Le road-movie social de François Ruffin et Bruno Bonnell

Après “Merci Patron !”, le médiatique député François Ruffin, associé aux Insoumis, sort le 13 octobre un documentaire : Debout les femmes, sur ces salariées, mal payées et précarisées, qui s’occupent des enfants, des malades, des personnes âgées… Un film qui suit en réalité une mission parlementaire qu’il a effectuée avec le Lyonnais Bruno Bonnell, élu LREM et ancien patron d’Infogrames. Un binôme détonnant ! François Ruffin raconte. Par Maud Guillot. 

Est-ce que Bruno Bonnell est une vraie tête de con ?
François Ruffin : C’est vrai que c’est la première réflexion que je me suis faite quand on m’a annoncé que le parlementaire qui m’accompagnerait dans cette mission était Bruno Bonnell. Je le dis dans le film ! Pour moi, il était un peu brut de décoffrage. Il avait participé à l’émission The Practice sur M6 dans laquelle il mettait en concurrence des salariés et qui  était incarnée aux Etats-Unis par Donald Trump ! Mais je me suis dit que j’allais voir qui était ce bonhomme.

Qu’avez-vous découvert sur lui ? 
Un homme assez rock avec du tempérament ! En une minute, j’ai compris que ça passerait. J’ai tout de suite vu qu’il serait un bon partenaire de jeu mais qu’en plus, il avait un vrai intérêt pour ces métiers du fait de son histoire personnelle qui est dramatique.* Il est habité par cette émotion. Ça ne veut pas dire qu’on va fonder un parti ensemble… 

A-t-il été nommé pour cette mission avec vous ?
Non, il s’est justement porté volontaire. Pour plaisanter, il a dit qu’il voulait “se faire Ruffin”. En réalité, ces sujets l’intéressent vraiment. Mais je ne veux pas parler pour lui…

Dans le film, Bruno Bonnell parle carrément de conversion “ruffinesque”. Vous a-t-il converti vous aussi ?
Sur ces thèmes-là, il ne me semble pas ! Ce sont vraiment des sujets que je maîtrise bien. Il m’a donné son bouquin sur les robots, mais bon…  C’est plus sur le savoir-être que sur le savoir tout court qu’il m’a appris. Je me doutais qu’il pouvait y avoir de l’humanité chez lui. Cette mission lui a permis de la dévoiler. Quand on a un drame terrible qui survient dans son existence, un drame que tout parent redoute, comment est-ce qu’on vit avec, comment est-ce qu’on en parle… ? C’est une leçon qu’il m’a faite, sans la donner. Il est également très drôle puisqu’il a accepté de poser avec un costume d’huissier  !  

Qu’avez-vous découvert ensemble sur ces professions que vous qualifiez de “métiers du lien” ?
C’est un véritable continent. Enseignant, soignant, voire journaliste, c’est un métier du lien.   Mais ils disposent d’un statut et d’un revenu. Ce qui n’est pas le cas des professions que nous traitons dans ce film : aides à domicile auprès des personnes âgées, accompagnants d’élèves en situation de handicap… Ces emplois sont très féminisés, à plus de 80 %. Ce sont des temps partiels contraints, avec des horaires éclatés, des amplitudes énormes, pour des salaires indécents. Il sont enfin très pénibles. Les aides à domicile sont les professionnelles qui ont le plus d’accidents du travail, devant le BTP ! Elles sont victimes de chutes, elles portent des charges lourdes, donc ont des problèmes aux épaules, aux genoux, aux talons… On le comprend quand on les voit exercer. Elles doivent apporter de la tendresse, tout en étant très fortes physiquement.

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Debout les femmes
Le documentaire de François Ruffin commence fort. On le voit préparer sa mission parlementaire sur les “métiers du lien” en évoquant son partenaire  Bruno Bonnell comme “une tête de con”. Mais on comprend très vite que les deux élus politiquement opposés vont faire un joli bout de chemin ensemble, pour défendre un objectif commun : la reconnaissance des aides à domicile, des auxiliaires de vie scolaires, des femmes de ménage (dont celles de l’Assemblé Nationale). On les voit sur les routes aller à la rencontre des travailleuses, souvent à temps partiel, mal payées et mal considérées… Cette aventure prend tout son sens quand la crise sanitaire éclate puisqu’elles sont en première ligne. François Ruffin, accompagné de Gilles Perret, le co-réalisateur (Lire son portrait dans Mag2 Savoies n°8), et de Bruno Bonnell, continuent leurs auditions. La diffusion de l’intervention télévisée d’Emmanuel Macron qui défend l’utilité sociale de ces femmes, en parallèle de la réalité terrible de leur situation est dévastatrice.
On voit aussi les deux députés batailler au sein de l’institution parlementaire, pour faire accepter leur texte. Retoqué sur presque tout, malgré les promesses. Bruno Bonnell va défendre ces propositions dans les médias : on voit sa capacité à communiquer. Il fait vraiment le job. François Ruffin lâche même qu’il est un “meilleur VRP” que lui. Sans succès. Ce film est tout autant un récit de ces vies précarisées, que de l’impuissance politique. Il se conclut sur une note plus burlesque avec la mise en scène d’une Assemblée nationale composée de toutes ces femmes, qui finissent par changer l’hymne du MLF avec Bruno Bonnell comme témoin en costume d’huissier… À découvrir. 

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