Black-Star roule pour le reconditionnement

Installé à Saint-Pierre-de-Boeuf, dans la Loire, Black-Star est le seul fabricant français de pneus reconditionnés pour voitures et camionnettes. Son nouveau PDG, Jean-Baptiste Pieret, 37 ans, compte notamment sur la loi sur l’économie circulaire pour développer ce marché.

Les entreprises industrielles françaises dont la production a augmenté de 20 % en 2020 malgré la crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19, ne doivent pas être très nombreuses. Mais c’est bien le cas de Black-Star, un fabricant de pneus reconditionnés installé à Saint-Pierre-de-Boeuf, dans la Loire, avec près de 90 000 pneus vendus en 2020 contre 75 000 l’année précédente. Et quand Jean-Baptiste Pieret, son nouveau PDG, a repris cette société en 2018, sa production s’élevait à 68 000. La progression atteint donc 35 % en trois ans.
Mais ce n’est pas la seule particularité de Black-Star. Cette société est aussi le dernier fabricant français de pneus reconditionnés. Il y a vingt ans, on en comptait encore une quarantaine. Il y a dix ans, ils avaient déjà été décimés. Seuls quatre survivaient avec un marché cinq fois supérieur à aujourd’hui. Le mouvement a été quasi identique dans toute l’Europe. Du coup, Black-Star comme ses concurrents européens, exportent peu et se concentrent sur leur faible marché national.

Comment expliquer l’effondrement de cette filière alors que récupérer des pneus usagés pour en produire de nouveaux prêts à l’usage, répond aux enjeux du développement durable qui ont pris une importance croissance sur cette période ?
En produisant un pneu reconditionné, Black-Star revendique économiser 80 % de matière première et 35 kg de C02 par rapport à un pneu neuf équivalent. À l’échelle de sa production, ce sont 3 150 tonnes de CO2 non rejetés. Cette moindre pollution et ce gain de matière permettent de réduire l’empreinte carbone de l’automobile.

Deux phénomènes se sont conjugués pour affaiblir le marché du pneu reconditionné. Tout d’abord l’arrivée massive de pneus chinois à bas prix qui se sont imposés dans la catégorie “budget”, qui rassemblent les modèles les plus accessibles, aux côtés de deux catégories supérieures : les “Quality”, des pneus de moyenne gamme, et les Premium. Particuliers et artisans ont préféré acheter ces pneus neufs basiques plutôt que des pneus reconditionnés. Du coup, même Laurent, filiale de Michelin, s’est retiré du marché TC4 : les véhicules pesant 3,5 tonnes, c’est-à-dire voitures de tourisme, camionnettes et 4×4, pour se concentrer sur le marché des poids lourds. À cela s’est ajouté une qualité inégale de certains fabricants. À l’époque, on parlait de pneus “rechapés” et tous ne respectaient pas la même rigueur de production, ce qui a pu altérer l’image de ce type de pneus.

SECURITE

Au contraire, Black-Star a parié sur la qualité depuis sa création en 1979. “On respecte exactement les mêmes normes que les pneus neufs, tout en étant 30 % moins cher que les Premium”, insiste Jean-Baptiste Pieret. Les pneus sont sélectionnés par les collecteurs de pneus usagés et à réception, ses collaborateurs en écartent de nouveau 10 à 15 % pour ne garder que les meilleurs. “On ne garde que les pneus dont la structure est restée saine”, ajoute ce dirigeant. La production respecte ensuite un principe strict pour ne rien céder à la sécurité : les pneus sont reconditionnés en respectant leurs caractéristiques d’homologation d’origine : dimensions, indices de charge et de vitesse. Ils ne sont jamais surclassés. L’entreprise s’est elle-même équipée d’un banc d’essai qui lui permet de faire les tests nécessaires pour être conforme aux réglementations européennes. Ce qui reste de la bande de roulement, soit à peu près 20 % du pneu, est râpé pour en imposer une toute nouvelle avant de passer à la vulcanisation. Cette cuisson fusionne la carcasse et la bande de roulement pour ne faire qu’un. Ce qui assure la résistance du pneu au fil des kilomètres. Le pneu est ensuite ébarbé, c’est-à-dire que le surplus de gomme est enlevé. Dernières étapes : une inspection tactile et visuelle puis un contrôle par scanner. “100 % de notre production passe dans cet appareil”, assure Jean-Baptiste Pieret. Ce qui permet de détecter des défauts ultimes comme des problèmes dans les “nappes” du pneu ou des bulles d’air. Chaque année l’UTAC, l’organisme technique central du contrôle technique des véhicules, vient auditer ce fabricant.

Black-Star a également survécu à l’effondrement de ce secteur grâce à une grande capacité d’adaptation et d’innovation. Ainsi, face à la chute du marché des pneus reconditionnés chez les particuliers, elle a ciblé les camionnettes et les 4×4 avec des pneus adaptés aux terrains boueux. Cette spécialité reste un de ses points forts mais la stratégie de son nouveau dirigeant est surtout d’élargir considérablement sa gamme, déjà riche de 300 références, en s’adaptant au marché. Exemple : 12 profils ont fait leur entrée l’an dernier pour étoffer son offre de pneus 4 saisons, et cette année, c’est huit nouvelles dimensions qui sont proposées. Des pneus aux dimensions des voitures électriques les plus vendues, comme la Renault Zoé, sont aussi disponibles. Même s’il est difficile de suivre l’inflation du nombre de dimensions proposées sur les véhicules neufs, rendant obsolètes de nombreuses dimensions anciennes. “On pourrait réduire le nombre de ces dimensions sinon de 20, d’au moins de 10, pour un résultat comparable”, confie Jean-Baptiste Pieret.

Reste un défi pour accélérer le développement des pneus reconditionnés. Sensibiliser le consommateur final. Aujourd’hui, Black-Star n’est pas en contact direct avec lui, même si un départ usine reste possible, car il vend à plus de 95 % de sa production à des professionnels qui les commercialisent, garages automobiles ou réseaux spécialisés. Soit 2 000 points de vente. Ces intermédiaires décisifs pour la fixation des prix donc des marges, vendent aujourd’hui d’abord du neuf. Il faut dire que de nombreux réseaux de distribution appartiennent à de grands groupes de pneumatiques : Euromaster est une filiale de Michelin, également actionnaire d’Allopneus, FirstStop et Speedy sont sous le giron de Bridgestone, BestDrive a été créé par Continental après le rachat de nombreuses structures indépendantes alors qu’il détenait déjà Eurotyre, tout comme Goodyear-Dunlop avec Vulco… Bref, si l’acheteur insiste, on lui fournira des pneus Black Star puisque sa gamme est disponible dans la majorité de ces réseaux mais ils seront rarement prescrits spontanément. Exception : Norauto qui vient de lancer une opération spéciale de mise en avant de cette marque, avec PLV et flyers dans 30 de ses points de vente au sud de Paris.

UNE LOI STRUCTURANTE

L’autre défi, c’est la qualité de l’approvisionnement. Aujourd’hui, deux éco-organismes, Alliapur et FRP (France Recyclage Pneumatique), gèrent le recyclage des pneus par appels d’offres départementaux. Le reconditionnement serait la voie idéale de valorisation mais c’est la plus confidentielle car elle nécessite de sélectionner les meilleurs pneus. Ce qui prend du temps et réduit leur marge. Du coup, les collecteurs retenus préfèrent des voies plus simples. La revente en occasion reste marginale en Europe mais certains les renvoient dans des pays africains moins regardant sur les normes. Autres solutions : la valorisation en granulats pour les routes et en sols pour les terrains de sport, ou encore en cimenterie comme carburant.

Du coup, Jean-Baptiste Pieret compte beaucoup sur le consommateur pour devenir prescripteur, notamment les jeunes générations. “Ils vont de plus en plus réclamer du pneu reconditionné comme ils demandent des pièces d’occasion ou des équipements électroniques reconditionnées. C’est rentré dans leur culture.” Il est même persuadé que ce mouvement est à l’oeuvre puisqu’en 2020, année où Black-Star a fait +25 %, le marché du pneu s’est au contraire contracté de 20 %.

Autre espoir : l’article 60 de la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire votée le 10 février 2020 qui stipule que l’appel d’offres de l’État, des collectivités et de leurs opérateurs porteront aussi sur des pneus reconditionnés. “On reproche souvent à l’État d’être suiveur, là ils montrent la voie. Il est proactif”, se félicite Jean-Baptiste Pieret. Un marché de 700 000 pneus… Actuellement, la production de Black-Star ne pèse que 0,24 % des 37 millions de pneus montés chaque année en France. Mais il serait en capacité de produire 300 000 pneus reconditionnés par an. “Ce qui veut dire qu’il y aurait à terme la place pour trois ou quatre autres usines de la même dimension que celle qu’on a dans la Loire, soit par un développement de notre activité, soit par l’arrivée d’autres fabricants. Cette loi peut être très structurante pour la filière.”

Article publié dans le numéro 3 du Guide Développement Durable de Mag2Lyon, disponible à la commande sur ce site :www.mag2lyon.fr/produit/hors-serie-developpement-durable-2021/

Et en version numérique sur www.journaux.fr

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