Rone, musicien éclectique

Erwan Castex, plus connu connu sous le pseudo Rone, s’est imposé comme un acteur incontournable de la scène électro française en dix ans. Le musicien et compositeur quarantenaire se produira aux Nuits de Fourvière, en collaboration avec la compagnie de danse (La) Horde, et à l’Auditorium avec la complicité de l’Orchestre National de Lyon. Interview. Par Clotilde Brunet  

Comment pouvez-vous définir votre musique ?
Rone : Je suis un musicien électronique autodidacte, j’ai trouvé mes propres codes pour faire de la musique à travers des ordinateurs, des machines, des synthétiseurs… Depuis 2017, le champ des possibles s’est élargi avec différentes collaborations. J’ai longtemps joué de la techno dans des clubs, puis la Philarmonie de Paris m’a proposé une carte blanche. J’ai eu envie d’aller plus loin dans ce travail de création de spectacles. En juin, je vais présenter deux spectacles très différents à Lyon : l’un avec des danseurs et l’autre avec un orchestre symphonique.

Est-ce que vous avez suivi des cours dans une école de musique plus jeune ou pas du tout ?
Non, la musique a été un remède à mes nuits blanches. Depuis tout petit, je suis insomniaque. Étudiant, je me suis mis à bidouiller avec des outils très rudimentaires. Je me suis découvert une passion de chef d’orchestre multi-instrumentiste en quelque sorte ! J’étudiant en cinéma, je n’avais pas du tout l’ambition de vivre de la musique. Mais j’ai eu beaucoup de chance, le label InFiné a entendu ma musique et m’a proposé de la diffuser. Ça a débouché sur un premier concert et je me suis embarqué là-dedans avec plaisir.

Vous avez deux rendez-vous à Lyon en juin. Est-ce que vous avez des liens avec cette ville ?
J’ai découvert Lyon tard, je suis un Parisien avec des origines bretonnes. Un des créateurs du label InFiné est Lyonnais donc j’ai connu la ville par ce biais-là. Parmi mes tout premiers concerts importants, il y a eu Nuits Sonores. Le festival m’a programmé plusieurs fois, une sorte de fidélité s’est créée. C’est une ville qui a très rapidement compté pour moi.

Quel projet allez-vous présenter avec la compagnie (La) Horde, désormais à la tête du Ballet national de Marseille ?
Le Théâtre du Châtelet m’a proposé d’écrire un spectacle. J’avais envie de faire un peu plus qu’un concert de musique instrumentale qui fait rêver et danser. Je voulais essayer d’aborder des thèmes qui me touchent et de véhiculer des messages. J’ai combiné cette envie-là avec celle de travailler avec des danseurs. J’ai pensé au collectif (La)Horde avec lequel j’étais déjà en contact car ces chorégraphes apportent une dimension politique à leur travail. La création au Théâtre du Châtelet a été coupée dans son élan, on n’a pu faire qu’une partie des représentations prévues.

Quels messages voulez-vous transmettre ?
J’avais très envie d’aborder des thèmes comme l’effondrement climatique. Il ne s’agit pas de faire des leçons, j’ai l’impression de faire partie du problème et j’aimerais trouver une solution comme tout le monde. C’est un spectacle avec des danseurs très jeunes et je crois que c’est un bon miroir des questionnements de la jeunesse actuelle.

Ce n’est pas un peu déprimant comme thème ?
On traverse des tableaux très noirs au début du spectacle mais l’idée était ensuite d’aller vers quelque chose de plus lumineux, solaire, de donner de l’espoir… Un public très jeune a réagi de manière très émouvante au spectacle. J’ai reçu plein de messages de gens qui s’y retrouvaient, qui sont repartis avec la “niaque” !

Vous pensez que l’art peut toucher le public et peut déclencher une prise de conscience ?
J’en suis persuadé maintenant ! Honnêtement, je crois que c’est parce que je suis jeune papa, je pense à mes enfants et au monde dans lequel ils vont grandir. J’ai une espèce de responsabilité en tant qu’artiste d’essayer de faire ma part. Je me suis rendu compte en présentant ce spectacle que l’art a une capacité à véhiculer des messages de manière parfois plus percutante qu’un long discours parce qu’il touche l’affect.

©Cyril Moreau

Qu’allez-vous proposer avec l’Orchestre National de Lyon ?
L’Auditorium m’a invité et j’ai accepté ! J’ai déjà travaillé avec un orchestre symphonique mais pour un morceau de 8 minutes. Là, il s’agit de construire un spectacle d’une heure et demi. L’idée est de reprendre quelques uns de mes morceaux et de les réinterpréter avec l’ONL. J’ai travaillé avec un arrangeur, Romain Allender, qui fait le lien entre l’orchestre et moi. Je fais une musique assez mélodique donc assez adaptable. Ensuite, il faut voir par quel instrument telle ou telle mélodie peut être adaptée. On n’est pas complètement fidèles aux morceaux électroniques originaux. Parfois je les étire, parfois je les raccourcis. Je serai sur scène avec mes machines, il faut trouver l’équilibre entre la musique électronique et celle jouée par l’orchestre.

Vous avez également remporté le César de la meilleure musique originale pour La Nuit Venue de Frédéric Farrucci…
Oui, ça a été une année très riche. J’ai reçu ce César et peu de temps après Jacques Audiard m’a proposé de composer la musique de son prochain film. Je ne peux pas en dire plus… Plus de dix ans après mes études, je retrouve l’univers du cinéma, ma deuxième passion. Depuis le César, je sens qu’il y a une énorme porte qui s’ouvre, plein de propositions tombent !

Vous avez aussi sorti un nouvel album Rone and Friends cette année. Il mêle électro et chanson…
Oui, c’était même le concept de cet album. Ce disque n’était pas du tout prévu, il a été conçu pendant le confinement. J’ai envoyé mes instrus à des chanteurs et des chanteuses que j’aime comme Dominique A. J’avais envie de quelque chose de beaucoup plus pop avec des chansons courtes.

Pourquoi faites-vous autant de collaborations ?
Si je fais un peu de psychologie de comptoir, j’étais un timide maladif quand j’étais ado. Je crois que je me rattrape ! Les concerts m’ont réconcilié avec l’humanité, j’ai moins peur des autres. Plus ça va, plus j’ai envie d’ouvrir mon studio et de travailler collectivement. J’aime bien le fait de ne pas avoir le contrôle sur tout. On crée un espèce de Franck Einstein, un monstre ni complètement à l’autre artiste, ni complètement à moi.

Rone/(La) Horde, 13 & 14 juin au Grand Théâtre de Fourvière. Plein tarif : 32 euros, jeune et solidarité : 16 euros. Rone avec l’ONL, 25 et 26 juin à l’Auditorium. Tarifs de 24 à 38 euros.

Cet article m’a intéressé. Je souhaite acheter le magazine dans lequel il a été publié : c’est par ici !

EN KIOSQUE

VERSION
NUMERIQUE
Journaux.fr
COMMANDER

ABONNEMENT
Directement chez vous

 

+ HORS SERIES

 

S’ABONNER

VOTRE PUBLICITE

Shopping cart
Il n'y a pas d'articles dans le panier !
Continuer les achats
0