Le groupe Cœur Lyonnais à la Ville de Lyon, issu des listes menées par Jean-Michel Aulas aux élections municipales, a éclaté en trois groupes suite à l’affaire Abreu. Des élus restés fidèles à l’ancien président de l’OL rassemblés derrière Charles-Franck Lévy, un groupe LR-Horizons ainsi que Lyon, Humaniste et Démocrate mené notamment par Loic Terrennes, un élu Rennaissance. Ce jeune conseiller municipal macroniste explique pourquoi il a quitté Coeur Lyonnais, sans pour autant rejoindre le groupe de Pierre Oliver, et quels seront ses prochains thèmes d’intervention. Par Lionel Favrot
Comment avez-vous appris cette plainte pour viol déposée contre Roman Abreu le communicant qui a conseillé Jean-Michel Aulas pour sa campagne électorale des élections municipales 2026 ?
Loïc Terrennes : Par la presse. Les personnes de la liste Cœur Lyonnais qui ont été informées en premier lieu, ont choisi de ne pas partager cette information. Lors des réunions internes de nos groupes, à la Métropole puis à la Ville de Lyon, j’ai exprimé les incompréhensions que je pouvais avoir par rapport à la gestion de cette affaire.
Incompréhension ou indignation?
Indignation si vous voulez. Je ne suis pas juge.
Mais quand un membre d’une équipe a un comportement potentiellement problématique, même si Roman Abreu reste présumé innocent, on peut prendre des mesures conservatoires pour éviter d’éventuels nouveaux problèmes…
Il y aurait dû y avoir des mesures conservatoires, comme vous dites. C’est sûr !
Alexandre Vincendet a déclaré à BFM Lyon que Béatrice de Montille a reconnu avoir été également informée mais qu’elle aurait reçu des menaces pour ne rien révéler !
Elle a dit être au courant mais je ne l’ai pas entendu déclarer qu’elle aurait reçu des pressions de Jean-Michel Aulas pour se taire. Elle s’est exprimée en sa présence lors de nos deux réunions internes, à la Métropole puis à la Ville de Lyon, et elle n’a pas du tout dit ça. Si c’est Alexandre Vincent qui l’affirme, ce n’est pas Béatrice de Montille qui parle.
Véronique Sarselli a retiré les délégations de trois vice-présidents Laure Cédat, Emmanuel Imberton et Jean-Michel Aulas pour ne rien avoir dit après avoir reçu la plaignante le 13 février en pleine campagne électorale. Mais Emmanuel Imberton affirme ne pas avoir été présent à ce rendez-vous et ne l’avoir appris qu’après les élections. C’est aussi ce qu’il a dit dans vos réunions internes ?
Oui. Il m’a dit qu’il n’était pas au courant. Je suis à peu près sûr qu’il n’était pas à cette réunion du 13 février.
Du coup, Emmanuel Imberton n’aurait pas du perdre sa délégation ?
C’est une décision qui relève de la présidente. Véronique Sarselli a fait ce choix pour protéger cette institution. Je comprends. Mais il faudrait un alignement, c’est-à-dire que les mêmes mesures temporaires soient appliqués aux autres vice-présidents qui étaient au courant.
Comment avez-vous décidé de quitter le groupe Cœur Lyonnais à la Ville de Lyon pour créer le votre ?
Pierre Oliver et Emmanuel Hamelin ne sont pas restés jusqu’à la fin de la première réunion de groupe le vendredi 12 juin. Personnellement, j’avais besoin de réponses à mes interrogations et à mes doutes par rapport à la gestion de cette affaire. Après la proposition de Laure Cédat et Jean-Michel Aulas de se retirer, il y a eu une nouvelle réunion le lundi suivant. J’ai reposé les questions et les quelques éléments de réponses obtenus, ne m’ont pas forcément convaincu. N’ayant pas été informé de cette affaire, à aucun moment que ce soit, alors que j’étais quand même tête de liste d’arrondissement et membre du comité politique de Cœur Lyonnais, j’estimais que je n’avais rien à voir avec tout cela. Il était temps de quitter ce groupe pour en fonder un nouveau et faire valoir ma différence d’approche sur un certain nombre de sujets. L’unité du collectif n’était plus là.
Qu’est-ce qui a fait éclater le groupe Cœur Lyonnais ?
Le point de liaison de l’union qui s’est créée pendant la campagne autour de Cœur Lyonnais, c’était Jean-Michel Aulas. À partir du moment où il n’est plus là, on a fait le choix de revendiquer notre différence d’approche avec nos valeurs et notre sensibilité. Pierre Oliver, Emmanuel Hamelin et Samuel Soulier ont créé un groupe dominé par LR et très proche de l’exécutif métropolitain de Véronique Sarselli. Moi, j’ai ma liberté de ton. J’ai fondé le groupe Lyon, Humaniste et Démocrate avec des élus qui ont un positionnement central, qu’ils soient sont dans un parti ou non. D’autres élus nous rejoindront dans une démarche d’opposition constructive face à l’exécutif municipal de Grégory Doucet.
Vous prenez vos distances avec l’exécutif de Véronique Sarselli ?
Non. Nous sommes aussi dans le soutien à sa majorité métropolitaine mais ce sera un soutien exigeant. On n’hésitera pas à dire ce que ce que l’on pense sur l’ensemble des sujets, y compris sur les sujets métropolitains qui touchent à Lyon. Même si j’apprécie Pierre Oliver, j’ai quand même une différence d’approche concernant les mobilités, les questions sociales et d’égalité des droits, ou encore sur la question sensible de l’immigration.
Sans Jean-Michel Aulas, plus d’accord possible entre vous ?
On avait réussi à se mettre d’accord sur un projet commun que portait Jean-Michel Aulas. À partir du moment où Jean-Michel Aulas n’est plus la personne qui fait le liant, chacun regagne sa liberté de ton.
Vous donnez quelque part raison à vos adversaires des élections municipales et métropolitaines qui reprochaient à votre liste Cœur Lyonnais d’être une alliance bancale qui ne résisterait pas à l’exercice du pouvoir !
Je ne leur donne pas raison. Pendant la campagne des élections municipales et métropolitaines, le patron, c’était Jean-Michel Aulas. C’est lui qui a fixé la ligne, qui a essayé de trouver les points d’accord entre les différentes sensibilités. Ça a fonctionné. Et donc on avait on avait un projet pour cette ville. Je le rappelle quand même : un projet relativement construit avec plus de 80 propositions pour Lyon, et même plus si on reprend les propositions métropolitaines. Ce programme avait fait l’objet de compromis et de points d’accord. Je le dis d’autant plus facilement que j’avais pour ma part piloté la partie jeunesse et solidarité.
Quels sujets voulez-vous porter au conseil municipal ?
C’est justement la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. On a proposé au maire de Lyon de prendre l’initiative d’organiser une formation à destination de l’ensemble des élus du conseil municipal et des élus d’arrondissement. Moi, je suis toujours partisan que, d’une situation dramatique, on arrive à tirer des leçons collectives et si possible transpartisanes. En tout cas sur ce sujet là. Le deuxième point de travail avait été initié par le groupe Cœur Lyonnais quand il était encore uni, c’est le périscolaire ainsi que la place des enfants dans la ville et de l’ensemble des services municipaux qui les accompagnent. Je souhaite que la mission d’information et d’évaluation demandée au maire, aboutisse. Troisième point, c’est la question de l’évaluation des politiques publiques. La Ville verse tout un tas de subventions sans vérifier leur impact réel sur la population lyonnaise. Que ce soit sur le plan social, écologique, économique, démocratique… Enfin, la démocratie locale. Exemple pour rouvrir la rue Grenette à la circulation automobile, la concertation ne fonctionne pas !
Pourtant, les écologistes, quand ils étaient au pouvoir à la Métropole, et aujourd’hui à la Ville de Lyon, ont toujours affirmé mobiliser des experts de la concertation !
Ils font appel à des sociétés spéciales pour l’animation des réunions mais les dispositifs de concertation ne fonctionnent pas. Pour la concertation de la rue Grenette, on s’est rendu compte qu’on pouvait répondre sans forcément habiter Lyon et même répondre plusieurs fois. Si je suis un peu taquin, je peux suspecter n’importe quel parti politique de pouvoir mener une action intensive pour s’assurer que les résultats correspondent à ses souhaits. Je ne dis pas que c’est le cas mais qu’on a un sujet concernant la qualité des concertations qui sont menées actuellement. Avec le développement de l’IA, il serait temps d’utiliser des outils efficaces pour que ces concertations ne soient pas juste des objets de communication. Les écologistes se font les chantres de la participation citoyenne et de la démocratie locale, mais en fait, on se rend compte qu’on n’a pas bien avancé sur ces sujets-là. D’ailleurs, les mobilités me semble un sujet clé car il faut trouver un compromis entre la Ville de Lyon et la Métropole de Lyon pour améliorer la qualité du réseau des transports. Exemple : où en est la modernisation du métro C prévu dans le plan de transport du précédent mandat ? Parce que je peux vous dire qu’on a bien besoin !










