Métropole L’alliance des Verts

Le Conseil de la Métropole de Lyon@ERIC SOUDAN |

Les Verts ont largement remporté les dernières élections à Lyon, mais ça ne leur suffit pas pour gérer seuls la Métropole. Ils se sont donc associés avec les socialistes, les communistes et les insoumis, face à la droite, principal groupe d’opposition et au centre, totalement éclaté. Analyse. Par Maud Guillot

Il n’est pas toujours simple de s’y retrouver dans la cuisine politique de la Métropole. Nous avions laissé cette institution, avant les élections de 2020, avec 17 groupes politiques différents, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, au gré des fractures locales, pro ou anti-collomb, et nationales, pro ou anti Macron provoquant l’explosion du centre et de la gauche. 
Le raz-de-marée vert qui a porté Bruno Bernard à la tête de la Métropole permet de rebattre les cartes et de clarifier – un peu- la situation. Car cette collectivité locale ne compte plus “que” 10 groupes politiques.
Evidemment, c’est EELV qui progresse le plus. De 6 élus, ils passent à 58. Un bond spectaculaire mais qui ne permet pas aux écolos de diriger seuls puisque la Métropole compte 150 élus. Ils devront s’appuyer sur leurs alliés du second tour. Avec en premier lieu les socialistes et assimilés qui comptent 13 membres dont le maire de Villeurbanne Cédric Van Styvendael ou la maire de Vaulx-en-Velin Hélène Geoffroy. Dirigés par Jean-Michel Longueval, l’ancien maire de Bron, le groupe “Socialistes, gauche sociale et écologique” espère peser dans l’exécutif avec pas moins de quatre vice-présidents. Inespéré pour un mouvement politique qu’on annonçait moribond à Lyon. A noter que Renaud Payre, qui a mené la liste de la Gauche unie à la Métropole mais qui n’est pas encarté au PS fait partie de ce groupe. Il est 3e vice-président à l’habitat et au logement social.

Autre soutien des écologistes ; les communistes qui ont amené six élus à la Métropole dont la moitié sont issus de Vénissieux. A l’image de Michèle Picard, maire de cette commune de l’Est lyonnais, qui a été nommée vice-présidente. Le groupe à la Métropole est toujours dirigé par Pierre-Alain Millet, déjà élu sous la précédente mandature. Son objectif : “rompre avec l’ère Collomb”, c’est-à-dire “se rapprocher des communes et avoir une approche plus égalitaire, en stoppant la ségrégation spatiale entre Lyon et sa périphérie. On a besoin d’une Métropole de la justice sociale et de la solidarité” plaide l’élu de Vénissieux qui milite également pour une remise à plat du Plan de Déplacement Urbain, avec la création du RER et une politique volontariste de constructions de logements sociaux. Les communistes, partenaires de gauche souvent considérés comme “turbulents”, affirment vouloir faire “réussir cette gauche pluraliste” : “Si on a souhaité garder notre propre groupe, c’est pour faire vivre le débat démocratique au sein de cette majorité.”
les Insoumis de la majorité
Nouveaux venus au sein de la Métropole, les Insoumis sous la bannière “Métropole insoumise, résiliente et solidaire”. Un mouvement que Laurent Legendre qualifie de “gauche radicale et écologiste”. L’élu villeurbannais compte désormais quatre membres dans son groupe. Depuis que Florestan Groult l’a rejoint, alors qu’il était jusqu’à présent non inscrit, donc isolé. Ce groupe est clairement dans la majorité même s’il ne participe pas à l’exécutif. “Un poste nous a été proposé mais on a dû refuser car notre processus interne nécessite la concertation. Or on a manqué de temps” explique Laurent Legendre, ravi de sa collaboration avec les autres forces de gauche à Villeurbanne où il est élu. Il ne doute pas que ses priorités seront celles des Verts mais il reste vigilant et compte bien insister sur le nécessaire soutien aux plus fragiles en cette période de crise : gratuité des transports en commun pour les étudiants, mise en place de la Régie publique de l’eau…

Toujours à gauche, on retrouve Lyon en Commun de Nathalie Perrin-Gilbert, l’ex maire du 1er aujourd’hui adjointe à la Culture de la Ville de Lyon qui avait obtenu l’investiture de La France Insoumise pour ces élections. Ils sont trois avec comme président, Mathieu Azcue et une vice-présidente à la Participation citoyenne, Laurence Boffet. “On est très bien dans cette majorité” lance sans réserve Mathieu Azcue : “Il y a une volonté de transparence dans la décision publique. Avec des échanges riches.”
La majorité qui compte 84 élus est donc en pleine lune de miel ! Chacun espérant apporter sa pierre l’édifice. Mais comme le dit le PC Pierre-Alain Millet, “c’est au pied du mur qu’on voit le maçon” . Il faudra donc attendre les dossiers chauds pour évaluer la solidité de cette alliance. Parmi eux : l’économie, les déplacements et la fameuse PPI, qui détermine les investissements de cette collectivité donc ses choix politiques. “Certains écologistes opposent clairement les entreprises aux associations comme si les uns étaient malfaisants et les autres forcément bons. Ce n’est pas la vision de Bruno Bernard, mais il devra trancher…” lance l’élu de centre-droit Christophe Geourjeon. Le nouveau président de la Métropole qui ne cesse de vouloir rassurer les milieux économiques pourrait, selon cet élu, être prisonnier de son aile gauche.

©Eric Soudan | Bruno Bernard

Au centre et donc dans l’opposition, trois groupes sont issus de l’explosion d’En Marche et de la guerre fratricide entre Gérard Collomb et David Kimelfeld.“Les progressistes et Républicains” justement dirigés par David Kimelfeld comptent 11 membres : Yves Blein, Michel Le Faou, Guy Corazzol, Thomas Rudigoz, Myriam Picot, Jean-Luc Da Passano… Il est sans doute le plus expérimenté de la Métropole, car beaucoup de ces élus ont exercé des responsabilités à Lyon ou à la Métropole. On y compte aussi des anciens socialistes.

Opposition “constructive”
Gérard Collomb, lui, siègera dans le groupe Inventer La métropole de Demain, dirigé par Louis Pelaez, ex Pdg de Lyon parc Auto. Avec ses 9 membres, peu de chances qu’il se rapproche du groupe de David Kimelfeld tant la campagne a été violente. On y retrouve Richard Brumm, fidèle de Gérard Collomb et ex adjoint aux Finances. Mais aussi, plus étonnant, l’UDI Christophe Geourjon. “Je suis resté dans le groupe de Gérard Collomb pour être cohérent par rapport aux électeurs et la campagne” précise-t-il, son parti et la droite ayant fait alliance avec l’ancien maire de Lyon. Mais il tient à mettre les choses au point : “Je ne serai pas dans une opposition caricaturale qui est d’un autre temps.” Et de citer son accord avec le projet de RER dont il a été un des premiers défenseurs. “Je suis plus réservé sur certaines postures” ajoute-t-il, notamment Grégory Doucet, le maire de Lyon qui a annoncé vouloir réduire le trafic de l’aéroport Saint-Exupéry, ou certains écologistes qui plaident pour la réduction des parcs-relais afin de dissuader les automobilistes.
Le groupe Synergies, qui représente des maires de l’ouest lyonnais et qui était en position de force lors de la précédente mandature est toujours présent. Et il est toujours dirigé par Marc Grivel, ancien maire de Saint-Cyr-au-Mont d’Or et ex-VP de David Kimelfeld. Il compte 11 membres, “tous élus dans des conseils municipaux”. Leur objectif : faire avancer les dossiers qui les concernent : le bus à haut niveau de service de Trévoux, le Métro E… “On n’est pas un groupe d’opposition mais un groupe minoritaire. On adhérera en fonction des projets, pas en fonction de partis” précise Marc Grivel qui est prêt à travailler avec tout le monde “dans l’intérêt de son territoire et de la démocratie de proximité”. Proche de David Kimelfeld dont il a fait la campagne dans la 14e circonscription, il ne fait pas de procès d’intention au nouvel exécutif mais il souhaiterait que “les méthodes de travail soient plus rigoureuses et exigeantes.

Il faut aller plus vite dans l’organisation, même si cet exécutif est moins expérimenté”. Il redoute aussi l’entourage de Bruno Bernard : “Il est accessible et on peut parler avec lui. Ce qui est vraiment positif, mais il faudrait que cette attitude soit partagée par son exécutif et ses équipes…”
Autre groupe à signaler, La Métropole pour tous, composé de deux membres, le minimum possible dans cette collectivité locale avec Pierre Chambon et Izzet Doganel.
Enfin, à droite, c’est plus simple. En apparence. Philippe Cochet, le maire LR de Caluire facilement réélu dans sa commune compte 33 élus dans son groupe du Rassemblement de la droite, du centre et de la société civile : Alexandre Vincendet, Pascal Blache, Jérémie Bréaud, Laurence Fautra, Clotilde Pouzergue, Christophe Quiniou… Soit beaucoup de maires de communes importantes de l’agglomération. Mais il devrait être divisé par de sérieuses inimités provoquées par l’alliance avec Gérard Collomb. Notamment celles désormais publiques entre François-Noël Buffet, le candidat LR à la Métropole, et Etienne Blanc, candidat à la Ville, tous deux récemment élus sénateurs… sur des listes concurrentes.
A noter, pour terminer ce panorama, la disparition du Rassemblement National qui comptait deux élus. Mais aussi du phénomène villeurbannais, qui avait son propre groupe autour de l’ancien maire socialiste Jean-Paul Bret.

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