Grégory Doucet réélu maire de Lyon : la valse des adjoints

Le maire écologiste sortant a retrouvé, vendredi 27 mars, son fauteuil de maire pour un second mandat grâce au vote des 46 élus de la liste qu’il a constituée au second tour des élections municipales suite à la “fusion technique” de sa liste d’union de la gauche et des écologistes avec celle de LFI. Ce n’est pas le cas de la majorité des adjoints de son premier mandat qui ne retrouvent pas leur poste ou leur périmètre. Grégory Doucet a dû laisser plus de place à ses alliés qu’en 2020. Pas d’adjoints LFI comme annoncé mais des socialistes plus nombreux et deux communistes. La surprise est aussi venue du discours de Jean-Michel Aulas extrêmement offensif, loin du ton constructif adopté jeudi par Véronique Sarselli lors de son discours d’investiture comme présidente de la Métropole de Lyon. Par Lionel Favrot

Les élus de Grand Cœur Lyonnais avec en tête Jean-Michel Aulas et Pierre Oliver suivis d’Alain Giordano et de Laure Cédat, ont été les premiers à faire leur entrée à l’Hôtel de Ville pour cette première séance du conseil municipal consacrée à l’élection du maire et de ses adjoints.
De son côté, Grégory Doucet avait scénarisé son arrivée en remontant la rue de la République avec son équipe municipale. Un clin d’œil à la ZTL (Zone à trafic limité) de la Presqu’île que Grand Cœur Lyonnais, désormais à la tête de la Métropole, veut remettre à plat ? Détendu, saluant tour à tour le personnel municipal, les élus et les journalistes, le maire écologiste sortant s’est éclipsé quelques minutes avant de rejoindre la salle des délibérations.
Le vote s’est déroulé sans encombre après les rappels d’usage sur la conduite du scrutin. Jean-Michel Aulas a étonnamment fourché sur plusieurs noms, y compris pour celui de sa colistière Béatrice de Montille, rebaptisée “Béatrice de Monteille” à la première lecture.

“Une ville juste doit être une ville sûre”

Grégory Doucet a fait le plein des élus de sa liste avec 46 voix, sans candidat face à lui, son opposition ayant choisi le vote blanc. Soit 39 élus écologistes, socialistes ou Place Publique, et 7 élus LFI.  Le maire écologiste de Lyon a commencé son discours par une référence explicite aux enjeux de sécurité, “une ville juste doit être une ville sûre” avant de rappeler ses engagements de campagne en faveur de l’écologie, de la santé, de l’éducation et du social.
Concernant la nouvelle situation politique qui le contraint à dialoguer avec une Métropole de Lyon tenue par la droite contrairement à son premier mandat où le président était Bruno Bernard, un écologiste, le maire de Lyon a adopté des termes aussi constructifs que Véronique Sarselli, nouvelle présidente LR du Grand Lyon, lors de son discours d’investiture jeudi 26 mars.  Grégory Doucet a déclaré vouloir conduire la ville “sans esprit de querelle” mais au contraire dans un “esprit de coopération que commande l’intérêt général.” Tout en rappelant son périmètre d’intervention et sa volonté de défendre ses projets. “Coopérer n’est pas s’effacer”.

“Dogmatique” et “sous tutelle politique”

Prenant la parole au nom de son groupe d’opposition, Jean-Michel Aulas a choisi un tout autre ton. Pour l’ancien président de l’OL, la ré-élection de Grégory Doucet est un “désaveu” des Lyonnais car près d’un électeur sur deux n’a pas voté pour le maire sortant. Faisant allusion au retournement de situation qui l’a vu passer de favori des sondages à perdant des élections municipales, Jean-Michel Aulas a carrément dit au nouveau maire de Lyon: “Je ne vous attendais pas à cette place ni moi à la mienne. Vous non plus.” Il a de nouveau visé l’alliance de Grégory Doucet avec LFI pour le second tour. “L’écharpe que je vous ai remise, vous la connaissez. Si elle est rouge sur un bord, elle est bleue sur l’autre.”  
Fort de son nouveau poste de 1er vice-président du Grand Lyon, Jean-Michel Aulas a décrit Grégory Doucet comme un “dogmatique” qui se retrouve, selon lui, “placé sous tutelle politique” par la Métropole.
Un ton rare pour une première séance. En effet, les oppositions municipales déroulent en général un discours en deux temps. Après les traditionnelles salutations républicaines à l’adresse du vainqueur, elles l’avertissent sans complaisance qu’elles seront vigilantes. Mais il est rare qu’on se retrouve ainsi à la limite de la remise en cause de la légitimité d’un nouveau maire.
Déjà en 2020, les écologistes étaient accusés d’avoir été élus uniquement à la faveur de l’abstention provoquée par l’épidémie de COVID. Ce procès en légitimité de Grégory Doucet se poursuit donc malgré sa réélection. Il faut préciser que Jean-Michel Aulas a confirmé son intention de déposer des recours, précisant même qu’il y en aurait deux, l’un sur des “irrégularités”, l’autre, ce qui est une nouveauté par rapport à sa déclaration le soir du second tour, concernerait “les comptes de campagne”. En clair, pour Jean-Michel Aulas, la bataille des municipales à Lyon n’est pas terminée…


Un exécutif profondément renouvelé et moins écologiste

Cette première séance était aussi l’occasion de voter la composition de l’exécutif. Grégory Doucet retrouve 21 adjoints, le même nombre que pendant son 1er mandat. Leurs délégations sont déjà définies contrairement à la Métropole de Lyon où les discussions vont encore continuer ce week-end.

Grégory Doucet a profondément renouvelé et remodelé son exécutif. 14 de ses 21 adjoints actuels n’étaient pas aux commandes après sa première élection il y a six ans. Tout comme deux des trois conseillers municipaux délégués. Dit autrement, seuls huit de ses adjoints de 2020 sont encore dans son exécutif, et  quinze ont disparu de l’organigramme de même que l’un des trois conseillers municipaux délégués. Beaucoup de nouvelles têtes donc.

Seule l’écologiste Julie Nublat-Faure retrouve à la fois le même rang d’adjointe et la même délégation aux sports.  Stéphanie Léger retrouve également ses fonctions à l’éducation et à l’enfance en passant du rang de 5e adjointe à celui de 3e. Audrey Henocque est toujours 1ère adjointe mais avec un périmètre différent : la coopération territoriale, les relations avec les arrondissements et la qualité des services aux usagers.

On relève la promotion de plusieurs personnalités du 1er mandat : Valentin Lungenstrass est propulsé 2e adjoint avec l’administration générale, les finances et les achats publics. Gautier Chapuis, Sylvie Tomic et Sophia Popoff obtiennent également de nouvelles responsabilités.


Un pôle social renforcé

Les rangs des adjoints qui affichent les priorités d’un exécutif, se doivent d’être également en cohérence avec les principales compétences d’une Ville. C’est le cas du pôle social renforcé avec, aux postes de 4e, 5e, 6e et 7e adjoint(e)s, Augustin Pesche (PC) à la jeunesse, Lisa Gauthier (Place Publique) à la petite enfance et la parentalité, Bruno Couturier (Voie Commune) aux solidarités et Sylvie Tomic (Génération.s) à l’Égalité et au Handicap.

A noter que l’économie confiée à Eric Lambert remonte à la 8e place avec une délégation au commerce et au tourisme. En revanche, plus de référence explicite à l’Economie Sociale et Solidaire contrairement au précédent mandat avec Camille Augey, adjointe à l’Emploi et à l’économie durable. Changement de vocabulaire également pour le tourisme qui ne se voit plus qualifié de « responsable”. Plus de trace non plus de la redevabilité pour revenir à une expression plus classique de “vie citoyenne”.

La culture avait été confiée en 2020 à Nathalie Perrin-Gilbert, alors alliée des écologistes. Quand elle a été écartée par Grégory Doucet suite à un désaccord politique, cette délégation a été reprise par Audrey Henocque. En 2026, la culture lyonnaise retrouve une adjointe qui s’y consacrera entièrement en la personne de l’écologiste Philomène Récamier.

Même si la sécurité est affichée comme une priorité par Grégory Doucet, cette thématique sensible est confiée désormais au 10e adjoint alors qu’elle était au 8e rang en 2020. Elle revient au socialiste Philippe Prieto qui aura la lourde tâche de faire oublier les accusations de laxisme ayant marqué le 1er mandat.

La santé a été retirée à Cécile de Laurens pour revenir à la socialiste Touria Mahjoubi, 11e adjointe. L’ancienne adjointe à la santé est désormais conseillère déléguée aux seniors.

Autre changement : l’écologiste Sylvain Godinot, ancien adjoint à la transition écologique, devient simple conseiller municipal délégué au logement social. Son plan pour faire de Lyon une ville climatiquement neutre en 2030, dans le cadre d’un programme européen, a été éclipsé par des initiatives privées comme la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC), très dynamique à Lyon.

C’est Gautier Chapuis, conseiller municipal sous le précédent mandat, qui est promu 16e adjoint en charge de l’adaptation de la ville au changement climatique et au patrimoine. Gautier Chapuis avait déjà récupéré, en cours de mandat, la délégation à la biodiversité de Nicolas Husson nommé en 2020 avant d’être écarté en 2022. Plusieurs adjoints de 2020 ont en effet quitté leurs fonctions avant la fin du premier mandat de Grégory Doucet. Cela a été le cas de deux autres adjoints écologistes : Victoire Goust qui a démissionné en 2021 et Florence Delaunay, pour raisons de santé, en 2024.

Sylvie Tomic a aussi progressé en responsabiité au cours du mandat. Devenue adjointe à l’accueil, à l’hospitalité et au tourisme responsable après la démission de Victoire Goust, elle avait également récupéré les délégations à l’égalité, à la mémoire, au culte et à la spiritualité. Sophia Popoff qui avait débuté comme conseillère municipale, est devenue en cours de mandat conseillère municipale déléguée au logement puis adjointe en charge, toujours au logement, en 2024. Elle est désormais en charge de l’Aménagement de l’espace public, de la Végétalisation, de la Biodiversité et de la Condition animale.

Valentin Lungenstrass, Sylvie Tomic, Philippe Prietto et Antoine Jobert, 2e, 7e, 10e et 18e adjoints à la Ville de Lyon.

 

Laurent Bosetti, ex-LFI opposé à la stratégie de listes autonomes, est nommé délégué aux Mobilités et au Cadre de vie comme 14e adjoint. Sous le précédent mandat, il était 4e adjoint.

Aux postes clés, on ne retrouve donc plus Raphaël Michaud à l’Urbanisme, ni Mohamed Chihi à la Sécurité pas plus que Steven Vasselin à la Petite Enfance. Tous trois n’ont pas été élus dimanche dernier. Et même réélus, ils n’étaient pas annoncés comme pouvant retrouver ces responsabilités.

Ce chamboule-tout parmi les adjoints est aussi le signe que Grégory Doucet a pris conscience, après une réélection obtenue au finish grâce à une fin de campagne extrêmement active, que son équipe précédente, même si elle ne lui semble pas avoir démérité, n’a pas totalement convaincu les Lyonnais.

 

Photo de Grégory Doucet au conseil municipal et photo d’ensemble du conseil municipal : @poolpresse

Photo des adjoints et de Grégory Doucet dans la cour de l’Hôtel de Ville : @L.Favrot

 

Cinq des sept élus municipaux lyonnais LFI : Laurent Legendre, Pauline Fevel, Amaïa Sainz Ruiz, Florestan Groult et Albert Lévy. 
Grégory Doucet et les élus écologistes au conseil municipal de Lyon

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