“Les musiciens sont des sorciers”

L’ancienne animatrice de l’émission C’est pas Sorcier, nous emmène dans la réserve de l’Auditorium de Lyon avec la websérie Les petits secrets des instruments de musique. Sabine Quindou n’a rien perdu de sa curiosité et de son humour. Interview. Par Clotilde Brunet

Quel est le concept de cette websérie, en partenariat avec l’Auditorium de Lyon, Les petits secrets des instruments?
Sabine Quindou : C’est une idée de Jane-Lise Meunier, responsable des actions culturelles de l’Orchestre National de Lyon. On est parti d’objets que le grand public ne connaît pas forcément, on essaie de comprendre à qui et à quoi ils servent. Dans la forme, on a mis beaucoup de complicité et de sourire, sans que ça n’ôte rien au travail et au talent des musiciens.

Qu’avez-vous découvert de surprenant dans la réserve de l’Auditorium?
Ce qui compose les archets! De loin, je croyais que c’était un ruban. Je voyais bien que des fils cassaient… J’ai appris que les archets sont fabriqués à partir de crin de cheval, du crin de cheval mâle parce que les juments font pipi sur leur queue, ce qui dégrade la kératine. La couleur a aussi un impact sur la qualité de l’accroche et donc sur la vibration. Le son est plus doux avec du crin blanc.

À quel public s’adresse cette websérie?
À un public familial, on est obligé de mettre des étiquettes mais en réalité elle s’adresse à la fois aux enfants et aux adultes. L’émission C’est pas sorcier s’adressait initialement aux 7-12 ans mais on s’est rapidement aperçu que cette tranche d’âge représentait seule- ment 25 % de l’audience. Sur les 75 % qui ne faisaient pas partie du cœur de cible, certains n’avaient pas d’enfants et regardaient quand même l’émission. Le grand avantage d’être étiqueté jeune public, c’est la liberté de ton. J’ai le droit de faire des blagues tarte à la crème, d’utiliser le personnage de La Voix… Tout est une question d’équilibre, il faut que ce soit compréhensible pour un jeune enfant mais nourrissant intellectuellement pour les plus grands.

Et vous, quel est votre lien avec la musique?
Je ne suis pas musicienne, je suis l’ambassadrice du grand public ! Mais j’ai beaucoup dansé et j’ai écouté des heures et des heures de musique. J’étais plus sensible aux musiques de ballet parce que je suis allée voir beaucoup de spectacles de danse. Par la suite, je me suis rendu compte que la musique classique est omniprésente, dans les ascenseurs, les magasins, les films, les séries…

Vous avez également créé plusieurs spectacles avec l’Auditorium ?
Oui, le premier c’était Souffler n’est pas jouer sur les cuivres, en 2017. J’étais une apprentie chef d’orchestre et le public, auquel on avait distribué des embouts de trombone en plastique, des apprentis musiciens. On abordait toutes les bases : la vibration, le timbre, la hauteur, l’intensité… Et ça finissait en rumba! On a fait danser le public de l’Auditorium, ce qui n’est pas courant ! Le dernier spectacle, Au cœur de l’orgue, date d’avant le confinement.

Vous avez monté votre propre compagnie ?
Oui, elle est née de la collaboration avec l’Orchestre National de Lyon et de ces expériences de confinement. Qu’est-ce que ça nous manque d’être ensemble, de partager du beau… Et c’était devenu indispensable pour diffuser ces spectacles qui marchent et plaisent au grand public. J’ai été marquée par une remarque d’élèves de Villeurbanne que l’on a reçus à l’Auditorium. Ils m’ont dit : “Madame, tu ne devrais pas t’intéresser à la musique classique, tu es basanée comme nous, ce n’est pas pour nous.” J’ai trouvé ça affreux ! On manque de vivre ensemble. Je pense que j’ai le pouvoir de montrer à ce petit garçon que c’est possible de se marrer et de danser à l’Auditorium. On n’est pas obligé d’aimer la musique classique mais on ne peut pas accepter que des enfants de 10 ans disent que ce n’est pas pour eux. On ne peut pas laisser des frontières s’établir. La websérie est le premier acte concret entre ONL et ma compagnie. Elle s’appelle Sabine sorcières et compagnie. Les musiciens sont des sorciers, ils transforment des petits points noirs sur du papier blanc en émotions. C’est fou !

Est-ce que vous avez d’autres projets en lien avec Lyon ?
Pendant très longtemps tous mes projets se faisaient à Paris, je ne travaillais pas du tout à Lyon. Puis j’ai commencé à m’approprier la ville, je la trouve belle, la qualité de vie est incroyable… J’ai fait deux films sur la fête des Lumières pour France 3.

Vous êtes Lyonnaise d’adoption. Ça fait longtemps que vous êtes installée ici ?
J’habite à Lyon depuis dix ans. Je suis arrivée de la région parisienne où j’ai passé le reste de ma vie. Habiter à Paris et travailler dans le monde de l’audiovisuel, ça faisait beaucoup trop en termes de snobisme! Je voulais m’installer dans le Gapençais où je pratique des sports aériens. Mais là où j’avais envie d’habiter, vers Chorges, les connexions internet ne sont pas top. Lyon est à mi-chemin entre les deux. J’y avais déjà habité quand j’étais “bébé journaliste” et j’avais adoré !

Vous présentez Thalassa depuis cet automne… Vous aviez déjà fait beaucoup de reportages pour cette émission. Elle vous tient à cœur?
Oui, déjà parce que je suis plongeuse, j’ai découvert le monde sous-marin en Martinique d’où mon papa est originaire. Je me souviens encore de la sensation physique le jour où j’ai mis la tête sous l’eau avec un masque et une bouteille. J’ai posé mes yeux sur du corail, des poissons… C’était une sensation de liberté dingue pourtant on est har- naché avec tout le matériel. Je devais avoir5ou6ansetjemesuisditque tout cela existait et que je ne le savais pas. J’ai commencé à travailler à Thalassa après avoir fait ma reconversion, je suis historienne de formation puis journaliste et ensuite j’ai fait une école de cinéma pour apprendre la réalisa- tion documentaire. Georges Pernoud m’a envoyée faire le tour du monde. J’ai réalisé des documentaires incarnés pour Thalassa pendant cinq ans.

Georges Pernoud, le présentateur historique de Thalassa, vous a beaucoup transmis ?
Énormément ! Je peux vous raconter une anecdote, je l’ai croisé pour la première fois sur un parking. Il me dit : “Je pensais à vous, je veux vous en- voyer en Patagonie pour Thalassa. Dans deux mois, vous serez dans le détroit de Magellan avec le navigateur Olivier de Kersauson. Tenez-nous informés de l’avancée du tournage. Si les conditions ne le permettent pas, faites votre métier, on vous fait confiance !” Georges Per-noud pour moi c’était le monsieur de la télé! Il m’a donné des conseils qui sont des leçons de vie. Il m’a appris à regarder les choses comme si c’était la première fois, à écouter les gens comme si c’était la première fois que je les rencontrais… Pour lui, les belles images étaient une évidence. Il voulait qu’on raconte des histoires et qu’on mette en avant l’humain.

Quelle impulsion souhaitez-vous donner à l’émission aujourd’hui ?
L’émission a 45 ans d’existence, je suis un membre d’équipage parmi d’autres ! Je suis le relais entre l’équipe de Thalassa et le public. Mais j’apporte de nouveaux projets, notamment un film qui prendra la forme d’une performance artistique, toujours en rapport avec la mer !

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