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Gaz hilarant : Le nouveau fléau chez les jeunes Lyonnais

Bouteilles de protoxyde d’azote

Depuis le début de l’année, une quarantaine de jeunes ont été hospitalisés à Lyon à cause du protoxyde d’azote, souvent appelé gaz hilarant. Cet aérosol grand public est de plus en plus répandu dans les soirées des jeunes Lyonnais. Les explications du Dr Cécile Chevallier, du centre anti- poison de Lyon. Par Maud Guillot

Pourquoi les HCL et l’ARS lancent-ils aujourd’hui une alerte concernant l’usage détourné du protoxyde d’azote ?
Cécile Chevallier : La consommation de protoxyde d’azote à visée récréative n’est pas nouvelle. Cette “mode” a débuté dans les Hauts-de-France en 2019. Puis elle a gagné tout le territoire, par le biais des réseaux sociaux, à l’image d’autres pratiques comme le jeu du foulard ou les challenges. Grenoble et Clermont ne sont pas encore trop impactés, mais à Lyon, on voit désormais des bouteilles qui jonchent le sol. 

En quoi cela vous inquiète-t-il ?
Depuis début 2021, les structures de veille sanitaires que sont les centres Antipoison et d’Addictovigilance de Lyon enregistrent des cas de complications graves avec des patients de plus en plus jeunes. Ils ne se rendent absolument pas compte de la dangerosité de ce gaz qu’ils consomment en grande quantité. Car ce qui a changé, c’est l’arrivée d’un conditionnement en grosses bonbonnes alors que jusqu’à présent, on n’avait que des petites cartouches. 

En quoi consiste ce protoxyde d’azote ?
En médecine, il s’agit d’un gaz médical d’usage réglementé à visée anesthésique et/ou analgésique. On l’utilise pour déendre les patients, par exemple, pour traiter les plaies des enfants. Mais il est également utilisé comme générateur d’aérosols pour un usage culinaire. Pour les siphons à chantilly par exemple. Il s’agit donc d’un produit de consommation courante. Mais c’est comme les déodorants, on n’est pas censés se shooter avec ! 

Que recherchent les jeunes avec ce proto?
Un effet euphorisant et désinhibant. Un peu comme une ébriété. Son usage détourné consiste à inhaler le gaz par le biais d’un ballon. Le problème, c’est que les consommations peuvent être répétées et massives au cours d’une même soirée.Voire associées à d’autres toxiques comme l’alcool. Les jeunes viennent en soirée avec une bonbonne de proto comme ils viendraient avec un pack de bières. Ce gaz n’a pas une mauvaise odeur. Sur les réseaux sociaux, il est décrit comme “fun”. 

Ces bonbonnes sont-elles en accès libre ?
En mai 2021, une loi a interdit la vente aux mineurs. On ne peut pas non plus en trouver dans les commerces de proximité et les bureaux de tabac mais les achats se font sur Internet ou par le biais des trafics. Le problème, c’est qu’on ne peut pas le classer comme stupéfiant car les industriels et les autres usagers seraient pénalisés. Il faut vraiment faire de la prévention et de l’information. D’ailleurs, certaines associations s’en emparent. On est par exemple intervenu auprès du club de foot de Vaulx-en-Velin pour alerter les jeunes. 

Par exemple en expliquant les complications : quelles sont-elles ? Ce gaz a un effet de durée limitée. Donc pour le garder, on va multiplier les prises rapprochées. Ce qui induit des risques de somnolence, donc de chutes et d’accidents. Certains consommateurs en prennent au volant ! La police retrouve parfois des cartouches dans les voitures après des accidents. Or le dépistage est compliqué : les techniques sont en train d’être développées. 

Quels sont les autres risques pour la santé ?
L’asphyxie par manque d’oxygène, les pertes de connaissance, la désorientation… Il existe aussi un risque de brûlure, au niveau de la bouche et de la gorge. Quand on tire dessus, la bouteille se refroidit. Les jeunes coincent la bonbonne entre leurs cuisses pour utiliser le ballon et se brûlent avec le froid entre les jambes. Quand les jeunes consomment plusieurs bonbonnes par jour ou par soirée, les risques augmentent. Car une bobine équivaut à 60-70 petites cartouches ! 

Quels sont les effets graves en dehors des accidents?
Des complications neurologiques parfois sévères, avec troubles de marche. La toxicité du proto agit en sous-marin. Ce gaz attaque notre capital de vitamine B12, indispensable pour les neurones et le système nerveux. Les carences entraînent des fourmillements au niveau des mains et des pieds. Puis le jeune ne parvient plus à marcher. Parfois on a des troubles urinaires avec des fuites ou un problème d’érection. C’est d’ailleurs ce qui inquiète en général les garçons! On note aussi des complications hématologiques ou vasculaires, notamment anémie ou caillots sanguins… On peut enfin avoir l’installation d’une addiction. Le jeune consomme en groupe, entre amis ou dans les soirées étudiantes, puis il en prend tout seul. Le confinement a, à ce titre, joué un rôle défavorable. 

Ces cas restent-ils relativement rares ?
Non, on a enregistré près d’une centaine d’hospitalisations depuis début 2021. On doit être à une quarantaine depuis le début de l’année. Il y a donc une accélération. 

Mais ces effets sont-ils réversibles? S’ils sont pris en charge correctement. Il faut déjà stopper la consommation, puis apporter une supplémentation en vitamine B12. Je précise que les vitamines vendues dans le commerce ne sont pas suffisantes! Mais les séquelles peuvent durer plusieurs mois. Certains jeunes se retrouvent en rééducation plusieurs semaines comme s’ils avaient eu un accident de la route. Ce public étant un peu fuyant, il ne respecte pas toujours l’ensemble des soins: il arrête après quelques séances. Ce qui est problématique. 

Quel est le profil des consommateurs ?
Au début, c’était les étudiants qui le consommaient en soirée, comme le poppers. Mais ce produit s’est démocratisé. Tous les 15 à 25 ans, garçons et filles, peuvent être concernés. Ce ne sont pas forcément des “expérimentateurs” qui prennent d’autres substances. Ils sont juste poussés par les autres. Les parent doivent donc être vigilants.

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