A quelques jours du premier tour, on a retrouvé l’ancien président de l’OL dans un café de la Presqu’île où il a ses habitudes pour un entretien pendant lequel il n’a esquivé aucune question. Déterminé, revendiquant la cohérence de son programme et n’exprimant aucun regret quant à cette décision de se lancer en politique malgré une campagne assez dure, il se déclare “enthousiaste”. Voilà un rendez-vous qu’on aurait souhaité caler avant le bouclage de Mag2Lyon mais l’essentiel est que la tête de liste de Cœur Lyonnais ait accepté la proposition. Par Lionel Favrot
Vous avez vous-même confié lors de votre premier meeting au H7 en septembre dernier, avoir réfléchi avant de vous lancer dans cette aventure des élections municipales et même que vous aviez consulté vos proches. Qu’est-ce qui vous a décidé ?
Jean-Michel Aulas : Effectivement, j’ai demandé, individuellement, à Ludivine, ma compagne, ses enfants, mes enfants et mes petits-enfants s’ils approuvaient que je me lance. Si un seul d’entre-eux avait dit non, je n’y serais pas allé. Après cela, j’ai voulu m’assurer que je pouvais me présenter sans être dépendant d’un parti politique en particulier. Les bagarres de l’Assemblée nationale m’horripilaient et je considérais que la politique nationale était malheureusement peu productive. Au contraire, à la Ville et à la Métropole de Lyon, on peut vraiment agir sur la vie des citoyens.
Compte-tenu de votre carrière, vous n’aviez plus rien à prouver et même que des coups à prendre dans cette campagne électorale. Cela ne vous a pas fait hésiter ?
Les Lyonnais que je rencontrais dans la rue me demandaient d’y aller. Les commerçants, les entrepreneurs me demandaient d’y aller. Les associations me demandaient d’y aller. Moi, j’ai pris cela très au sérieux avant de prendre la décision définitive. Ayant cette conscience de pouvoir faire quelque chose que personne d’autre à Lyon ne pouvait faire, je me suis lancé dans cette grande aventure. J’ai considéré que ma candidature relevait de l’intérêt général après avoir pas trop mal réussi deux carrières différentes, l’une dans le sport, avec l’OL mais aussi au niveau de la Fédération, le plus grand “parti” de France avec 2,5 millions de licenciés et 400 000 bénévoles, et l’autre dans l’entrepreneuriat.
Pour le nom de votre liste, Cœur Lyonnais, vous vous êtes inspiré de l’association Lyon au Cœur de Béatrice de Montille ? C’est une réflexion marketing ? Ou vous avez voulu jouer l’affectif
Non, l’histoire derrière ce nom est tout à fait différente. Je l’ai choisi car j’ai vraiment l’impression que les Lyonnaises et les Lyonnais souffrent de ce qu’est devenue leur ville. Et que quand on souffre… c’est le cœur qui prend le pas. Je ne connaissais pas Béatrice de Montille à ce moment là. C’est elle qui m’a appelé et elle a fait partie des premières personnes à nous rallier, avant Pierre Oliver quelques mois plus tard. On est assez fiers d’avoir réuni six partis, du centre gauche à la droite. Nous avons même été rejoints par des militants du PS qui ne comprennent pas que Grégory Doucet soit aujourd’hui prêt à s’associer avec LFI, proche de la Jeune Garde et de ses positions extrêmement violentes qui jouent sur les antagonismes de la société. Ce qu’on ne peut pas admettre et ce qui me parait incroyable d’un maire sortant venu de la société civile. Ceux qui se présentent avec nous ne sont pas là pour parler idéologie mais pour parler solutions.
Aujourd’hui, certains vous reprochent de ne pas avoir respecté votre engagement de présenter 50% de candidats de la société civile dans vos listes Cœur Lyonnais ?
Je sais que certains s’amusent à croire cela… Mais ce ratio est parfaitement respecté dans nos listes, pour les neuf arrondissements et la Ville de Lyon, avec de grands noms de la société civile. Je peux vous citer Pascal Rothé, ancien directeur régional des finances publiques qui a même décidé de prendre sa retraite plus tôt que prévu pour rejoindre nos listes.
Vos adversaires vous reprochent d’avoir constitué un “drôle d’attelage” avec des partis qui ne sont habituellement pas d’accord entre eux ! Avez-vous l’impression d’être à la tête d’un “drôle d’attelage” ?
C’est amusant, car c’est typique des politiciens professionnels de considérer que, lorsqu’on réunit et qu’on rassemble au-delà des étiquettes, on forme « un drôle d’attelage ». Moi, au contraire, je suis très fier d’avoir une équipe diversifiée, jeune, et très dynamique. Et cela vaut aussi bien pour les candidats que pour les militants, avec des Lyonnais et des Lyonnaises expérimentés en politique, mais aussi des personnalités de la société civile qui ont envie de s’engager pour leur ville. C’est pour que cela que notre programme est extrêmement ouvert en matière de solutions.
Réussir à rassembler pour constituer des listes à une élection, c’est une chose, mais allez-vous réussir, si vous êtes élu maire, à garder une cohérence dans vos équipes ?
Oui, il y a et il y aura une cohérence. Ce qui est formidable, c’est que nous avons regroupé 1 000 Lyonnaises et Lyonnais qui ont travaillé de manière très démocratique pour constituer ce programme de Cœur Lyonnais. Pour moi, on le doit justement au fait que je viens de la société civile. J’ai imposé un certain nombre d’orientations pour que ce programme reste totalement homogène mais chacun a pu apporter sa contribution. Tous ceux qui nous ont rejoints, resterons solidaires les uns des autres. Notre programme est de bien meilleur qualité que celui de Monsieur Doucet qui a lui-même fait un volte-face complet sur certains sujets… car il a vu que s’il restait sur les bases de ses six années de mandat, il était certain de perdre.
Sur quel point Grégory Doucet aurait changé d’avis ?
La sécurité. Au départ, il voulait désarmer la police municipale de Lyon pour faire plaisir à ses soutiens d’extrême-gauche. Lors du débat télévisé, la candidate de Jean-Luc Mélenchon a d’ailleurs rappelé qu’elle voulait désarmer la police municipale à Lyon… et Monsieur Doucet n’a pas eu l’air si choqué que cela puisqu’il lui a tendu la main pour une alliance quelques minutes plus tard ! Il y a eu bien d’autres retournements de vestes. Monsieur Doucet était par exemple contre l’extension de la vidéo… avant de changer là aussi d’avis ! Mais je note qu’il n’y en a toujours aucune dans le 4e arrondissement. On a même découvert que certaines caméras du 2e arrondissement n’étaient pas branchées ! Je peux aussi citer la végétalisation : combien Monsieur Doucet a-t-il créé de parcs pendant son mandat ? Aucun ! Ce n’est pas moi qui le dis. C’est Alain Giordano qui a été maire du 9e arrondissement et adjoint à l’écologie urbaine de Gérard Collomb.
Grégory Doucet revendique quand même une baisse de la pollution à Lyon grâce à ses mesures pour la mobilité douce.
Bien sûr que la pollution a baissé à Lyon. Comme elle a baissé partout en France ! Tout le monde a fait des efforts pour s’alimenter en énergie et pour se déplacer de manière plus propre. Monsieur Doucet qui se vante de la baisse de la pollution, c’est le coq qui croit faire lever le soleil. Ce que les Lyonnaises et les Lyonnais remarquent en revanche, et dont ils souffrent, c’est que les décisions de Grégory Doucet bloquent les automobilistes l’équivalent de cinq jours par an dans leur voiture ! Il ne peut pas prétendre avoir réduit la pollution. C’est erroné et c’est prendre les gens pour des imbéciles que de dire que l’amélioration s’est faite grâce aux dispositions qui ont été prises par ses équipes.
L’autre reproche qui vous est fait, c’est l’absence de chiffrage précis de plusieurs projets de votre programme. Vos adversaires l’affirment mais aussi des journalistes. Comment l’expliquez-vous ?
Il y a ceux qui disent, qui prétendent, qui croient que… Et puis il y a la vérité. Et la vérité, elle est facile à vérifier : il suffit d’aller voir notre programme. Il est en ligne sur le site internet de Cœur Lyonnais. Et ce chiffrage, il est très précis et chacun peut le vérifier en allant voir sur le site internet de Cœur Lyonnais. Et s’il est chiffré avec précision, c’est justement parce que les idées sont venues de personnalités issues de six partis politiques et de la société civile, et que le chiffrage a été fait par des spécialistes. Et puis si les Lyonnaises et les Lyonnais savent que je suis nouveau sur le plan de la politique, ils savent aussi qu’en matière de développement d’entreprises, d’économie et de gestion, je m’y connais !
Pas de promesses impossible à financer? Même ce “méga-tunnel” sous Fourvière ?
Je suis quand même le seul candidat qui propose de faire en sorte qu’on résolve enfin le problème de la pollution routière avec ces 110 000 voitures journalières qui traversent Lyon. C’est comme si vous aviez une autoroute devant Notre-Dame à Paris. J’ai commencé à prendre des contacts avec la Caisse des dépôts qui se propose non seulement de le financer par des prêts, mais d’être éventuellement actionnaire parce que ce sont des actifs de long terme. Je suis aussi pour le développement du transport fluvial sur l’axe méditerranéen, du port de Lyon à celui de Marseille, et pour la connexion ferroviaire Lyon-Turin. Trois projets qui vont dans le sens de la réduction de la pollution et de la relance de l’attractivité de la Métropole de Lyon pour la faire remonter dans les dix premières métropoles européennes. C’est mon objectif et c’est celui qui apparaît dans le programme de Cœur Lyonnais.
Votre projet d’un nouveau stade à la Duchère fait aussi beaucoup parler !
J’ai fait venir l’ancien ministre de la Ville Jean-Louis Borloo à la Duchère pour créer un pôle d’attractivité autour d’un stade avec des bureaux et un centre commercial, comme on l’a fait à Décines et Meyzieu avec l’OL Vallée. Ce qui va permettre de créer de l’emploi dans ce quartier que je propose également de connecter au centre de Lyon grâce à un axe fort de transport en commun. Voilà des projets structurants à quinze ou vingt ans, que je ne verrai pas moi même tous aller jusqu’au bout, mais que je lancerai car, à la différence des hommes politiques en place qui ne regardent que l’échéance de leur mandat, je suis en capacité de me projeter. Je pense que c’est une chance pour Lyon.
Cette campagne s’est-elle déroulée comme vous l’imaginiez? Ou elle vous a paru plus compliquée et plus dure qu’attendue ?
Je suis outré des réflexions qu’ont fait Messieurs Doucet et Bernard sur des choses qui sont fausses. Par exemple quand ils me reprochent de potentiels conflits d’intérêts alors qu’on sait que Bruno Bernard a voté une délibération de la Métropole qui désignait son oncle comme président du Grand Lyon Habitat, délibération annulée par le tribunal administratif avec un rappel à la loi. Oui, je suis déçu par leur attitude. D’ailleurs, ils n’étaient pas du tout aussi agressifs avant que les sondages ne les montrent en difficulté.
Mais quand vous étiez président de l’OL, vous étiez connu pour être assez “punchy”. Y compris contre les arbitres !
J’ai d’excellentes relations avec les arbitres, à telle enseigne qu’à la Fédération française de Foot, ça fait partie des responsabilités qu’on m’a attribuées.
Cette campagne municipale approche de sa fin. Avez-vous aujourd’hui le sentiment que le monde politique est plus dur que le monde de l’entreprise et que celui du foot ?
Le problème des politiques, c’est qu’ils peuvent dire des choses qui sont au-delà de ce qu’on peut imaginer et qui peuvent blesser. Quand Monsieur Doucet et ses adjoints, et Monsieur Bagnon, me traitent de “trumpiste” ou de “fasciste”, c’est inadmissible ! Mes grands parents, mes parents, mes enfants et moi-même avons toujours eu des yeux de Chimène pour la République.
Du coup, cette campagne, vous la terminez comment? Agacé, lassé, exténué ?
Pas du tout ! On m’avait prévenu que ça serait difficile et qu’il y aurait des coups tordus. Alors c’est vrai qu’on a eu beaucoup de coups tordus à Lyon. Des candidats viennent me critiquer sur mon âge, ma santé physique, ma personnalité… Je lis des choses inadmissibles.
Ces attaques vous font regretter de vous être lancé en politique ?
Non, pas du tout. Mais j’ai découvert que le monde politique était un monde vraiment sans foi ni loi. J’ai aussi rencontré des associations qui souffraient car on leur avait promis de mieux respirer grâce à des mesures plus à gauche mais qui n’ont pas eu les effets attendus. Des associations qui s’occupent du handicap qui m’ont montré des rebords installés devant l’entrée de leur local, des associations de la petite enfance déçues car ce qu’elles ont obtenu ne correspond pas à leurs besoins, des associations de commerçants qui n’ont pas vu venir les indemnisations promises pour compenser les nuisances des travaux… J’ai hâte que les résultats de ces élections soient promulgués pour montrer qu’on peut, tout en restant droit dans ses bottes et sans jamais avoir dit des choses qui aillent au-delà de la raison, apporter des solutions à ces gens qui souffrent.
Etes-vous prêt à tenir un mandat entier de maire de Lyon ? Vous évoquez les attaques qui vous visent. L’une d’elle, récurrente, est que vous allez laisser votre place en cours de mandat à Béatrice de Montillle, Pierre Oliver ou à un autre de vos colistiers déjà en embuscade…
Mais bien sûr que je suis prêt à être maire de Lyon pour un mandat complet ! Autrement, je ne me serais pas engagé dans cette campagne électorale. J’étais vice-président délégué de la fédération française de foot et je me suis représenté en janvier pour un nouveau mandat de quatre ans qui peut être prolongé. Dans le football où les gens me connaissent, jamais personne n’est venu me demander, si j’allais aller au bout. Je suis en pleine forme physique. Je n’ai jamais fait d’excès dans la vie parce que je suis quelqu’un de pondéré et de modéré. Je fais en sorte de continuer à faire de la gymnastique pour rester en forme. Tout le monde a vu que j’ai mené une campagne absolument incroyable dans tous les quartiers de Lyon. Aucun des candidats à Lyon n’a fait autant de marchés, de visites individuelles et de déplacements que moi. J’ai aussi fait la campagne pour la Métropole avec le même dynamisme. Je suis en pleine forme pour affronter les six ou sept années de mandat* qui vont arriver. Il n’a pas du tout été prévu, à aucun moment, d’un mandat écourté. Travailler pour l’intérêt général, c’est la plus belle des solutions. C’est pour ça que je suis enthousiaste.
* Le mandat pourrait être prolongé d’un an, car 2032 sera une forte année électorale avec les présidentielles et les législatives











