Gérard Collomb juge les écologistes

Gérard Collomb, en mai 2020, alors maire de Lyon dans son bureau de l'hôtel de ville.

L’ancien maire et président de la Métropole de Lyon n’a rien perdu de sa combativité. Au contraire, il joue son rôle d’opposant déterminé avec des attaques argumentées. Finances, économie, urbanisme, mobilité, sécurité… Rien ne lui échappe. Selon lui, le document d’orientation budgétaire présenté par la nouvelle majorité confirme ses inquiétudes.

À plusieurs reprises, vous avez exprimé votre crainte que les écologistes cassent l’élan que vous revendiquez avoir donné à la Métropole de Lyon. C’est ce que vous constatez ?
Gérard Collomb : Aujourd’hui, je peux même m’appuyer sur le document d’orientation budgétaire de la Métropole. Leur cadrage financier me semble irréaliste. Ils annoncent 3,6 milliards d’investissement au cours du mandat, malgré la crise, alors que nous étions à 3,5 milliards d’investissement dans une période économique plus favorable. La capacité d’autofinancement de la Métropole va baisser de 486 à 250 millions d’euros en seulement une année !

Du coup, comment comptent-ils financer leurs projets ?

Les écologistes vont endetter la Métropole de Lyon. L’an dernier, la dette s’élevait à 1,7 milliard d’euros et elle va passer, dès janvier 2021, à 1,9 voire 2 milliards d’euros. Résultat : le nombre d’années pour se désendetter qui était de 3,3 ans devrait passer à 8 ans et peut- être même à 10 ans en fin de mandat. Ils ont au moins l’honnêteté d’annoncer la couleur. Mais, à mon avis, ce sera pire car ni 2021 ni 2022 ne seront des bonnes années. Il faudra bien attendre deux ans pour que la Métropole retrouve son niveau de recettes d’avant la crise du Covid-19. Or, ce nombre d’années pour se désendetter, reste un critère clé pour juger de la santé financière d’une collectivité locale. À 10 ans de désendettement, on sera proche de la sortie de route! Le préfet pourra intervenir pour demander à la Métropole de réduire la dette.

Mais en ce moment, l’État s’endette lui-même énormément à cause du Covid-19 !

Oui, mais le Gouvernement vient de nommer un groupe de travail pour préparer un désendettement car à terme c’est insoutenable ! Sauf à augmenter massivement les impôts. Ce mécanisme est vrai au niveau national comme au niveau local.

La reprise du Rhônexpress et
 de la distribution de l’eau par la Métropole risquent également d’alourdir ces comptes ?

Oui. Les écologistes voulaient réduire le coût du Rhônexpress pour se rendre de Lyon à Saint-Exupéry. Finalement, cela va coûter 25 millions d’euros mais le prix du billet ne baissera pas, sauf pour les personnes qui travaillent à l’aéro- port. De même, pour la distribution de l’eau, rien ne certifie que ce sera moins cher en régie qu’en délégation de services publics. C’est très variable d’une ville à l’autre! D’autant que le contrat qui avait été négocié sous les mandats précédents, était extrêmement favorable à la Métropole. On avait obtenu une réduction de 25 % pour l’usager auprès de l’entreprise gérant ce service. À Paris, quand ils sont passés en régie, la réduction n’a été que de 8 %. À Lyon, je parie que la régie sera plus chère que la DSP. Mais ça, les contribuables lyonnais s’en rendront compte dans quelques années.

Avez-vous repéré d’autres décisions qui pourraient coûter cher selon votre analyse ?

Les écologistes veulent supprimer les affichages publicitaires. S’ils sont logiques, ils vont renoncer aux panneaux JCDecaux qui servent à financer Velo’V. Ce sera donc un service qu’ils vont également devoir reprendre en régie aux frais du contribuable. Je m’étonne aussi de leur volonté de fermer une des usines d’incinération car cela veut dire que si Gerland tombe en panne, on ne saura que faire de ces déchets. Par ailleurs, c’est incompatible avec leur volonté de développer des réseaux de chaleur qui avaient fait baisser la facture pour les particuliers car il faut bien les alimenter.

Est-ce que Bruno Bernard à la Métropole et Grégory Doucet à la Ville de Lyon “détricotent” certains de vos projets comme vous l’aviez annoncé ?
Ils ne pourront pas revenir en arrière sur un certain nombre de projets qu’on avait lancés, non seulement à la Part- Dieu mais aussi dans les quartiers en renouvellement urbain ou au Carré de Soie. Il faut encore compter plusieurs années pour mener à bien les opérations de la précédente majorité. En revanche, pour ce qui est du logement, il est clair que j’ai déjà quelques craintes.

Pourtant, les écologistes veulent accélérer la construction de logements sociaux !

Nous, nous construisions depuis 2001, environ 9 000 logements par an dont 3 400 logements sociaux. Bruno Bernard, le président de la Métropole, veut passer à 6 000 logements sociaux en augmentant la part de logements très sociaux, mais qu’en sera-t-il des autres types de logements ? Or, si on veut garder une mixité, il faut pouvoir maintenir un équilibre. Le terrain en centre-ville étant très rare, le risque est d’aller construire ces nouveaux logements sociaux dans des quartiers populaires comme le 7e, le 8e et le 9e arrondissement, ou l’Est lyonnais, là où il y a plus d’opportunités en termes de foncier. Mais si on n’augmente pas parallèle- ment la quantité globale de logements, on aura du mal à assurer une répartition équitable de ces nouveaux logements sociaux.

Au fond, qu’est-ce que vous craignez ?
Je crains qu’on paupérise de nouveau ces quartiers et qu’on revienne à la si- tuation des années 60 où une trop forte densité de logements sociaux a entraîné les tensions que nous connaissons aujourd’hui. Nous avions inversé la tendance pour aller vers plus de mixité en baissant la part de logements sociaux de 2 % à l’Est et en l’augmentant de presque 3 % à Lyon, à Villeurbanne et dans l’Ouest lyonnais.

La suite de cet entretien est à découvrir dans Mag2 Lyon de décembre, en kiosques et en vente ici.

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