Upcycling : les bonnes idées du festival

Mag2Lyon a été partenaire de l’édition lyonnaise de l’Upcycling festival. Des professionnels du sur-recyclage d’horizons très divers, se sont réunis le 27 octobre dernier au Mercure Saxe Lafayette. L’occasion de découvrir des innovations et des bonnes pratiques dans des domaines parfois inattendus. Une sélection de quatre initatives

Numérique : recycler les données
Faussement virtuelles, ces data représentent en réalité des quantités de serveurs qu’il faut fabriquer puis alimenter en énergie, rafraichir… Un système extrêmement énergivore. Une seule recherche google équivaut à une ampoule allumée pendant une heure.

“Les données numériques sont invisibles. Mais si on les visualisait, elles formeraient une énorme montagne”, explique Jawaher Allala, fondatrice de la société Systnaps. Cette entreprise est spécialisée dans le recyclage des données, c’est-à-dire dans leur tri, l’évaluation de leur utilité présente ou future, ou éventuellement la perte de leur valeur qui permet de les supprimer pour libérer de l’espace dans les serveurs en réalisant des économies d’énergie.
L’important est déjà de réaliser une gestion de ces données avec un inventaire qui prenne en compte des critères réglementaires : certaines données  (fiscales, bancaires), doivent être conservées pendant une durée minimale, d’autres (données personnelles) pendant une durée maximale.
Les données doivent être inventoriées en fonction de leur valeur d’usage. Une entreprise peut ainsi réutiliser les résultats d’une enquête sur des profils de consommateurs qui ont pu être oubliés. Il serait inutile, onéreux en argent, en travail ou en énergie, de réaliser une nouvelle étude.
Les données les moins intéressantes peuvent être stockées dans des supports qui consomment peu d’énergie, car elles ne nécessitent pas d’accès fréquent.


Des enzymes dévoreuses de PET
Carbios prévoit la construction d’une usine capable de traiter 50 000 tonnes de bouteilles, mais aussi des déchets textiles en PET (*)

La problématique du plastique est très importante : 350 millions de tonnes de déchets polluent la planète, notamment les océans. Les plastiques sont encore largement produits à partir de ressources fossiles. Une grande part de ces plastiques sont du Polytéréphtalate d’éthylène (PET) les deux tiers utilisés dans le textile, avec le polyester, un tiers pour des contenants comme des bouteilles d’eau.
Cette société a été créée en 2011 à Toulouse au sein d’un centre de recherche qui a mis au point une enzyme qui découpe les polymères, les longues chaines de molécules, pour retrouver les monomères de base. L’enzyme nettoie les monomères pour permettre leur réemploi, la production de nouvelles bouteilles ou de nouveaux textiles. Avec son enzyme Carbios est devenue un des leaders mondiaux de l’enzymologie. La société qui a levé plus de 100 millions de capitaux prépare la construction dans l’Est de la France, au cœur d’un énorme bassin européen de consommation, d’une usine capable de traiter 50 000 tonnes de bouteilles par an.
A côté des recyclages mécanique et chimique, le recyclage biologique, moins gourmand en énergie, plus propre, va se développer.  Il est soutenu par des réglementations européenne et nationales. Poussées par la demande des consommateurs, les marques suivent le mouvement. Carbios a suscité la création de consortiums, l’un pour les contenants, l’autre pour le textile, où coopèrent entreprises et chercheurs”, explique Mathieu Berthoud, directeur de la stratégie d’approvisionnement des Affaires Publiques.
Le plastique bien recyclé retrouvera ses lettres de noblesse : il est plus léger que le verre, et sa réutilisation est moins énergivore. Les taux de collecte devront augmenter comme les taux d’utilisation pour intégrer des plastiques recyclés. Pendant que les laboratoires sont à la recherche d’enzyme capables de couper les polymères d’autres plastiques, les consommateurs devront plus et mieux trier pour alimenter la filière du recyclage.
(1) Voir l’entretien avec Nadia Auclair, présidente de Carbiolice dans le Guide régional du Développement durable de Mag2Lyon 2021
Encore disponible par ce lien : www.mag2lyon.fr/produit/hors-serie-developpement-durable-2021/


Alimentation :  une vaisselle éphémère et compostable
Pour les usages éphémères, la gamme des vaisselles compostables s’étend, en valorisant des déchets comme les drèches issues des brasseries.

Nos assiettes iront dans la même poubelle que les déchets de repas compostables.  A la fin de l’évènement, le but est de pouvoir dire combien de déchets ont été évités”, précise Isabelle Lacourt, fondatrice, de la société Lich’N qui a été créée pour produire de la vaisselle compostable destinée aux usages éphémères. Un processus certifié afin de prouver que cette vaisselle, pourtant solide, peut être entièrement dégradée sans produire de polluants, notamment des métaux lourds. Des tests agronomiques sont réalisés. Le compostage industriel est celui qui est le plus rapide avec une dégradation en trois mois, alors que les températures moins élevées du compostage familial s’avère plus lent.
La société ReUseat, explique Marie Nagy, conçoit de la vaisselle à partir de la drèche récupérée au fond des cuves de brasseries. La production de drèche représente 700 000 tonnes par an en France!  Ce matériau est largement utilisé en alimentation animale. Pour la vaisselle, cette matière première permet une texture proche du plastique, sans l’aspect rêche que donne le bois.
Après trois années de recherche ReUseat propose des produits qui ont une couleur marron clair. Ils sont fabriqués à partir de drèches fournies par une micro-brasserie entre Clermont-Ferrand et Lyon. Ils sont compostables ou réutilisables. “Nous avons comme projet d’étendre la gamme, mais aussi des pailles, touillettes, barquettes…” Les marchés sont ceux des professionnels de la restauration, des entreprises, des organisateurs d’événements, des distributeurs de vaisselle…


Bâtiment : savoir déconstruire pour réemployer
Le secteur du bâtiment est le plus important producteur de déchets en volume et en poids. Le réemploi permet la valorisation maximale des éléments inutilisés ou déconstruits.

Joanne Boachon, architecte, co-fondatrice de Mineka, installée à Villeurbanne, favorise le réemploi dans la construction, de matériaux qui ont  déjà été utilisés pour les mettre à disposition de nouveaux chantiers. Cette société, distinguée en 2018 par Trophées ESS Mag2Lyon, catégorie “Innovation” (2), collecte auprès d’artisans, d’entreprises et d’architectes des matériaux qui peuvent être remis à disposition. L’association apprend aussi aux professionnels à “déconstruire finement” pour que les matériaux ne soient pas directement jetés à la benne. Mineka a déjà récupéré 150 tonnes de matériaux pour la seule collecte mais pour les chantiers accompagnés, les volumes sont plus importants.
La société Mobius, explique Flavie Rigaud, travaille sur des dalles de planchers techniques de 60×60 centimètres, matériau type retrouvé dans les bâtiments nouveaux. “Ce matériau se recycle difficilement. Il est facilement jeté et enfoui”.  Mobius, basée en région parisienne, reconditionne, réassure en vérifiant les performances en vue de la revente commerciale. La société entend développer sa démarche sur d’autres matériaux. Le principe obstacle : la prudence, sinon la méfiance, qu’il a fallu surmonter avec certification et label en mettant en avant le faible teneur en CO2 d’un matériau qui aurait été perdu sans cette filière du réemploi.
Le Booster du réemploi, une programme porté par des maîtres d’ouvrage s’est justement donné comme objectif de stimuler cette pratique auprès des promoteurs et des constructeurs pour leur apprendre à intégrer des matériaux de seconde vie dans leurs opérations. Le premier pas est la formation collective, réalisée par des webinaires mensuels, ou des productions techniques de la cellule innovation comme le précise Pauline Rosset, chargé de projet à Action fort Market Transformation (A4MT). Les maitres d’ouvrages apprennent ensemble et chacun s’engage à réaliser des projets chaque année, pour une période de trois ans.

(2)Hors-Série Economie sociale et solidaire 2018 de Mag2Lyon
Encore disponible
www.mag2lyon.fr/contact/

 

Photos : -Ouverture des conférences par Lionel Favrot directeur de la rédaction de Mag2Lyon avec Catherine Savey, déléguée générale de la fondation Terre d’Initiatives Solidaires Auvergne-Rhône-Alpes (SUEZ)
-Lionel Favrot et Jacques Chalvin aux côtés de Jawaher Allala et Elyas Chetioui de Systnaps

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