Leader français de l’expertise comptable installé à Lyon, In Extenso travaille sa singularité. Positionnement sur les TPE et les PME, une clientèle qui attend un accompagnement particulier, implication dans son quartier de la Confluence à Lyon non seulement avec les autres entreprises mais aussi les établissements scolaires ou les acteurs culturels, graphisme décalé pour ses communications… Entretien avec Antoine de Riedmatten, président du directoire.
Vous êtes-vous toujours imaginé travailler dans l’expertise- comptable ?
Antoine de Riedmatten : Non, au départ, je voulais être ambassadeur pour voyager comme mon père qui travaillait chez Elf Aquitaine. J’ai passé l’essentiel de ma jeunesse à l’étranger pour le suivre. Quand je suis arrivé au collège, en 3e, à Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, j’ai vécu un choc culturel ! J’ai eu un bon professeur de français et de Latin : François Bayrou, et j’ai continué mes études à Sciences Po Bordeaux puis à Paris-Dauphine avec un DESS d’audit. Je voulais acquérir des notions d’économie car un ambassadeur accompagne les entreprises dans le pays où il est nommé.
Qu’est-ce qui vous a fait bifurquer vers le commissariat aux comptes ?
Je voulais également connaître le monde de l’entreprise. J’ai donc décidé de passer deux ou trois ans dans l’audit. Entré chez Deloitte, j’y suis resté 40 ans. Ce qui m’a embarqué dans le commissariat aux comptes, c’est que je ne me suis jamais ennuyé. J’ai découvert des entreprises et des personnalités différentes. Plus on progresse dans ce métier, plus on a accès aux dirigeants pour signer les comptes. J’ai représenté le cabinet vis-à-vis de sociétés comme Kering, Hermès, Vinci, Carrefour, Alcatel, Casino…
Comment êtes-vous arrivé à In Extenso ?
En 2014, le poste de directeur général d’In Extenso, la filiale de Deloitte pour les TPE et les PME, s’est libéré. J’ai été séduit par l’idée de changer de clientèle mais aussi d’avoir davantage de latitude en dirigeant cette filiale lyonnaise. Je me suis lancé dans cette aventure-là avec des allers- retours entre Paris et Lyon avant de m’installer ici. En 2018, le nouveau dirigeant de Deloitte a voulu se séparer d’In Extenso.
Vous n’avez pas eu d’hésitation avant de devenir vous-même chef d’entreprise ?
Je me suis posé une seule question : à 55 ans, est-ce que je me sentais jeune ou vieux ? Soit je préparais ma retraite, soit j’étais capable de prendre des risques. Mes enfants étaient grands et autonomes. Pour moi, les deux meilleurs âges pour se lancer, c’est à 25 ans quand on est jeune et insouciant, sans beaucoup d’attaches ni de contraintes, ou à 55 ans car on a un peu d’argent de côté. C’est plus compliqué à 45 ans quand vos enfants dépendent de vous. Je me suis donc lancé dans l’aventure avec le soutien du Crédit Agricole Centre-Est qui a pris 30 % du capital.
“J’ai mené le projet et je suis le dirigeant mais je n’ai que 2,5 % du capital. C’est une répartition différente d’autres sociétés du secteur qui n’ont qu’un actionnaire unique. In Extenso c’est vraiment une aventure collective.”
Qui a la majorité du capital ?
Les 234 associés. On avait déjà 30 % du capital avant cette reprise. On a apporté nos parts et on s’est endettés pour acheter les autres. Un seul n’a pas suivi. J’ai mené le projet et je suis le dirigeant mais je n’ai que 2,5 % du capital. C’est une répartition différente d’autres sociétés du secteur qui n’ont qu’un actionnaire unique. In Extenso c’est vraiment une aventure collective Ce qui explique aussi notre déploiement dans toute la France avec 280 agences locales.
D’où viennent ces 234 associés ?
La moitié avait leurs propres cabinets avant de nous rejoindre. On a fait 250 opérations de croissance externe depuis 1991 ! Notre spécialité, c’est d’arriver à les intégrer en leur permettant de garder le meilleur des deux mondes, l’autonomie du côté entrepreneur indépendant et l’intégration dans un grand groupe. On a aussi ouvert notre capital à nos managers qui ont 3 % du capital. Nous sommes donc aujourd’hui 300 associés.
Pourquoi déménager votre siège social ?
Parce qu’il me semblait important de marquer le coup quand on a pris notre indépendance. Avec Deloitte, on était déjà installés dans ce quartier, à la Darse, où on était locataires. Nous, experts- comptables, on aime bien avoir notre patrimoine et donc l’idée, c’était d’essayer de devenir propriétaires de nos locaux en restant dans ce quartier. On a trouvé cette tour vers le marché- gare qui est composée de six étages de bureaux qu’on a achetés, et d’une tour de neuf étages d’habitation. Cette mixité nous intéressait et pour aller au bout de la démarche d’insertion dans notre quartier, j’ai créé le Club des acteurs économiques de Lyon Confluence (voir encadré).
Au-delà d’Auvergne- Rhône-Alpes, quels sont vos ancrages territoriaux ?
On couvre l’ensemble du territoire métropolitain et on a commencé à travailler à nos frontières : Belgique, Luxembourg, Suisse et Espagne. L’activité à l’étranger représente 10 % de notre chiffre d’affaires, notre activité de conseils 10 % également.
“On est aujourd’hui le leader des cabinets d’expertise comptable en France avec 421 millions d’euros de chiffre d’affaires. Cette place de leader nous oblige : on doit aussi être le leader culturel et créer des concepts pour maintenir cette avance.”
Quelles sont les spécificités d’In Extenso dans l’univers de l’expertise comptable ?
La première particularité, c’est la taille. On est aujourd’hui le leader des cabinets d’expertise comptable en France avec 421 millions d’euros de chiffre d’affaires devant KPMG à 415 millions d’euros. On est deuxième si on intègre au classement le commissariat aux comptes. Cette place de leader nous oblige : on doit aussi être le leader culturel et créer des concepts pour maintenir cette avance.
Vos univers très colorés que ce soit pour la décoration de vos locaux ou votre communication, c’est aussi une spécificité ?
Oui, on a souhaité travailler une image assez différente de l’expert- comptable, ce qui a d’ailleurs été salué par la profession. On essaye de casser les codes en sortant du gris souvent associé à notre métier pour oser la couleur. Dans le même esprit, on vient de signer avec le Festival du rire de Montreux. En préparation : une campagne de recrutement basée sur l’humour.

Quel est le message de ces visuels réalisés par un artiste, Léonard Dupond ?
L’homme est au centre et la technologie à son service. Chez In Extenso, ce n’est pas la technologie qui remplace l’homme. Ce style rétrofuturiste nous permet d’afficher nos convictions. C’est important car l’expert-comptable fait partie des professions qui, selon certains “experts”, vont disparaître. Notre vision c’est que tant qu’on s’occupera bien de nos clients, on aura toujours une place à défendre. C’est pour ça que notre stratégie est centrée autour de la satisfaction. Celle de nos collaborateurs qu’on mesure avec Great Place to Work qui nous classe “best workplace” et “best workplace for women” depuis plusieurs années. Un score très important dans une profession très féminisée. Et la satisfaction de nos 130 000 clients qu’on mesure aussi avec des organismes indépendants. On est très bien notés et c’est en progression. Aujourd’hui, on entend dire que le risque n’est pas d’être remplacé par l’IA mais par un concurrent qui utilise l’IA… C’est ce qu’on dit aussi chez nous. On veut être ce concurrent qui utilise l’IA. C’est pour ça qu’on met en place un certain nombre d’outils pour accompagner nos collaborateurs dans ces évolutions. On les a entraînés sur un cloud privé, sans envoi de résultats à l’extérieur. Ce qui a permis de corriger les éventuelles “hallucinations” de l’IA. Cet outil permet de garder un historique des recherches pour l’améliorer grâce à un processus itératif de progrès.
Qu’est-ce qui peut être fait grâce à l’IA dans votre métier ?
Des compte-rendus de réunion pour lesquels on a désormais des outils clairs et précis, la rédaction d’email sans faute d’orthographe, le récapitulatif d’un fil d’email… On libère du temps pour nos collaborateurs grâce à la technologie pour des tâches pratiques. L’ambition, c’est de soulager nos collaborateurs d’aspects bureautiques. Le temps gagné, ils l’utilisent pour mieux accompagner nos clients qui apprécient qu’on les appelle pour savoir comment ils vont et pas seulement pour leur demander des documents ! Aujourd’hui, vos interlocuteurs sont des dirigeants de TPE ou PME.
Cela change votre approche par rapport à l’époque où vous interveniez auprès de grands groupes ?
Effectivement, nous, notre clientèle, se caractérise toujours par le fait qu’il y a une entreprise et un entrepreneur. On doit s’attacher aux deux. De temps en temps, il faut dire certaines choses à l’entrepreneur pour protéger l’entreprise. D’autres fois, il faut dire à l’entrepreneur de s’occuper davantage de lui-même. C’est pour ça qu’on fait beaucoup de gestion de patrimoine. Certains sont ingénieurs, d’autres autodidactes…
Comment gérez-vous cette diversité ?
Qu’ils soient autodidactes ou diplômés de grandes écoles, ces entrepreneurs n’ont généralement pas un profil financier. Ils ont plutôt des profils “métier” et ils sont pris par leur quotidien. Ils ne vont pas s’occuper de tous les changements de la loi de finances pour savoir s’il vaut mieux avoir du salaire ou du dividende, comment préparer sa retraite, transmettre son entreprise…, selon tel ou tel vote à l’Assemblée Nationale. Ils attendent de nous qu’on organise cette veille réglementaire et c’est de notre responsabilité de les aider.
Comment vous adaptez-vous d’un métier à un autre ?
L’avantage d’être un grand réseau, c’est qu’on peut être généraliste et avoir des spécialistes. Exemple : dans le secteur de la franchise, on a des équipes non seulement spécialisées dans la franchise, mais spécialisées dans la franchise pour un grand groupe de distribution. Exemple : parmi nos clients, 1 000 magasins sont franchisés de la même enseigne, soit un tiers du total. Ce qui permet d’avoir des datas pour établir des ratios pour ce groupe en particulier, et comparer ce qui est comparable. On a aussi une activité de fusion-acquisition. Notre position nous permet de savoir dans un même secteur d’activité, qui sont acheteurs et qui sont vendeurs. On accompagne aussi 8 000 créateurs d’entreprises par an avec qui on crée des liens très forts. On les conseille dans leurs trois premières années, là où tout se joue. On est donc présents tout au long du cycle de vie d’une entreprise.
Partenaire du Musée des Confluences, In Extenso lui consacre une vitrine à son siège:
IN EXTENSO & ASSOCIÉS
Collaborateurs : 7 300 dont 120 au siège lyonnais
Clients : 170 000 (83 % < 5 salariés ; 78% < 400 000 €)
Agences : 300
Chiffre d’affaires 2025 : 650 millions d’euros
Labels : RSE Labellisation LUCIE ; QVT Certification Best Workplaces par Great Place to Work depuis 2023 (top 10 des entreprises > 2500 salariés) Fonds de dotation : Entrepreneur et solidaire soutient depuis octobre 2019 : Agir pour l’école, 60 000 rebonds, Fondation des Femmes, Maison de l’Apprendre, emlyon business school, Restaurant du cœur ; au niveau régional : Réseau Entreprendre Atlantique, Réseau Initiative Loir-et-Cher, collectif Or du commun, Arts & Jardins Hauts-de-France, 2024 : O Fil du Loir.

Source : La Profession Comptable hors-série avril 2024 à partir des chiffres 2022/2023 fournis par les cabinets. Fiducial ne donne pas de détail de son CA et PWC n’a pas participé à l’enquête
Source : La Profession Comptable hors-série avril 2025 à partir des chiffres 2023/2024 fournis par les cabinets. Fiducial ne donne pas de détail de son CA et PWC n’a pas participé à l’enquête












