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“Créer une grande fenêtre urbaine”

Le toit du Centre d’Echange de Perrache sera réaménagé et végétalisé pour devenir “Les Terrasses Perchées” et offrir une vue à 360°

Comment relier réellement le sud et le nord de la Presqu’île sans raser le Centre d’Echanges de Perrache ? Cette question anime le débat politique depuis plusieurs décennies. Le projet est enfin lancé et c’est un groupement emmené par Quartus et Apsys qui a été retenu pour métamorphoser ce gigantesque bloc de béton aux multiples usages. Entretien avec Ludovic Boespflug, directeur général adjoint du pôle ensemblier urbain de Quartus. Par Lionel Favrot

Dans quel cadre Quartus est intervenu dans ce dossier ?
Ludovic Boespflug : La Métropole, propriétaire du Centre d’échange de Lyon Perrache, a lancé une consultation en octobre 2019 pour susciter des candidatures. Elle a confié cette mission à la SPL Lyon Confluence. Quatre groupements ont été retenus pour élaborer une offre : le Groupe Frey, la Compagnie de Phalsbourg, Icade et Quartus. Au final, on n’était que deux, Icade et Quartus. 

Les écologistes n’ont pas remis en cause cette consultation après leur arrivée au pouvoir en 2020 ?
Non. Ils ont audité ce projet et l’ont maintenu sans trop le modifier. Ils ont relevé les ambitions sur le plan environnemental mais on avait nous-même décidé d’être exemplaires sur ce point. 

C’est un défi de s’attaquer à la rénovation de cet ensemble qui a parfois été appelé la “verrue” de Perrache ?
Oui, on est à la fois ravi d’avoir été choisi et conscient de la responsabilité qui pèse désormais sur nos épaules. Ce projet rencontre un grand intérêt de la part des Lyonnais. C’est un vrai sujet de résorber cette “verrue”. 

Pourquoi la Métropole ne l’a pas tout simplement rasé ?
Parce que cela aurait fait remonter l’autoroute, fragilisant tout l’ensemble. Le CELP tient grâce à un équilibre statique assez délicat. L’architecte René Gagès, qui était une référence, a réalisé un travail très astucieux. 

Intervenir sur sa structure n’est pas trop complexe ?
On va multiplier les calculs de charge avec les bureaux d’études pour ne pas trop l’alléger ni le surcharger car cela remettrait en cause ses fondations. 

Craignez-vous des mauvaises surprises au cours des travaux ? Les vibrations du flux automobile n’ont pas fragilisé le béton ?
Non, c’est une architecture de qualité avec un béton qui a vieilli normalement. On a deux ans d’études intensives jusqu’à 2024 avant de débuter trois à quatre ans de travaux. L’inauguration est envisagée pour 2028. 

Quels matériaux allez-vous utiliser ?
Cette architecture des années soixante-dix est une architecture de trame. Il faut s’insérer là-dedans avec des boîtes construites avec des matériaux légers, en l’occurrence biosourcés, tel que le bois. Ce sont les plus adaptés aux circonstances. Au total, on va installer 6 “briques” avec 24 unités correspondant à différentes activités pour un total de 25750 m2. 

Les experts défendent ce centre d’échange comme un précurseur de l’intermodalité car s’y croisent voiture, bus, métro, tramway…
C’est une remarquable machine à circuler qui correspondaient aux attentes de son époque. Son tort est d’avoir caché la gare et le sud de la Confluence mais il ne faut pas oublier qu’à l’époque, on considérait qu’il n’y avait rien à faire “derrière les Voûtes”. Ce quartier abritait la prison, le marché-gare… On ne voyait donc pas l’intérêt de rendre poreux ce centre pour permettre le passage. Le deuxième reproche, c’est sa complexité. Pour le piéton comme pour l’automobiliste, cela ressemble à un dédale. 

La Halle Prouvé accueillera un “foodle”, un espace de restauration proposant différentes saveurs.

Finalement, pourquoi la Métropole a attendu 2022 pour agir ?
Parce que certains projets sont longs et complexes. Et il faut surtout une volonté politique. On parle également depuis 30 ans de dévier l’autoroute. Elle a déjà été déclassée en voirie métropolitaine et un jour, cela redeviendra un axe urbain. Tout trouve son temps. Ce projet s’inscrit dans le projet Ouvrons Perrache qui s’est déjà traduit par des interventions facilitant sa traversée. Il est apparu aujourd’hui nécessaire d’aller plus loin. 

Quelle a été la demande la Métropole ?
De pouvoir faciliter la perméabilité entre la Presqu’île et la Confluence. On a répondu en proposant une grande fenêtre urbaine qui va permettre de voir la gare de Perrache depuis la place Carnot. Et vice-versa. Surtout, on pourra circuler à plat sans avoir à emprunter le moindre Escalator. Le passage sera naturel dans les deux sens. On va aussi installer des commerces sur cet axe. 

Du coup, la fréquentation du Centre d’Échange de Perrache va augmenter ?
Oui, selon les projections, on va passer de 100 000 aujourd’hui à 200 000 usagers par jour en 2030. Je parle bien d’utilisateurs du CELP, pas des voitures qui ne font que le traverser. On va aussi réduire le nombre de places de stationnement pour laisser plus de place aux mobilités douces mais aussi introduire d’autres fonctions attractives pour la ville. 

Allez-vous installer des bureaux ?
Oui, des espaces de coworking proposés à des sociétés qui veulent louer des bureaux à la demande, de manière souple. Il y aura aussi du comeeting, c’est-à-dire la location de salles de réunion ou de séminaires. Cela va se répartir sur 7500 m2 sur les deux ailes côté Rhône et côté Saône. Il y aura aussi un hôtel 4 étoiles de 6 000 m2 avec 150 chambres. Tout cela sera aménagé dans l’épaisseur du centre. On a également décidé de conserver la structure en triangle de Jean Prouvé car elle est remarquable. C’est là qu’on va installer un foodle, c’est-à-dire un lieu de restauration avec des stands proposant différents types de cuisine qui bénéficiera d’une belle vue. 

Quels sont les professionnels qui vous entourent dans ce groupement ?
Notre architecte principal Dietmar Feichtinger a l’habitude de travailler sur les ouvrages d’art. D’origine autrichienne, il s’est installé à Montreuil il y a une vingtaine d’années. Il est déjà intervenu à Lyon avec la passerelle de la Liberté sur le Rhône, entre la Cité Internationale et Caluire. Pour le CELP, il est associé aux architectes lyonnais d’exndo et à ceux d’Alep, spécialisés dans le patrimoine. L’agence BASE va aussi jouer un grand rôle comme paysagiste. (*) 

Vous allez végétaliser le Centre d’échange ?
On ne va pas transformer cet ensemble de béton en grand parc urbain. Ce serait utopiste. Mais on va amener un maximum de végétalisation pour que ce lieu stérile devienne un lieu fertile. Cela permettra de lutter contre le phénomène des îlots de chaleur urbain. C’est un enjeu majeur à Lyon. Ce sera aussi un agréable lieu de promenade avec tout un cheminement paysager. Un ascenseur panoramique mènera jusqu’à son toit végétalisé qu’on a renommé le 360 car il offrira une vue exceptionnelle sur Lyon : Monts du Lyonnais, Vercors, Alpes… On a fait des simulations de vue et c’est presque vertigineux. C’est sur ce belvédère qu’on placera quelques centaines de mètres carrés de panneaux solaires. Peut-être qu’il y en aura aussi en façade. 

Allez-vous remettre en place un mur végétal comme l’avait fait Canevaflor il y a quelques années ?
Non, cela ne nous paraît pas adapté. On va rester sur de la végétation horizontale. Il y a aura deux types d’ambiance, plus méditerranéenne côté Rhône car ce fleuve descend vers le sud et davantage humide côté Saône, pour se rapprocher de la végétation des balmes. 

Avez-vous prévu d’aménager une ferme urbaine ?
Oui, on va donner 2500 m2 à l’association les Jardins de Perrache, déjà présente sur le toit, pour créer des potagers. L’alimentation sera bien représentée dans ce nouveau CELP avec des cuisines tenues par des acteurs de l’économie sociale et solidaire. L’idée est de travailler sur la transition alimentaire avec des acteurs locaux dans une logique de circuits courts. 

Comment fonctionne le montage financier ?
Quartus est co-promoteur avec Apsys qui va acquérir le site. Apsys a notamment requalifié Steel, la principale entrée de ville à Saint-Etienne ou Beaugrenelle sur le quartier du Front de Seine à Paris. On va amortir l’investissement évalué à plus de 100 millions d’euros avec des baux commerciaux. La Métropole nous a confié ce site pour 99 ans. Le confier au privé, c’est aussi un acte politique qui permet de débloquer ce projet. On a de grandes ambitions pour ce centre d’échanges de Perrache : transformer ce lieu qui est quasiment le plus détesté des Lyonnais en lieu préféré des Lyonnais.

———-Objectif 100 000m2

Le Centre d’échanges de Perrache mesure 250 m de long pour 60 m de large et 37 m de haut. Il s’étend sur 73 000 m² répartis en 3 volumes et accueille une station de tramway pour deux lignes (T1 et T2), une station de Métro (Ligne A) et une gare routière à vocation métropolitaine et internationale. Il est relié à la gare de Perrache et il est traversé par le boulevard urbain M6 venant du nord et devaient le M7 au sud. Cette requalification va rajouter 25 750m2 pour atteindre un total s’approchant des 100 000m2. Le CELP accueille 36 millions de voyageurs par an et ces aménagements devraient entrainer un doublement de sa fréquentation pour atteindre 72 millions de voyageurs en 2030.

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