« Une écologie punitive contreproductive”

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Elue lors des primaires réunissant LR et ses alliés début 2025, Véronique Sarselli a dû affronter de nombreuses manoeuvres en coulisse pour la marginaliser. Elle a tenu bon jusqu’à obtenir le soutien de Jean-Michel Aulas sous la bannière Grand Coeur Lyonnais. Par Lionel Favrot

Vous êtes tête de liste Grand Coeur Lyonnais après avoir été choisie par LR et ses alliés. Pourtant, dans le milieu politique, y compris à droite, certains affirment que même si vous gagnez cette élection, d’autres élus pourraient vous contester la présidence de la Métropole. Pourquoi ?
Véronique Sarselli :
La question de ma légitimité ne se pose pas. J’ai gagné une primaire LR élargie et l’union avec Jean-Michel Aulas a été faite et elle est bien solide. Donc on n’y revient pas. Si des fantasmes continuent à circuler, très honnêtement, ça ne m’intéresse pas du tout. Ce qui m’intéresse, c’est la Métropole de Lyon. Ses habitants ne sont pas contents du bilan écologiste comme ceux de toutes les villes et métropoles écologistes qu’ils ont gagnées en 2020.
Faire campagne à côté d’un candidat qui a une aussi forte notoriété que Jean-Michel Aulas, c’est facile ?
C’est une locomotive. Jean-Michel Aulas et moi-même, c’est d’abord la rencontre de deux personnes qui ont la même vision pour Lyon et sa Métropole, et la rencontre d’équipes qui veulent travailler ensemble. Le reste n’a pas d’importance, en tout cas pour moi.
Si vous êtes élue présidente de la Métropole, à quoi ressemblera-t-elle ?
Le fil conducteur de tout ce que je fais et de ce que nous allons proposer, c’est de réparer. En six années, beaucoup de choses ont été abîmées. Les territoires, la relation aux citoyens, l’économie… Les écologistes parlent de ville apaisée mais il suffit d’aller à un carrefour le matin pour voir que, même s’il y a peut-être moins de voitures, il y a des tensions entre usagers de la route. Pour les écologistes, il y a le camp du bien et le camp du mal. Je n’ai jamais vu autant de clivages entre les individus que depuis leur élection. Mais ce n’est pas ça la vie.
Quelles seront vos premières mesures ?
Relancer ! Donner envie aux familles de rester et aux patrons d’installer leurs entreprises. Il faut aussi un plan d’amélioration du quotidien. Bruno Bernard a pris la présidence du Sytral mais nos transports en commun ne fonctionnent pas. Les bus et les tramways ne sont pas à l’heure et ils sont trop espacés en heures creuses, les escalators et les ascenseurs ne marchent pas… Je pense aussi aux maires de Marcy l’Etoile et de la Tour-de-Salvagny qui ont mis des années à obtenir des modifications des itinéraires et des horaires de bus alors qu’il s’agit de desservir des entreprises qui emploient des milliers de salariés.
Pourquoi cette préférence pour le métro ?
Deux visions s’affrontent. Les écologistes préfèrent le tram, ce qui est plutôt une vision de court terme pour enlever de l’emprise sur la voirie aux voitures et forcer les automobilistes à changer de mode de déplacement. Et une vision pour nous qui est plus à long terme avec le métro E vers l’Ouest qui gênera moins la circulation et qui a beaucoup plus de capacité en termes de transports de voyageurs. Je n’oublie pas le plateau Nord. Là aussi les maires, Alexandre Vincendet, Bastien Joint et Damien Monnier ne sont absolument pas d’accord avec la proposition de Bruno Bernard. L’urgence pour le quotidien des habitants du Grand Lyon, c’est aussi de sécuriser le métro. 91 % des femmes ont peur de prendre le métro selon un chiffre publié par Le Monde.
Mais ces problèmes de sécurité, ce n’est pas spécifique à Lyon ?
Non, bien sûr, c’est une étude qui concerne toute la France. Mais à Lyon, on a quand même 8 000 agressions par an dans les transports en commun, soit 22 agressions par jour. Plus d’une agression par heure d’ouverture.
Comment comptez-vous améliorer la circulation ?
On réalisera une cartographie des points bloquants. Là où les piétons et les cyclistes sont en insécurité, on interviendra Il faut arrêter ça. Ça suffit, on dit stop ! Prenez la sortie du parking Saint-Jean. On vous empêche d’aller tout droit, on vous fait tourner et tout recommencer. Ou la sortie du parking Bellecour. Un scandale ! C’est le résultat d’une écologie punitive contreproductive. L’ensemble du plan vélo a coûté un demi-milliard d’euros dont 270 millions d’euros pour les Voies Lyonnaises. Tout cela pour 65 % d’insatisfaits parmi les électeurs du Grand Lyon.
Allez-vous remettre en question ces voies express vélo ?
Mon projet n’est pas de remettre en question toutes les voies lyonnaises. Loin de là. Mais il faut reconsidérer ces Voies Lyonnaises quand elles ont été imposées dans des secteurs où le trafic vélo est très faible. Dans toutes les communes de la métropole de Lyon. Prenez l’Horloge de Tassin et toute l’avenue de la République. Restez une demi-journée à ce point là, vous aurez dix vélos qui passent. Allez également demander aux maires concernés par les aménagements route de Paris à Charbonnières s’ils sont satisfaits!
Ce n’est pas inévitable de prendre de la place aux voitures si on veut développer le vélo par des voies sécurisées ?
Il y a peut-être d’autres solutions que de prendre toute l’emprise de la voie vélo sur la route avec des itinéraires qui permettent à la fois de fluidifier la circulation automobile et de laisser les cyclistes faire leur chemin. Bruno Bernard aurait peut-être mieux fait d’écouter et d’accepter nos schémas municipaux de développement du vélo car on aurait évité ces congestions en proposant pour les cyclistes des détours par les petites rues. C’est plus sécurisé que de mélanger vélo et bus sur les mêmes voies. La fluidité de la circulation automobile passe aussi par la régulation des feux grâce à l’intelligence artificielle.
Pour vous, la Métropole n’a pas suffisamment écouté les maires pendant ce mandat écologiste ?
On pourrait multiplier les exemples ! Ce qui m’a interpellée pendant tout ce mandat écologiste, c’est une méthode brutale avec laquelle il faut rompre, c’est qu’on imposait aux gens, de manière verticale, des modifications de leur manière de se déplacer. Bruno Bernard devrait tenter d’être maire pour apprendre à concilier les attentes divergentes des citoyens. Mais ce n’est pas sûr qu’il réussisse !
Mais votre proposition de méga-tunnel sous Fourvière ne fait pas l’unanimité ?
Le tunnel est la solution, ce n’est pas le problème. Le problème, c’est 40 millions de véhicules par an qui traversent Lyon. Je ne comprends même pas cette aberration. C’est une anomalie urbaine. Donc oui, il faut avoir le courage et nous l’avons eu avec Jean-Michel Aulas. Ce tunnel partirait du Valvert pour ressortir à Saint-Fons. Je sais que cela peut provoquer des inquiétudes mais tous les maires ont été consultés. Il faut aussi préciser que des technologies actuelles permettent de capturer toute la pollution à l’intérieur d’un tunnel. Sans oublier que la voiture devient de plus en plus propre car le véhicule électrique se démocratise.
Que ferez-vous du centre d’échanges de Perrache?
Une zone mixte de logements et de commerces. Il faut aussi faire revenir la gare routière à Perrache. C’est une aberration de l’avoir déplacée à Gerland. Et je rappelle qu’avec notre projet de tunnel, on garde celui de Fourvière avec un tube pour la desserte locale et l’autre pour les modes doux. A l’image du tunnel de la Croix-Rousse. Aujourd’hui, personne ne remet en cause le périphérique nord. Cette nouvelle traversée sous Fourvière a le même objectif : fluidifier les mobilités et retrouver de l’efficacité.
Les écologistes préfèrent avoir une politique incitative d’usage des transports en commun…
Oui, parlons de leur projet rive droite qu’ils veulent réduire à seulement trois voies de circulation. Personne n’a de baguette magique pour faire disparaître les 50 000 à 80 000 véhicules qui passent ici chaque jour ! N’oublions pas les centaines de milliers de familles, des professionnels et d’artisans qui garderont leur voiture à l’avenir. Soit on est dans le déni comme les écologistes soit on reste pragmatiques et on enterre les voitures dans un tunnel. Quoi de plus écologique que d’enlever des voitures de la surface? Evidemment, cette nouvelle traversée de Fourvière, c’est un projet à 10 ans.
Votre faiblesse, c’est quand même le logement. Les écologistes rappellent souvent qu’en tant que maire de Sainte-Foy-les-Lyon, vous préférez payer un million d’euros d’amende que d’accepter du logement social…
Oui, ça revient dans tous les débats. Mais il faut connaitre les contraintes de Sainte-Foy-lès-Lyon ! 40 % du territoire de la commune sont protégés au titre des espaces naturels. On a aussi de fortes contraintes des Bâtiments de France. Je vous rappelle que la mission sénatoriale sur la loi SRU, avait pris Sainte-Foy-lès-Lyon comme exemple des difficultés de son application uniforme sur l’ensemble du territoire. Ce n’est pas pour rien que la préfète n’a pas pris la main sur les Permis de Construire à Sainte-Foy-lès-Lyon contrairement à d’autres communes de la Métropole.
Quel le pourcentage de logements sociaux à Sainte- Foy-lès-Lyon aujourd’hui ?
14,2 % contre 7,8 % à mon élection comme maire. Mais on fait cela différemment. La commune est un secteur de mixité sociale sur tout son territoire. On n’a pas des quartiers réservés aux logements sociaux et d’autres où il n’y en a pas. On en impose pour toute opération au-delà de 800 m2. Il faut revoir cette loi SRU et redonner aux maires une capacité d’attribution des logements sociaux. Pour moi, c’est essentiel. Si les Grands Lyonnais nous font confiance, on a un rôle à jouer pour alerter et pour peser sur le législateur. Le logement social ne peut pas être l’alpha et l’oméga de la politique. Ce qui compte, c’est la diversification des logements. Sinon, les classes moyennes fuient la métropole de Lyon.
Quelle sera votre première initiative si vous gagnez ?
On a perdu six années sans vision de long terme. Si je suis élue, je lancerai dès le mois de septembre les Assises de la mobilité qui vont permettre de mettre autour de la table les territoires, les acteurs économiques, les habitants et les usagers, pour qu’on puisse planifier l’aménagement de notre métropole de Lyon. A l’Est, notamment à Porte des Alpes, on a beaucoup de friches industrielles et il va falloir poser la question de créer de nouvelles zones d’activité économique et de nouvelles zones de logement.

Photo @O.Fink/Mag2Lyon : Véronique Sarselli lors de la présentation des têtes de listes Grand Coeur lyonnais aux élections métropolitaines 2026

Entretien publié dans le Mag2Lyon N°178 disponible en kiosque, par abonnement, en commande au numéro sur

Mag2 Lyon 2025 2026 #4

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