Le projet de loi de finances 2027 prévoit une baisse de 125 millions d’euros des ressources des Chambres de commerce et d’industrie. En déplacement à Lyon ce lundi 5 octobre, le président de CCI France, Alain Di Crescenzo, a dénoncé une coupe difficilement absorbable, alors que les dirigeants font déjà face à une conjoncture dégradée. Par Ophélie Fink
« Je ne sais pas si je vais passer l’automne. » Philippe Valentin assure entendre cette phrase depuis plusieurs mois de la bouche de chefs d’entreprise. Le président de la CCI Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne décrit des difficultés qui touchent désormais de nombreux secteurs. « Le commerce en centre-ville : massacre. Le transport interne : massacre. Le bâtiment : très, très compliqué. »
C’est dans ce contexte que le projet de loi de finances (PLF) 2027 prévoit de retirer 125 millions d’euros au réseau consulaire, soit environ un quart de la taxe qui lui est affectée. Une perspective qualifiée d’« inacceptable » par Philippe Valentin. « Si les 125 millions d’euros sont votés, on ne s’en relèvera pas. Ils auront tué les Chambres de commerce et d’industrie », prévient-il.
À l’échelle nationale, Alain Di Crescenzo estime qu’une telle diminution pourrait entraîner la suppression de 2 000 postes parmi les 13 600 collaborateurs du réseau, soit un coût de 172 millions d’euros selon ses calculs au global. « 125 millions d’euros, ce n’est pas supportable », insiste le président de CCI France. Selon lui, les réserves disponibles ne permettraient pas davantage d’amortir durablement le choc : « Mécaniquement, mathématiquement, financièrement, ça ne tient pas la route. »
Plusieurs millions en jeu à Lyon
La CCI Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne ne serait pas épargnée. Elle perçoit entre 15 et 16 millions d’euros au titre de la taxe pour frais de chambre. Une baisse de 25 % représenterait donc près de 4 millions d’euros en moins. Cette taxe ne constitue toutefois qu’une partie de son budget, également alimenté par ses activités propres.
Philippe Valentin prévient que certaines actions pourraient directement faire les frais de ces économies : « On arrêtera des formations. » À l’échelle nationale, CCI France dit avoir accompagné ou sensibilisé plus de 1,2 million d’entreprises et de porteurs de projets l’an dernier, notamment dans les domaines du numérique, des ressources humaines, de la transition écologique et de l’international. « Alors que l’économie a besoin de nous, les entreprises ont besoin de nous et qu’elles sont contentes de nous, on va venir, entre guillemets, nous casser les jambes. Ça n’a pas de sens », dénonce Alain Di Crescenzo.
Les deux présidents défendent ainsi l’utilité des chambres consulaires au moment où la conjoncture se tend. Selon la Banque de France, 70 605 défaillances d’entreprises ont été recensées sur douze mois à fin juillet 2026. Le baromètre La grande consultation des entrepreneurs, réalisé par OpinionWay pour CCI France, La Tribune et LCI, témoigne également d’un recul du moral des dirigeants. En septembre, leur indicateur d’optimisme est tombé à 57 points, soit 12 de moins qu’un mois auparavant.
À Lyon, Philippe Valentin constate que ce manque de visibilité freine déjà les investissements. « Même ceux qui ont les moyens d’investir disent : “J’attends l’année prochaine, j’attends les élections, j’attends de voir ce qui va se passer.” » Selon lui, l’incertitude finit aussi par peser sur l’état d’esprit de certains patrons : « Quand vous n’avez plus d’avenir, quand vous n’avez plus la petite lumière, qu’est-ce qui vous fait avancer ? »
Malgré ce climat, les dirigeants restent nettement plus confiants dans leur propre activité que dans l’économie du pays. D’après le même baromètre, 60 % disent avoir confiance dans les perspectives de leur société pour les douze prochains mois, contre seulement 7 % pour l’économie française. « On y croit, on croit dans nos boîtes, on ne lâche rien », résume Alain Di Crescenzo.
La baisse de 125 millions d’euros n’est toutefois pas encore définitive. Le PLF doit poursuivre son parcours parlementaire. Alain Di Crescenzo assure que la quasi-totalité des groupes politiques ont déposé des amendements visant à revenir sur cette réduction budgétaire. « Le combat parlementaire a commencé », affirme-t-il.
Facturation électronique
Autre sujet abordé lors de la conférence : la facturation électronique. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent être en mesure de recevoir leurs factures sous ce format. Une enquête présentée par CCI France montre toutefois qu’une partie d’entre elles n’a pas encore effectué la transition.
Selon les résultats dévoilés par le réseau, 27 % des entreprises interrogées n’avaient pas encore engagé la démarche au moment de l’enquête. Parmi celles qui ont commencé à s’adapter, la moitié a dû payer pour mettre en place une solution, alors que la gratuité avait pu être mise en avant. Dans 57 % des cas, le dirigeant s’est lui-même chargé de la transition.
Alain Di Crescenzo estime néanmoins que la réforme peut aussi devenir une opportunité, notamment pour accélérer la numérisation et réduire les délais de paiement. CCI France a proposé au gouvernement de mobiliser son réseau pour faciliter cette transition. Environ deux tiers d’entre elles étaient déjà prêtes ou en cours de préparation pour recevoir leurs factures électroniques au moment de l’enquête.
Photo @OphélieFink/Mag2Lyon : Alain Di Crescenzo et Philippe Valentin lors de la conférence de presse donnée ce lundi 5 octobre à la CCI Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne












