Le collectif lyonnais Parents-Présents rassemble des parents de jeunes manifestants qui ont décidé de les accompagner pour qu’ils puissent exprimer leurs revendications dans de bonnes conditions. En effet, plusieurs incidents, avec parfois des blessures graves, ont été signalés depuis le début de ce mouvement social. Entretien avec Myriam Donier, membre de ce collectif. Par Lionel Favrot
Qu’est-ce qui motive votre démarche ?
Myriam Donier : L’idée est d’être sur le terrain et à l’écoute, pour prévenir tout danger et pouvoir alerter les secours et les pompiers si nécessaire. Ce qui a été le cas pour plusieurs parents que ce soit le 17 ou le 24 octobre.
Vous-même, avez-vous l’expérience des manifestations ?
Oui, j’ai participé à des manifestations féministes il y a 4-5 ans mais le contexte n’avait rien à voir avec celui qu’on connaît actuellement. Il n’y avait pas du tout ces tensions.
Comment s’est constitué ce collectif?
Tout est parti du blocus du lycée Ampère. Les élèves de cet établissement de centre-ville sont conscients d’être plutôt privilégiés mais ils souhaitent être solidaires des revendications nationales. Les images des violences policières diffusées par les médias au départ de ces blocus ont choqué les parents. Elles se sont déroulées dans d’autres villes, avec un tir de LBD dans le visage d’un lycéen, une main arrachée… On s’est dit que cela pouvait arriver à nos enfants. Je suis moi-même marraine d’une élève en Terminale au lycée Ampère qui m’a signalé que le climat n’était pas serein. Même si ce blocus était pacifique, les relations avec les CRS étaient tendues.
Votre initiative a connu un écho auprès des parents ?
Oui, au départ, on était une dizaine de parents à avoir décidé de se placer aux côtés de leurs enfants. On a créé un groupe WhatsApp et très vite, on s’est retrouvé à environ 130 membres. Aujourd’hui, 18 lycées de la région lyonnaise sont représentés dans ce groupe qui compte désormais plus de 300 membres. Au lycée Ampère, le comité local de la FCPE s’est également impliqué et nous a accompagnés dans la co-animation de réunions d’information.
C’est une initiative purement lyonnaise ?
Oui. On sait que dans d’autres villes, notamment Paris, Bordeaux et Marseille, des collectifs similaires se mettent en place. On a en commun la même approche : écouter, veiller et être présents. Mais on ne cherche pas à donner une dimension nationale à notre action. La priorité pour nous, c’est cette dynamique inter-lycées.

Compte tenu des dérapages du 17 octobre, avec des casseurs et des pilleurs en grand nombre qui ont mis à sac de nombreux commerces du centre-ville, le plus prudent ne serait pas d’attendre la manifestation organisée le 5 novembre par des syndicats, avec des services d’ordres expérimentés?Les parents du collectif peuvent avoir des positions différentes sur le sujet mais, encore une fois, notre objectif est d’accompagner nos enfants. Beaucoup de manifestants sont des lycéens de terminale ayant déjà 18 ans. Ils sont donc majeurs. Qu’ils soient mineurs ou majeurs, notre objectif est qu’ils puissent exprimer leurs revendications sans risque d’être blessés. C’est leur droit et on est là pour les aider, quelles que soient nos positions personnelles.
Qu’ont pu constater les parents de votre collectif en étant présents sur place ?
Début octobre, on a vu des CRS aligner des lycéens contre le mur pour les fouiller alors qu’il n’y avait aucun signe de tension de leur part ni de blocus encore mis en place. Le rôle des parents qui étaient présents a été assez bénéfique pour apaiser la situation. Un autre jour que je déposais mon fils au collège, un CRS m’a dit qu’il nous laissait dix minutes avant de charger. Je lui ai demandé pourquoi car c’était calme. Il m’a répondu que c’était les consignes qu’il avait reçues. Avec les enseignants présents, on a pu là encore désamorcer la situation.
Avez-vous vu les pillages du 17 octobre ?
Bien sûr puisque j’habite rue de Brest. Un vrai cauchemar. Autant vous dire que ça a été un vrai cauchemar, sincèrement. Nous, on a beaucoup filmé et transmis ces vidéos aux commerçants qu’on connaissait pour les prévenir. Certains jeunes se sont joints à nous pour les aider. On a créé un autre groupe WhatsApp avec 90 voisins du quartier qui se tiennent à disposition des commerçants. On est en relation avec leur association, My Presqu’île.
On a des gens qui sont rentrés dans notre immeuble. On était en panique ! On a essayé de joindre pompiers, policiers et gendarmes qui nous ont dit d’arrêter d’appeler parce qu’ils n’interviendraient pas. Là dessus, on est tous d’accord dans le collectif : rien ne justifie ces violences. Il est important pour nous de faire savoir, qu’à aucun moment, un des jeunes auprès de qui nous intervenons, ou avec qui nous sommes en relation, n’est concerné par ce type de casse ou de dégradations. Clairement !
Lors de la manifestation du samedi 17 octobre, la manifestation autorisée s’est déroulée dans le calme. Les casseurs et les pilleurs, c’était dans les rues adjacentes. Mais on pouvait encore échanger avec les CRS qui nous conseillaient de prendre telle ou telle rue. Cela n’a pas du tout été le cas lors de la dernière manifestation, le samedi 24 octobre. On a constaté une rupture du dialogue avec les CRS.
Qu’ont constaté les parents présents lors de la manifestation du 24 octobre ?
Environ 105 des 300 membres du collectif étaient sur le terrain. On a reçu de nombreuses vidéos de tension. Exemple : une jeune était blessée et des parents qui essayaient de l’aider à se réfugier dans un restaurant se sont fait gazer par les CRS.
Une fois que les familles et les jeunes se sont regroupés place Jean Macé, les CRS ont chargé sans sommation audible, dans les deux sens de ce périmètre. Les familles et les jeunes se sont sentis pris au piège dans un enclos fermé.

Mais toute manifestation n’était pas interdite le 24 octobre ?
La Préfecture a communiqué un secteur où toutes les manifestations étaient interdites. En revanche, place Jean Macé, c’était a priori autorisé. A 13h45, ce samedi 24 octobre, des CRS ont même dit à des parents présents place Jean Macé qu’il était possible de s’y rassembler. Mais, une fois que les familles et les jeunes se sont regroupés place Jean Macé, les CRS ont chargé sans sommation audible, dans les deux sens de ce périmètre. Les familles et les jeunes se sont sentis pris au piège dans un enclos fermé. Une maman qui a vu un jeune en sang, s’est vu interdire par des CRS de lui porter secours. Ils lui ont dit “Barre-toi !” Une autre a vu son fils, street medic, se faire gazer à hauteur d’yeux avec les parents présents à ses côtés.
Pourtant, on a eu le sentiment que c’était plus paisible le 24 octobre que le 17 octobre ?
Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, a dit que c’était une journée réussie. On a surtout vu à répétition des images du cortège de manifestants à Paris. Les violences qui ont eu lieu autour de Lyon, ont été peu relayées.
On veut vraiment être là pour accompagner les jeunes dans leur démarche d’expression pacifique. On ne va pas les empêcher de se mobiliser. On est là pour les encourager à développer d’autres types de manifestation, par exemple assis sur des chaises avec des bouquins, avec des lectures de texte, des chants…

Quel rôle voulez-vous jouer dans les prochaines semaines ?
On veut vraiment être là pour accompagner les jeunes dans leur démarche d’expression pacifique. On ne va pas les empêcher de se mobiliser. On est là pour les encourager à développer d’autres types de manifestation, par exemple assis sur des chaises avec des bouquins, avec des lectures de texte, des chants… Il y a des jeunes qui nous interpellent pour les aider à organiser ce type d’expression. Nous, on tient à créer des espaces de dialogue, à rencontrer les organisateurs pour voir comment on peut encourager des démarches pacifiques et légales.
Pour les prochains samedis, est-ce que ces organisateurs vont réussir à s’entendre avec la Préfecture du Rhône pour un itinéraire de manifestation acceptée par les deux parties ?
Une dizaine de parents du collectif sont également des élus. Même s’ils restent discrets car ils sont d’abord là en tant que parents, ils peuvent nous aider à obtenir certains rendez-vous. L’idée étant notamment de voir comment on peut communiquer pour avoir ces informations en amont, mieux maîtriser les périmètres et les autorisations.
Lyon a plutôt la réputation d’être une ville où le dialogue est possible. C’est troublant que cela ne fonctionne plus.
Pour moi, le dialogue n’est pas rompu à tous les niveaux. Des lycéens ont été reçus par la mairie du 1er arrondissement, on a demandé un rendez-vous au maire de Lyon… La situation avance positivement dans certains lycées, notamment aux lycées Ampère, Jean Perrin avec un dialogue inter-lycées établi et constructif avec les directions et les pouvoirs publics. Derrière ces manifestations tendues, il y a aussi un contexte violent de non-écoute.












