire de la scène de l’opéra grâce aux jeux de lumières précis qui sculptent les corps des danseurs revêtus de costumes couleur chair ou noir une vraie seconde peau qui colle au corps et ne masque rien du travail technique, extrêmement précis et spécifique demandé aux danseurs par la chorégraphe Sharon Eyal. Très esthétique, d’un érotisme glacé, la pièce demande une tension des corps de tous les instants et une cohésion d’ensemble pour évoquer cette House, (maison), la synergie d’un groupe. La pièce est cependant parsemée de brillants éclats individuels. Dès le début, c’est une étrange apparition, le danseur Alejandro Vargas vêtu de lurex noir dont les mouvements en oblique se détachent peu à peu de la pénombre. Un personnage fil rouge qui traverse la pièce l’ouvre et la clôt. Plus tard, c’est Eline Lahory perchée sur des talons de dix centimètres qui avance en apnée avec une lenteur extrême son corps tout en tension, et opéra dans la lenteur de formidables relevés de jambes, soutenue par la forte présence de Jeshua Costa. On voit le travail du thorax, de l’abdomen et de la respiration qui est retenu comme en apnée. Une magnifique cohésion de groupe qui demande une précision de chaque instant pour être à l’unisson sur l’obsédante musique d’Ori Lichtik. Les danseurs du Ballet de Lyon semblent avoir maturé et s’être emparés du style de Sharon Eyal. La pièce étant de 2011, celle-ci a évolué vers un travail plus intime comme la dernière pièce Delay the Sadness vue aux nuits de Fourvière cet été, mais on reconnaît sa signature et ses corps cambrés et tendus à l’extrême. 

En deuxième partie, le ballet a présenté une entrée au répertoire du Sacre du printemps de Mats Ek présent mardi soir avec Ana Laguna sa muse et répétitrice hors pair. Car il s’agit de transmission au Ballet de Lyon de cette pièce recréé en 2022 pour l’English National Ballet et présentée seulement quatre fois. Une pièce que Mats n’a cessé de transformer tout en restant fidèle à son langage contemporain mais empreint de technique classique. Pour la version 2026, il a notamment retravaillé le duo central du jeune couple. 

Dans un décor sobre mais inspiré par le Japon d’Ozu, avec des costumes larges et amples, les danseurs se sont glissés dans une gestuelle ronde et très expressive. On retrouve là, la puissance d’évocation propre à Mats Ek magnifiée par l’appui de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, dirigé par Christoph Altstaedt. Une rare mais précieuse occasion pour la maison Opéra de Lyon d’interpréter de concert. 

Contrairement aux versions de Béjart ou Pina Bausch, la splendide partition du Sacre de Stravinsky jouée là dans sa version ballet et le carcan familial et social imposé à la jeune fille d’une famille paysanne japonaise mais intemporelle explose avec un bâton symbolique. Les duos des parents, interprétés par Noëllie Conjeaud et Tyler Galster sont splendides, tout comme ceux du jeune couple interprété par Paul Grégoire et Yeonjae Jeong, la nouvelle génération des danseurs du ballet de Lyon. Mais c’est bien l’ensemble de la compagnie qui se glisse avec expressivité au sol, en grand pliés expressifs ou en ligne avec toujours une magnifique cohésion, pour ce rare Sacre du printemps de Mats Ek.

Réservation sur www.opera-lyon.com 

  

Le Sacre du printemps ®MarcDomage
Hous @MarcDomage

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