Covid-19 : Quel impact sur l’ESS ?

Créée en 2013 et présente à Lyon, Grenoble et Saint-Étienne, Ronalpia a accompagné plus de 260 entreprises sociales en Auvergne-Rhône-Alpes. Elle a profité de ce vivier pour interroger une centaine de dirigeants sur l’impact de cette crise. Sa directrice, Léna Geitner, veut tirer le signal d’alarme sur les indispensables besoins de refinancement qui vont apparaître courant 2021.

Quel est l’impact du Covid-19 sur l’économie sociale et solidaire?
Léna Geitner : Nous avons réalisé une étude après le premier confinement et la situation évolue tous les jours. Mais ce qu’on peut déjà constater, c’est que la stratégie des structures de l’ESS a été complètement bouleversée depuis mars. Elles ont dû réviser leur plan de développement. L’impact économique a été immédiat, car leurs clients ont souvent décalé leurs achats. Les jeunes structures en croissance, âgées de moins de 4 ans, ont été particulièrement touchées, car elles avaient encore trop peu de trésorerie pour résister à une baisse du chiffre d’affaires qui a atteint jusqu’à 8 0 % de mars à mai et qui devrait atteindre 25 % sur l’ensemble de l’exercice. Et des projets de création ont été décalés à 20 21 .

Constatez-vous des différences entre association et scop, ou selon les secteurs d’activité?
Ce qui ressort de nos échanges avec l’URSCOP , c’est que les coopératives ont plutôt bien résisté jusque là même si les secteurs les plus impactés sont les mêmes que pour l’économie en général. En particulier la restauration. Quant aux associations, elles ont fait face à une double difficulté : le confinement, mais aussi le report des élections à juin 2020 , entraînant un décalage du vote de leurs subventions de plusieurs mois.

Mais certaines structures de l’ESS ont été au contraire surmobilisées !
Oui, les associations impliquées dans la lutte pour la précarité n’ont pas souffert parce que leur activité a été fermée pour raisons sanitaires, mais au contraire parce qu’elles se sont investies encore plus que d’habitude sans avoir toujours des subventions complémentaires. D u coup, elles ont entamé leurs fonds propres.

Vous pointez aussi beaucoup d’incertitudes…
C’est ce que nous remontent les dirigeants de l’ESS : les grands comptes vont-ils maintenir leur budget RSE ? Le mécénat va-t-il désormais se concentrer sur la santé et oublier les autres secteurs ? Les clients du secteur médico-social, eux-mêmes fragilisés, à qui les structures de l’ESS facturent leurs prestations, vont- ils les payer ?

L’ESS a-t-elle innové face au Covid-19 ?
Oui. O n a constaté une belle réactivité des structures de l’ESS qui ont accéléré leur digitalisation sans avoir toujours les meilleurs outils à disposition. Globalement, elles ont montré leur capacité de résilience en adaptant très vite leur offre et même en apportant des solutions faceàlacriseduCovid-1 9 .D e nombreux exemples montrent l’agilité des structures de l’ESS et leur connectivité au territoire. Exemple : MonSenior, une structure qu’on accompagne à Grenoble, a très vite proposé aux patients âgés des hôpitaux des places d’hébergement au domicile d’accueillants familiaux pour désengorger les services de réanimation et libérer des lits pour les patients atteints du Covid-1 9 .

Votre pronostic, c’est qu’on verra surtout l’impact dans quelques mois?
Oui, les structures de l’ESS ont passé cette période grâce à des équipes très engagées avec une surcharge mentale non négligeable. Certains sont déjà au bord du burn-out et quand sortiront les premiers bilans, on va aussi voir les conséquences financières. Aujourd’hui, la majorité des levées de fonds sont en pause. Toutes les initiatives de l’ESS ne vont pas pouvoir durer sans refinancement. Il faudra des capitaux, des prêts patients, des mécénats de la part des fondations avec l’aide de la Métropole de Lyon, on a déjà organisé des rencontres pour permettre à notre vivier d’entre-prises sociales qu’on accompagne de trouver des solutions. On s’en sortira aussi par la coopération entre structures de l’ESS qui est un vrai levier de survie, mais aussi avec les autres acteurs privés ou encore les pouvoirs publics. Je ne veux pas avoir un discours alarmiste, mais abandonner tout ce travail de l’ESS serait vraiment dommage. Les entreprises sociales sont aujourd’hui fragilisées par la crise, mais elles sont indispensables, car elles seront en première ligne pour innover pour la transition écologique ou prendre en charge les personnes précarisées par cette crise.

Suite à cette crise, est-ce qu’on constate la même appétence pour les modèles alternatifs de l’ESS que pour l’écologie par exemple ?£
Oui. Le nombre de projets d’entreprises sociales est en augmentation. On voit notamment davantage de salariés ou d’entrepreneurs expérimentés qui souhaitent se reconvertir en s’engageant dans l’innovation sociale. On est au moins autant voir plus sollicité pour nos programmes d’accompagnement. Ce phéno-mène est plus sensible dans les territoires périurbains et ruraux où l’appétence à l’entrepreneuriat social s’accélère.

Cet article est extrait du hors-série spécial Economie Sociale et Solidaire édité par Mag2 Lyon fin 2020. A acheter ici.

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