“Notre stratégie est globale et cohérente”

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Bruno Bernard, le président écologiste sortant de la Métropole, a mis l’accent pendant cette campagne sur les liens entre les questions environnementales et la santé. Végétalisation pour limiter les impacts du réchauffement climatique en ville, accompagnement des agriculteurs pour sortir des pesticides, nourriture bio dans les cantines scolaires, développement des mobilités douces et décarbonées… Par Lionel Favrot

 

Les thèmes de la santé et de l’environnement sont au centre de votre campagne électorale. Vous estimez ne pas être allé assez loin au cours de votre premier mandat ?
Bruno Bernard : Au cours de ce mandat, nous avons entamé une transition écologique très forte à travers l’évolution des mobilités, la question énergétique, la préservation de la ressource en eau, la végétalisation… Pourtant, la baisse de la pollution de l’air dans l’agglomération lyonnaise est parfois remise en question par vos adversaires ! Elle est pourtant incontestable : -23 % en moyenne et -37 % sur le dioxyde d’azote. Je vous rappelle que c’est pour les dépassements de dioxyde d’azote que la France est poursuivie par l’Union européenne. Avec ces baisses à Lyon, on est enfin dans le respect de la loi européenne actuelle. C’est encore insuffisant mais c’est une première étape. Cette baisse se poursuit depuis deux ans et si cela continue une troisième année, la France pourra sortir du contentieux européen.
En résumé, vous estimez avoir “fait le job” ?
Nous estimons avoir des résultats, mais il faut aller plus loin, notamment pour atteindre le seuil recommandé par l’OMS en termes de pollution aux particules fines.
Les Zones à Faibles Emissions ont été mises en place à la demande de l’Etat dans les grandes métropoles françaises pour respecter ces normes européennes. Elles ont été remises en cause, y compris par des élus qui les avaient votées. Seuls les écologistes défendent désormais ces ZFE accusées d’être des “zones à forte exclusion”. Vous avez vécu cela comme un “lâchage” ?
Totalement ! L’État n’a pas du tout assumé les ZFE. Il n’a pas accompagné les Métropoles concernées dans cette transition. Ni pour l’aide au changement des véhicules ni dans les contrôles quand les premières interdictions sont entrées en vigueur. Mais il faut rappeler l’essentiel : les ZFE, sont là pour répondre à un problème de santé publique. La pollution provoque chaque année des maladies graves notamment 40 000 cas d’asthme supplémentaires chez les enfants. Ces cas pourraient être évités si on respectait les normes de l’OMS. La pollution est responsable de près de 100 000 morts prématurées. C’est aussi une question économique : si la France respectait les normes OMS sur le dioxyde d’azote et les particules fines, son système de santé économiserait 11 milliards d’euros.
Pas de regret dans l’application des interdictions car vous avez semblé accélérer en début de mandat avant de mettre un coup de frein l’an dernier ?
La ZFE a été instaurée pour les professionnels en 2019, donc avant notre élection. Nous avons mis en place les mesures réglementaires avec l’interdiction des Crit’Air 5, 4 et 3 prévue par la loi, et nous avons réadapté le calendrier. Nous avons fait ce que nous devions faire. Aurions-nous pu le faire mieux ? Probablement, surtout si nous avions été accompagnés par l’État qui a été totalement absent. La situation ne va pas s’améliorer si la droite, l’extrême-droite et la France Insoumise ne sortent pas de leur blocage démagogique et irresponsable ! La ZFE n’est pas l’outil parfait, tout le monde est d’accord. Mais si on la supprime, des poids lourds vieux de 30 ans, interdits depuis 2019, vont de nouveau pouvoir rouler au coeur de la ville. Il faut absolument tenir sur ces sujets de santé qui sont davantage compris et soutenus par la population que ce qu’on croit.
Vous avez pris la présidence du Sytral, en plus de celle de la Métropole, pour marquer votre engagement dans le développement des transports en commun. Etes-vous satisfait du bilan ?
Nous avons multiplié par deux les investissements dans les transports en commun en lançant quatre lignes fortes : trois de tramway, T6, T9, T10 et une ligne de bus à haut niveau de service. Sous les précédents mandats, c’était une ou deux lignes. Nous avons renoncé au Métro E pour faire TEOL, le Tramway Express de l’Ouest Lyonnais. Ce choix nous permet d’économiser un milliard d’euros pour lancer de nouvelles lignes de tramway qui pourront irriguer le maximum de territoires de notre métropole et continuer à améliorer ce réseau qui est le meilleur de France avec 530 000 abonnés aujourd’hui. Nous pourrons bientôt lancer le T8 qui sera une ligne de rocade de Vaulx-en-Velin La Soie à la gare de Vénissieux. Elle sera connectée au réseau existant sans passer par le centre de Lyon.
Mais la fiabilité du métro lyonnais est remise en cause suite à des pannes en série…
Le taux d’efficacité du métro lyonnais a atteint 98,5 % en 2025. C’est mieux qu’à Paris qui est à 96,2 %. Notre objectif est d’atteindre les 99 % mais il ne faut pas confondre les “incidents voyageurs” qu’on ne peut pas prévoir et les pannes, qu’on peut réduire. C’est pour cela que nous avons lancé un grand plan de rénovation en 2022. Il faut se rendre compte que la ligne C du métro a plus de 50 ans !
Le tunnel sous Fourvière proposé par Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli ne serait-il pas une solution pour fluidifier la circulation en centre-ville ?
C’est un projet inutile en termes de mobilité. Seuls 15 % des gens qui empruntent actuellement le tunnel de Fourvière veulent simplement traverser la Métropole. Même avec ce tunnel, l’infrastructure existante sera donc nécessaire pour ceux qui veulent venir en centre-ville. De plus, ce projet qui coûterait les yeux de la tête, probablement plutôt 4 milliards d’euros selon les experts que les 2 millards d’euros annoncés, voire plus, nécessiterait 15 à 20 ans de travaux. Ce tunnel qui ne résoudrait rien, est de plus infinançable par rapport aux capacités financières de la Métropole de Lyon. S’il est choisi, on ne pourra plus rien faire d’autre !
Concernant la végétalisation, avez-vous atteint vos objectifs de rafraîchissement pour limiter l’impact des canicules qui s’enchaînent ?
Notre stratégie est globale et cohérente. Végétalisation, agriculture et alimentation bio, lutte contre les pesticides, protection de la ressource en eau… On a planté beaucoup plus au cours de ce premier mandat, aussi bien dans les espaces publics que privés puisqu’on a financé aussi des plantations de copropriétés et de bailleurs sociaux. On a même offert 2 000 arbres par an depuis trois ans à ceux qui ont des maisons individuelles.
Les effets de cette politique sont déjà visibles ou c’est trop tôt ?
On ressent déjà des effets indiscutables dans certaines rues. Exemple avec le traitement végétal de la rue Garibaldi. En période de canicule, la température mesurée est de 3° à 5° inférieure et en termes de ressenti, grâce à la sensation de fraîcheur sous la végétation, on est à -7°. C’est du long terme mais cette action nous permettra de compenser l’augmentation de température que nous allons subir et de pouvoir toujours vivre correctement lors des nombreux pics de canicule annoncés d’ici 2050.
Si vous êtes réélu, quel sera votre nouvel objectif dans ce domaine ?
La création d’une ceinture verte. A l’Ouest de la Métropole, elle s’est déjà naturellement constituée. L’enjeu, c’est d’avoir une continuité végétale à l’Est, du parc de Miribel à la Vallée de la Chimie. Ce corridor va relancer la biodiversité avec, au passage, un travail avec les agriculteurs de l’est de la Métropole dont les terres céréalières sont de vrais îlots de chaleur en été. Nous allons les aider à replanter des arbres et des haies. Nous voulons également travailler sur la Grande Porte des Alpes pour transformer ces surfaces commerciales et ces immenses parkings en éco-quartier avec une trame végétale.
L’Etat a suspendu certaines aides à la rénovation des logements.Avez-vous pu continuer dans la Métropole ?
Oui, nous avons déployé l’isolation des logements avec une centaine de millions d’euros de subventions ce qui a permis de déclencher 800 millions d’euros de travaux. 39 000 nouveaux logements ont été isolés au cours de ce mandat. Je veux aussi parler du déploiement massif des réseaux de chaleur urbain qui permet à des logements sociaux, des copropriétés, des collectivités locales, des hôpitaux et des entreprises, d’accéder à une énergie 30 % moins chère au prix du marché. Ce réseau de chaleur fonctionne à 90 % à partir d’énergie renouvelable ou récupérable. Soit 700 millions d’euros d’investissement. Un niveau là encore jamais été atteint sous les précédents mandats.
Où en êtes-vous de vos actions contre les PFAS, ces polluants dits éternels ?
Quand le scandale des PFAS a éclaté en 2022, nous avons été les premiers à porter l’affaire en justice. La décision obtenue par la Métropole va permettre à toutes les procédures d’obtenir la réparation des préjudices éventuels. Nous avons également initié une étude épidémiologique plus générale avec Santé Publique France. L’enjeux pour les industriels est d’aller au-delà du respect de la loi et de l’utilisation des produits et des seuils autorisés pour mettre sur le marché des produits réellement estimés sans risques pour les populations. Mais ce qui est vrai pour les agriculteurs est aussi vrai pour les industriels : ils sont en concurrence internationale avec des productions venant de pays qui ne respectent ni les normes environnementales, ni les normes sociales. Il faut assumer de fermer les frontières européennes sur un certain nombre de productions industrielles. On ne peut pas leur en demander plus si on ne crée pas les conditions économiques pour que ça fonctionne.
Avec le retour d’une nouvelle loi Duplomb, au nom justement de cette concurrence déloyale, le combat contre les pesticides ne semble pas gagner !
Les Français sont convaincus depuis longtemps qu’il faut réduire les pesticides mais il y a une forte résistance de la FNSEA qui est le syndicat majoritaire mais qui n’est pas le seul syndicat agricole. La Confédération Paysanne est favorable à la réduction des pesticides et au développement de l’agriculture bio. C’est une question de santé. On a d’ailleurs deux cancérologues à nos côtés Thierry Philip mais aussi Marie Castets, candidate dans la 8e circonscription. Cette directrice de recherche à l’Université, travaille sur la prévention des cancers des enfants au Centre Léon Bérard.
Vous revendiquez avoir initié une transition écologique de la Métropole. Vous semble-t-elle irréversible ou une alternance politique peut-elle la remettre totalement en cause ?
Rien n’est jamais irréversible. Quand Madame Sarselli déclare vouloir remettre des voitures dans des couloirs de bus, non seulement cela n’a aucun sens mais c’est à rebours de tout ce qui a été fait depuis Raymond Barre dans cette agglomération. Nous avons lancé des actions réfléchies. Même si tout n’a pas été forcément bien expliqué, ni bien réalisé, nous voulons continuer à porter cette vision claire et simple d’un territoire qui évolue dans le sens de l’intérêt général. C’est ça l’enjeu de cette élection : poursuivre ce mouvement.
Le niveau d’intérêt des citoyens pour les questions environnementales n’a-t-il pas baissé par rapport à 2020 et votre élection à la tête de la Métropole ?
75 % des gens approuvent notre politique de développement des transports en commun selon les différents sondages publiés ces derniers mois. Je sens moi-même une adhésion à beaucoup de nos politiques mais aussi des craintes face à un excès de travaux. Rappelons qu’en début de mandat, notre action été ralentie par le Covid et ses conséquences, puis nous avons bien sûr respecté toutes les phases de concertation et d’études. Nous avons donc dû agir en trois ans au lieu de cinq. Il nous faudra être meilleurs sur leur planification et mieux étaler les travaux pour qu’ils soient moins impactants pour les riverains, les commerçants, et pour nos déplacements du quotidien.

———ÉCONOMIE : CONTRE LE DÉCLINISME, UNE ATTRACTIVITÉ “PILOTÉE”

Bruno Bernard : “Loin des discours empreints de pessimisme sur un prétendu déclin de notre métropole, il est essentiel de revenir aux faits pour porter un regard juste sur la réalité de notre territoire”, a déclaré Bruno Bernard après la publication du Baromètre Arthur Loyd 2026 qui confirme que “Lyon s’impose comme la première métropole de France en matière de vitalité économique.” Jusqu’aux derniers jours de la campagne, Bruno Bernard a répliqué aux attaques de ses adversaires sur le déclin de la Métropole. “Le modèle lyonnais ne se contente pas de résister aux crises mondiales, il les traverse en se transformant. Il ne voit ni les questions sociales, ni les questions écologiques comme des freins, mais comme des moteurs d’attractivités et de résilience du territoire”, poursuit le président écologiste de la Métropole. Chiffres à l’appui : “plus de 50 000 postes nets créés depuis 2019 et un nombre d’entreprises artisanales qui a bondi de 39 300 entre 2019 à 48 500 en 2024, soit une croissance de près de 24 % en seulement cinq ans. Un engouement soutenu par la montée en puissance du “Made in Local”.Avec un autre indicateur en référence, le Baromètre EY de l’attractivité qui place Lyon en tête des métropoles françaises hors Paris avec “48 projets d’investissements étrangers concrets réalisés en une seule année.” Bruno Bernard termine en ajoutant un autre argument à son actif : “cette attractivité n’est plus subie : elle est pilotée pour qu’elle se conjugue avec des emplois pérennes et des complémentarités dans nos chaînes de valeurs locales. »

Photo @O.Fink/Mag2Lyon : Bruno Bernard lors de la présentation de son programme pour ces élections métropolitaines 2026

Entretien paru dans le Mag2Lyon N°178

disponible en kiosque, par abonnement, en commande au numéro sur

Mag2 Lyon 2025 2026 #4

ou en version numérique
https://www.journaux.fr/produits/presse/Actualit%C3%A9-9/Mag2Lyon-250518

 

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