“À Villeurbanne, les indicateurs sont bons!”

Le maire socialiste sortant de Villeurbanne se représente sans LFI ni le soutien de son prédécesseur Jean-Paul Bret. Mais il a cette fois un bilan et il revendique d’avoir agi aussi bien en termes de sécurité, d’économie, d’urbanisme, d’environnement que de culture. Loin des polémiques à Lyon où Grégory Doucet doit se défendre d’avoir négligé certains aspects. Par Lionel Favrot

Les élections municipales de 2020 et ce mandat ont été votre première expérience politique. Vous n’avez pas hésité avant de vouloir “rempiler” ?
Cédric Van Styvendael : Les premières années n’ont pas été simples entre la crise sanitaire et l’émergence de problèmes de sécurité très importants. La fonction de maire est passionnante mais extrêmement exigeante. Fallait-il repartir pour un nouveau mandat ? C’est une question que je me suis véritablement posée. Ce qui m’a décidé c’est d’avoir obtenu des résultats et d’avoir constitué un collectif très fort.
Vous n’êtes pas trop déçu que votre adjoint LFI Mathieu Garabédian se présente contre vous ?
Est-ce vraiment un vrai choix de sa part ? C’est une stratégie nationale de LFI. Ils ont fait le choix d’avoir un programme national dans lequel chacun pioche une partie des mesures. Ce n’est pas ma conception de la politique. Quand on vient d’être six ans au pouvoir, on n’a pas besoin qu’une instance nationale écrive le programme. Ce n’est pas parce qu’il s’égare que je vais commencer à dire du mal de lui, mais sa candidature rend difficile une alliance au second tour.
Et Jean-Paul Bret, votre prédécesseur, qui vous a soutenu en 2020 et vous affronte aujourd’hui ?
Je ne ressens pas de déception mais une profonde tristesse quand je vois Jean-Paul Bret, avec qui j’ai travaillé pendant de très nombreuses années, me tourner le dos, me renier et me critiquer d’une manière très violente. De la tristesse et de l’incompréhension.
A l’écouter, vous êtes devenu un otage de LFI ?
En 2020, quand je me lance en politique, c’est avec son soutien et il a apposé sa griffe sur l’accord avec LFI. Mais il a le droit de changer d’avis. Moi, je suis un peu plus constant. A part cet aspect là, je ne sais pas ce que me reproche Jean-Paul Bret. C’est à lui de s’expliquer. Au départ, le problème c’était LFI, et maintenant le problème c’est moi. En revanche, je suis outré qu’il affirme ne pas avoir encore choisi entre Bruno Bernard et Véronique Sarcelli pour la Métropole. Ça veut dire quoi de mettre le signe égal entre la gauche et la droite ? Que, lui, est maintenant de droite ? En tout cas, moi, j’ai choisi. Vous connaissiez déjà ce milieu politique en tant que directeur d’un bailleur social.
Qu’est-ce que cela change de passer de l’autre coté ?
La violence du monde politique, je la soupçonnais, mais je ne l’avais pas expérimentée au quotidien. La politique politicienne, c’est ce qui m’intéresse le moins. L’image de tous les partis politiques est aujourd’hui écornée au point que les électeurs considèrent que des chefs d’entreprises devraient rentrer en politique. On a aujourd’hui l’exemple avec Aulas à Lyon mais on n’avait pas vu cela depuis Tapie ! La fonction de maire échappe encore à ce rejet ? Oui, c’est une des dernières fonctions politiques encore créditée d’un peu d’efficacité !
Etre maire correspondait à ce que vous imaginiez ?
Gérer une ville, ce n’est pas gérer une boîte. Même si on peut introduire certaines méthodes managériales du privé, un élu ne donne pas directement des ordres. Il fixe un cap mais doit agir via l’administration qui assure la continuité du service et qui n’est pas au service du politique mais des administrés. Dans le respect des règles.
D’autres différences entre une entreprise et une ville ?
Une entreprise doit générer du chiffre d’affaires et des bénéfices alors qu’une Ville doit engager des dépenses au service de ses habitants. Exemple : j’ai dépensé beaucoup d’argent sur les économies d’énergie ce qui a baissé l’impact écologique de la Ville de Villeurbanne mais aussi sa facture énergétique. Enfin, comme Grégory Doucet l’a très bien dit en faisant référence à Jean-Michel Aulas qui a cédé l’OL à John Textor : “quand une Ville est mal gérée, on ne peut pas la revendre !”
De quoi êtes-vous le plus fier ?
De Villeurbanne Capitale française de la culture et des résultats en matière de lutte contre le narcotrafic au Tonkin. Je dis bien au Tonkin, je ne dis pas à Villeurbanne où tout n’est pas résolu. Au Tonkin, on a obtenu des résultats que personne ne pensait possibles. J’avais dit en 2020 que j’allais mettre la culture et la sécurité au coeur de mon mandat. J’ai tenu mes engagements.
Certains maires considèrent que la sécurité, c’est uniquement le rôle de l’Etat. Vous faites partie de ceux qui se sentent concernés ?
Oui, c’était déjà dans mon programme de 2020 même si je ne parlais pas encore de narcotrafic. J’en ai parlé suite à des tirs place des Maisons Neuves. A l’époque, le préfet n’avait pas apprécié que j’utilise le terme qui faisait peur. Mais il fallait bien nommer ces faits par leur nom ! Ce terme s’est généralisé en 2024, après le rapport parlementaire de Jérôme Durain et d’Etienne Blanc qui a démontré que cette violence avait déferlé dans toutes les grandes villes, et même dans des villes moyennes.
Qu’est-ce qui vous a permis d’être entendu par l’Etat ?
J’ai développé les effectifs de la police municipale et la vidéosurveillance. Ce qui m’a permis d’être mieux écouté par le ministre de l’Intérieur quand, en octobre 2023, je l’ai interpellé pour savoir s’il attendait d’avoir des morts pour agir après qu’on ait eu, trois fois de suite, des tirs devant une école de Tonkin. Le travail des habitants au sein du collectif Tonkin Paisible nous a aussi aidés à être entendus.
Qu’avez-vous obtenu de l’Etat ?
Gérard Darmanin nous a promis début 2024 le déploiement d’une brigade de sécurité territoriale qui est arrivée au Tonkin après la fin des Jeux olympiques. Avant, il n’arrivait pas à trouver ces treize policiers.
Pour quel résultat ?
On a démantelé neuf points de deal enkystés dans ce quartier. Certains généraient 30 000€ à 40 000 € de chiffre d’affaires par jour. Au Tonkin, les habitants ont retrouvé une jouissance normale des neuf lieux, halls, caves ou garages, qui étaient occupés, salis et dégradés. Neufs endroits où ils ne pouvaient plus ni passer ni se garer ni ranger leurs affaires à la cave. Le dernier a été fermé fin 2025. Ce sont des résultats importants. En un an, il y a eu cinquante mandats de dépôt qui ont été prononcés donc des gens en prison et en attente de jugement. Ceux-là ne peuvent plus aller tenir d’autres points de deal.
Mais le narcotrafic et les règlements de compte se poursuivent encore à Villeurbanne !
Ces premiers résultats importants ne signifient pas que tout est réglé. On a actuellement des problèmes de narcotrafic à GrandClément. Face à nous, on a des trafiquants organisés au niveau national ou international pour qui la question de la vie et de la mort ne veut plus rien dire. Une limite a été franchie. Mais si on a réussi au Tonkin, pourquoi est ce qu’on ne réussirait pas à Grand Clément ou ailleurs ? On sait maintenant comment faire.
C’est quoi la bonne méthode pour libérer un quartier du narcotrafic ?
Une intervention de la police, avec des moyens déployés non seulement sur le terrain mais aussi au niveau judiciaire, en concertation avec le maire et des habitants sensibilisés.
Il n’y a pas eu à Villeurbanne les mêmes polémiques qu’à Lyon sur la pertinence d’une sécurité renforcée ?
Non. J’ai organisé une conférence de consensus sur la sécurité en tout début du mandat. Pendant deux jours, policiers, pompiers, associations et habitants ont bossé pour déterminer la doctrine en matière de sécurité publique à Villeurbanne.
Vous êtes également fier de l’opération “Villeurbanne Capitale française de la culture” mais son coût a été beaucoup critiqué !
Il s’est même dit tout et n’importe quoi ! Le coût supplémentaire par rapport au budget culturel habituel de la Ville de Villeurbanne qui est de vingt millions d’euros, a été de cinq millions d’euros. Au regard des 700 000 spectateurs et de tout ce que ça a déclenché en matière de politique culturelle, notamment auprès des ministres pour qu’ils se préoccupent davantage de cette ville de 160 000 habitants, je vous assure que si c’était à refaire, je le referais.Pour moi, dépenser de l’argent pour la culture, ce n’est pas une perte, c’est de l’investissement sur des générations futures.
Comment avez-vous financé cela ?
Un million a été versé par l’État et par la Caisse des dépôts et consignations, et on a arbitré sur d’autres dépenses pour trouver les quatre millions. Depuis, on met chaque année, un million d’euros de plus pour la culture dans les écoles où on a ouvert des lieux dédiés avec des médiateurs. On amène aussi la culture chez les tout petits, à la crèche et dans les relais d’assistantes maternelles. Ce qui est marquant, c’est qu’on me demande combien coûte la culture mais jamais combien coûtent les 45 policiers municipaux de plus. Comme si les dépenses culturelles étaient forcément moins légitimes.
D’autres héritages de cette opération Villeurbanne Capitale de la Culture ?
Des jeunes qui avaient organisé un très grand festival, ont participé les années suivantes à l’organisation de la fête de la musique et de la fête du livre jeunesse. Cela a également créé des liens entre les acteurs culturels. Pour la première fois, les Nuits de Fourvière sont venues place Lazare Goujon pour faire un spectacle. Depuis, il y a des liens réguliers entre le TNP et les Nuits de Fourvière.
Côté mobilité, l’arrivée du T6 était quand même un projet déjà lancé sous l’ancien maire…
Je vous rappelle quand même qu’à mon arrivée à la mairie, le tracé du T6 n’était pas encore validé. Quant au projet de T9 qui va permettre de désenclaver Saint Jean, il n’était même pas envisagé. On l’a lancé et on a aussi récemment inauguré la passerelle qui enjambe le périphérique et le canal. Ce sont des éléments extrêmement structurants. En plus de ces deux lignes de tram, on a deux lignes de bus à haut niveau de service. Soit, en un seul mandat, quatre lignes fortes réalisées en totalité ou en partie.
Pas de polémiques non plus sur les travaux à Villeurbanne comme à Lyon ?
On me dit : “vous avez mis la ville en bazar !” Et pourquoi j’ai fait ça ? On avait vingt ans de retard en matière de transports en commun parce que Gérard Collomb, président de la Métropole, ne s’entendait pas avec mon prédécesseur Jean-Paul Bret. Lyon ou d’autres villes étaient donc servies avant ! Villeurbanne est passée de 150 000 à 163 000 habitants au cours de ce mandat. Heureusement qu’on a mis ce coup d’accélérateur sans précédent en matière de transports en commun. Sinon, ça allait être un enfer. Mais j’ai de la chance : les Villeurbannais sont plutôt patients même s’il y a quelques personnes irascibles. Il faut préciser que je les ai prévenus lors de mes voeux en 2022. J’ai annoncé qu’avant que Villeurbanne soit une ville enchantée dans dix ans, elle sera une ville en chantier.
Les opposants des écologistes leur reprochent d’avoir fait reculer l’attractivité de la Métropole. Et à Villeurbanne ?
Pas de chance pour ces détracteurs : dans le classement du JDD, qui n’est vraiment pas réputé de gauche, Villeurbanne gagne 29 places et rentre dans le top cent des villes les plus attractives de France. C’est un bond considérable. En cinq ans, on a gagné 150 emplois salariés privés, soit +15 %. C’est le plus fort taux d’augmentation de la métropole qui en gagné 50 000 au total. A Villeurbanne, on constate également +12 % d’entreprises artisanales créées et +20 % de croissance du chiffre d’affaires des commerces, malgré tous les travaux. On a un service de développement économique cofinancé entre la Métropole et la Ville qui est très efficace. Si besoin, je me mobilise. Quand le patron des Ateliers Jouffre, spécialiste des tissus d’ameublement, est venu m’annoncer qu’il risquait de partir faute d’accord avec son propriétaire, je suis allé le voir et on a trouvé une solution.
Qu’attendez-vous de la nouvelle foncière économique créée en parallèle au projet Gratte-Ciel et au réaménagement du centre-ville de Villeurbanne ?
On envisage de créer 25 % de surfaces économiques à loyer maîtrisé, un peu comme si on appliquait le principe du logement social aux entreprises. Ça, c’est le résultat de la recapitalisation. On a amené 40 millions d’euros d’argent frais, ce qui a déclenché 200 millions d’euros d’investissements possibles au cours des dix prochaines années. On pourrait même faire une ou deux opérations en dehors de Villeurbanne si la Métropole de Lyon le souhaite. On en a le droit et on est prêts. Globalement, il reste encore à faire mais, à Villeurbanne, les indicateurs sont bons !

Photo @L.Favrot/Mag2Lyon : Cédric Van Styvendael devant son local pour ces élections municipales 2026 à Villeurbanne

Entretien paru dans le Mag2Lyon n°178 disponible en kiosque, par abonnement, en commande au numéro sur

Mag2 Lyon 2025 2026 #4

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