Municipales 2026 Un débat pour rien ?

Les quatre principaux candidats se sont retrouvés hier sur le plateau de BFM pour un débat animé par les journalistes Elodie Poyade, Apolline de Malherbe et Yves Thréard. Pour les téléspectateurs qui attendaient d’être éclairés sur les différences entre leurs programmes, c’est raté. Par Lionel Favrot

Complexe de supériorité de Jean-Michel Aulas ? Personnalité incontestablement nationale, l’ancien président de l’OL n’a accepté qu’un véritable débat au cours de cette campagne, c’était celui organisé hier soir par BFM en partenariat avec Le Figaro. A ses côtés, les trois autres principaux candidats : Anaïs Belouassa-Cherifi, députée LFI, Grégory Doucet, le maire écologiste sortant et Alexandre Dupalais (UDR-RN).

Sur les trois journalistes présents sur le plateau, une seule journaliste de la rédaction de BFM Lyon, l’expérimentée Elodie Poyade. Comme s’il fallait absolument des journalistes des rédactions nationales, en l’occurence Apolline de Malherbe de BFM et Yves Thréard du Figaro, pour être digne de l’intérêt de Jean-Michel Aulas. Une stratégie maladroite qui l’a incontestablement desservi tant il a paru dépassé par les sujets et le rythme du débat, même de l’avis de ses plus fidèles soutiens s’interrogeant sur ce qu’il venait faire dans cette “galère”.

D’évidence, Elodie Poyade était la seule des trois vraiment capable de poser des questions précises aux quatre candidats sur des sujets lyonnais qu’elle maitrise pour les traiter quotidiennement. Ce qu’elle a démontré. Pugnace sur la tolérance supposée de l’ancien président de l’OL face aux supporters lyonnais proches de l’extrême-droite, elle a glissé des questions ciblées, chiffres à l’appui. Ce qui a permis d’avoir quand même quelques échanges éclairants sur des sujets comme la sécurité, ce qui inclut l’armement ou non de la police municipale, et la vidéo-surveillance. L’occasion pour Grégory Doucet de se distinguer d’Anaïs Belouassa-Cherifi car le maire écologiste refuse de la désarmer contrairement à la candidate LFI qui ne veut pas qu’elle porte d’armes létales.

Ce choix par Jean-Michel Aulas de media nationaux s’est finalement retourné contre lui. Même s’il a rappelé avoir présenté un programme complet la semaine dernière, il a dû se contenter le plus souvent de renvoyer “à sa lecture sur internet”.
En effet, Apolline de Malherbe qui a mené le débat, a consacré plus de 40 mn des 1h30 d’échanges aux suites politiques du lynchage à mort du militant nationaliste Quentin Deranque par des militants d’ultra-gauche, le 12 février dernier à Lyon. A savoir : est-ce que cela dissuade ou non l’écologiste Grégory Doucet de s’allier avec LFI au second tour ? Une question importante mais qui n’est évidemment pas spécifiquement lyonnaise puisque ce sujet des alliances à gauche est abordé sans cesse par les media nationaux depuis ce drame. Le maire de Lyon s’est révélé en cohérence avec la position de Marine Tondelier, la cheffe de son parti, c’est-à-dire une alliance sous condition. Aucune révélation donc malgré le temps consacré à ce sujet sensible. Grégory Doucet a aussi rappelé que la famille de ce jeune s’était indigné des “récupérations politiques indécentes”.

Les regrets d’Aulas

Concernant les propositions des candidats, on a entendu à un moment percer le regret de Jean-Michel Aulas de ne pas pouvoir aborder son sujet de prédilection, l’attractivité économique de Lyon et ses entreprises. Mais ce n’était visiblement pas le sujet que voulaient approfondir Apolline de Malherbe et Yves Thréard.

La surprise de ce débat a été Alexandre Humbert Dupalais. Le candidat soutenu par le RN et l’UDR, le parti d’Eric Ciotti, a fait oublier ses prestations totalement catastrophiques des élections législatives de 2024. Même s’il lui parait impossible de maitriser ses réflexes de persiflage qui le conduisent à ironiser sur ses adversaires en même temps qu’ils parlent. Souvent insupportables pour le téléspectateur mais parfois efficaces pour déstabiliser l’adversaire. Lors des débats des législatives sur BFM Lyon, les journalistes de la chaine l’avaient sèchement recadré. Hier soir, il a eu au contraire le champ libre, par exemple en demandant à Jean-Michel Aulas s’il n’allait pas également “offrir une bagnole” aux Lyonnais quand celui-ci a évoqué ses promesses de gratuité. Alexandre Humbert Dupalais s’est d’ailleurs montré assez habile en consacrant les deux tiers de l’émission à voler prestement au secours de Jean-Michel Aulas quand celui-ci cherchait ses mots pour, en fin d’émission, lui décocher méthodiquement ses flèches. A-t-il grappillé les quelques pour-cents qui lui manquent pour être au second tour? Ceux qui craignent l’extrémisme et la légèreté du personnage, resteront indifférents à sa prestation.
Seule femme sur le plateau, Anaïs Belouassa-Cherifi a dû se justifier sur les liens de LFI, son parti, avec la Jeune Garde, le groupuscule anti-fasciste mis en cause dans le lynchage à mort de Quentin Deranque car les mis en examen en étaient membres ou très proches. La partie n’était évidement pas facile pour la plus jeune du plateau. Elle a aussi glissé quelques propositions. Là aussi, les pro et anti LFI n’auront pas non plus changé de position en l’écoutant.

L’essentiel du débat s’est joué ailleurs entre un Jean-Michel Aulas qui se cherchait, et un Grégory Doucet très à l’aise. Donné perdant dans les sondages depuis l’automne dernier, avec quand même une récente remontée, le maire sortant a semblé sortir enfin de la sidération qui a frappé son camp depuis six mois. Très habile sur les réseaux sociaux ces dernières semaines, avec notamment des video Instagram rappelant son bilan, il a livré une prestation alliant l’assurance du maire sortant à une combativité de challenger. 

Ferme sur ses valeurs face au candidat UDR-RN, répliquant sans complaisance mais respectueusement à Jean-Michel Aulas, prenant partiellement ses distances avec LFI tout en ménageant Anaïs Belouassa-Cherifi à titre personnel, Grégory Doucet a pu convaincre des indécis lors de ces échanges.

Doucet judoka

Après ce débat qui s’est voulu national, on ne peut s’empêcher de penser aux déclarations de Grégory Doucet à Mag2Lyon en septembre dernier. “Ce dont je me réjouis, c’est que cette candidature de Jean-Michel Aulas et ces sondages, agissent comme une loupe posée sur la situation lyonnaise, donc les actions de notre municipalité.” Quant on lui a demandé s’il comptait “profiter de la médiatisation de la candidature de Jean-Michel Aulas pour exposer davantage son action écologiste”, donc “profiter de la force de l’adversaire pour le renverser, une technique de judoka”, sa réponse a été immédiate. “Absolument !” C’est ce qu’on a vu à l’œuvre hier soir.

Surprotégé par son équipe de communication depuis un an, le candidat Aulas était isolé hier soir. Restant autour de 45% des voix au 1er tour dans les dernières études d’opinion qui le donnent toujours gagnant au second tour, il voit son avance s’effriter peu à peu. Dans un duel au second tour face à Doucet, il part favori compte-tenu des probables reports de voix. En revanche, si le RN s’invite au second tour, le jeu devient bien plus ouvert. 

Sans oublier le poids des deux autres candidats absents du plateau car en cinquième et sixième position dans les sondages, à savoir Nathalie Perrin-Gilbert, ancienne adjointe de Gérard Collomb et de Grégory Doucet, et Georges Képénékian, ancien maire de Lyon. Leur expérience aurait pu ramener les débats autour des enjeux lyonnais de ces élections municipales. Leur score au 1er tour peut leur permettre de fusionner au second tour avec une liste s’ils font 5 à 10% des voix, et de se maintenir au-delà. Pour l’instant, Nathalie Perrin-Gilbert stagne et Georges Képénékian est passé de 4-5% à 7%. S’ils restent en-dessous de 5%, ils pourront encore influencer le second tour par un appel à voter pour l’un ou l’autre candidat.

Quant à l’impact réel de ce débat sur les élections municipales, il faudrait déjà évaluer ceux qui l’ont regardé jusqu’à son terme car cela exigeait déjà une certaine persévérance.

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