Fondatrice de la Pause Brindille en 2019, Axelle Enderlé œuvre contre l’isolement de la jeunesse aidante à Lyon et dans toute la France. Ce samedi 4 juillet, la Pause Brindille organise le Tribu Brindille Festival, un événement gratuit réservé aux jeunes aidants. Par Daphné Berthon
Quel est votre parcours professionnel ?
Axelle Enderlé : J’ai travaillé dans le monde du logement social à Lyon pendant dix ans. Entrée à la communication, j’ai créé service d’innovation sociale. On me remontait des problèmes de terrains et j’organisais la consultation des habitants. Il y a une quinzaine d’années, j’ai eu un diagnostic de handicap pour ma fille et un diagnostic de cancer pour moi, ça a pris beaucoup de place dans notre vie. J’ai craqué en tant qu’aidante et malade, j’ai fait un burn out et j’ai perdu mon job.
Qu’est-ce qui dans votre parcours vous a mené à créer la Pause Brindille ?
J’ai une autre fille qui s‘est retrouvée en position d’aidante, ce n’était pas simple pour elle. Je me suis rendu compte que c’était une histoire assez universelle, qu’ils étaient près d’1 million de jeunes aidants. Certainement même beaucoup plus. Alors je me suis dit qu’il y avait un problème non couvert : l’accompagnement de ces jeunes. Je me suis demandé comment travailler avec eux pour que leur rôle soit reconnu.
La Pause Brindille est née d’une envie de faire communauté pour lutter contre l’isolement de la jeunesse aidante à Lyon. Au départ, c’était un petit projet autour d’ateliers de cuisine parce que ma fille adore la cuisine. L’idée était d’avoir un autre sujet que la pathologie de ses proches et de ne pas aborder la situation aussi frontalement que dans un groupe de parole. Avec les jeunes qui ont commencé à nous rejoindre on a recueilli les besoins, on a créé les services qui leur convenaient et on a proposé des activités qu’ils choisissent.
Qui sont les jeunes aidants de la Pause Brindille ?
Des jeunes de 7 à 25 ans qui aident des proches de tous degrés de famille confondus atteints de toutes pathologies addictions comprises. Ce qui est important pour nous, c’est de ne pas faire de distinction : on accueille des jeunes qui aident leurs proches à toute échelle. On a aussi des jeunes qui ne sont plus aidants du quotidien car ils sont venus à Lyon pour faire leurs études par exemple. Ce n’est pas toujours simple d’illustrer le sujet. Pourtant, c’est important que les jeunes se reconnaissent le plus tôt possible comme aidants pour qu’ils aient des réflexes : ne pas s’oublier, ne pas toujours faire passer la personne malade avant soi… pour qu’ils puissent tenir car généralement, ‶l’aidance″ c’est un marathon qui dure toute leur vie.
Comment allez-vous vers les jeunes aidants ?
On sensibilise des entreprises, des hôpitaux, des établissements scolaires et toutes les associations qui accueillent des jeunes parce qu’elles peuvent potentiellement accueillir des aidants. On a aussi des réseaux sociaux sur lesquels on diffuse des témoignages de jeunes aidants pour que cela résonne avec l’expérience d’autres jeunes. On est en train de développer la première application d’entre-aide entre les jeunes aidants pour faciliter le lien digital avec eux en les centralisant et renforcer leur sentiment d’appartenance.
Pourquoi n’envisagez-vous pas ‶l’aidance″ uniquement comme une question de santé ?
Parce que c’est un sujet systémique. C’est la convergence des difficultés : ils sont jeunes, ils doivent se construire et ils n’ont personne pour les accompagner ou les guider. Même s’ils ne se reconnaissent pas encore suffisamment et ne sont pas assez organisés, il faut que leurs droits soient pris en considération. On ne propose rien aux jeunes aidant pour les aider à lever leurs freins périphériques. Pourtant, ils ne sont pas en mesure d’avoir des horaires flexibles ou de faire des stages. Ce sont donc de futurs citoyens qui vont vers une précarité plus importante que les autres. Notre objectif, c’est vraiment de construire avec eux les politiques publiques qui les concernent.
Quels sont vos objectifs et vos attentes avec le festival ?
On veut soutenir la joie de vivre des jeunes, parce qu’ils sont nombreux à arriver au festival dans un grand désespoir, surtout les adolescents. On laisse les jeunes se relâcher, certains passent du rire aux larmes. Ils retiennent tellement leurs émotions qu’au festival, ça va dans tous les sens ! Quand on aide les jeunes aidants, on aide aussi les malades autour d’eux qui ont tendance à culpabiliser en se voyant comme un poids pour les jeunes. Notre objectif, c’est aussi que tout se passe bien, que l’équipe aie plus de cohésion. On aimerait de plus en plus être financés par des entreprises locales parce que pour les jeunes, ces entreprises sont leurs employeurs de demain.
D’après vous, est-ce que la société française est assez sensibilisée à la question de la jeunesse aidante ?
Non pas encore, on est loin d’être sensibilisés. Tout le monde ne sait pas encore qui sont les jeunes aidants. D’ailleurs, les jeunes ne se reconnaissent pas forcément dans ce rôle. Dans certaines pathologies, on a du mal à se reconnaître malade donc comment les jeunes pourraient se reconnaître aidants. De plus, ‶l’aidance″ ça veut dire qu’on peut apporter une aide. Or, ce n’est pas possible pour certaines maladies. Le sujet commence à émerger mais, souvent, on nous dit que ce sont des jeunes et donc qu’aider un parent leur est plus facile. Certes, ils ont peut-être plus de pêche mais si on casse trop tôt leur énergie, leur santé ou leur insouciance ne reviendra jamais. C’est donc un devoir d’adulte d’être un peu plus attentif, d’être prêt à demander comment ils vont et à les soutenir en les aidant à faire des papiers pour leur famille par exemple. Il y a vraiment beaucoup de choses à faire, c’est pour ça que sensibiliser pour que ces jeunes ne soient plus invisibles, c’est notre premier job.
Encadré :
Tribu brindille festival
Le 4 juillet 2026 de 9h30 à 22h aura lieu le Tribu Brindille Festival au domaine Saint-Joseph à Sainte-Foy-lès-Lyon. Le festival a lieu tous les deux ans pour offrir une parenthèse aux jeunes de 7 à 25 ans qui aident leurs proches malades. La journée avec des ateliers, des jeux, de la musique et des flash mob est l’occasion d’apporter de la joie aux jeunes aidants. Un temps de témoignages et une cellule d’écoute ouverte toute la journée sur place permettent aux jeunes de s’exprimer et d’être écoutés. Un des temps forts de la journée est l’explosion de couleur : un moment de partage et d’émotions.
Pour plus d’informations et pour s’inscrire : https://lapausebrindille.org/tribu-brindille-festival/











