Le procureur de la République avait précisé hier dans une conférence le déroulé des faits qui ont précédé le lynchage à mort de ce jeune lyonnais jeudi dernier et annoncé la requalification des faits en homicide volontaire aggravé. Neuf personnes ont été interpellées ce mardi dont Jacques-Elie Favrot, un assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault. Par Lionel Favrot (*)
Tout a commencé en marge d’une intervention de Rima Hassan, députée européenne LFI, à Sciences Po Lyon, à l’invitation de l’association Euroka, jeudi 14 février.
“Un petit groupe de sept jeunes femmes du collectif Némésis organisait une démonstration devant l’Institut politique de Lyon pour dénoncer cette venue en déployant une banderole. Elles avaient au préalable demandé à un certain nombre de leurs amis de venir les aider en cas de violences”, a précisé hier lundi Thierry Dran, le procureur de la République. Deux de ces militantes ont alors été prises à partie, des violences qui leur ont valu 2 et 5 jours d’ITT.
“À ce stade, les jeunes hommes chargés d’aider le collectif Némésis n’intervenaient pas”, selon le procureur, “Toutefois, vers 18h00, ils étaient pris à partie, violemment, par un groupe d’une vingtaine d’individus. La plupart parvenait à s’enfuir, mais trois personnes se retrouvaient isolées et étaient immédiatement frappées par plusieurs individus.”
Au moins six ont frappé Quentin Deranque selon ce qu’a pu établir l’enquête à ce stade. Plusieurs vidéos ont déjà circulé montrant ce déchainement de violence. D’autres amis à lui l’ont aidé à évacuer les lieux et à rejoindre le quai Fulchiron, dans le 5e arrondissement, d’où ils ont appelé les secours.
Me Fabien Rajon, l’avocat lyonnais de la famille de Quentin Deranque, avait dénoncé un guet-apens et réclamé dès le lendemain des faits la qualification de ce lynchage en “meurtre en bande organisée”. La justice est allée dans ce sens.
“L’autopsie pratiquée ce matin par des experts médico-légaux sur Quentin Deranque a permis de déterminer qu’il présentait essentiellement des lésions à la tête. Les experts concluaient que ces lésions étaient au-delà de toutes ressources thérapeutiques et mortelles à brève échéance”, a détaillé le procureur de la République. “En conséquence, une enquête criminelle des chefs d’homicide volontaire et une enquête délictuelle pour violences aggravées par trois circonstances : en réunion, masqués et porteurs d’armes. Et du chef d’association de malfaiteurs, en vue de commettre un délit.”
Faits criminels
Dès hier, ce magistrat laissait entendre que les “auteurs directs des faits criminels” étaient en cours d’identification, “non pas sur des rumeurs, mais sur des éléments recueillis lors des investigations de police”, et que des interpellations allaient être effectuées.
Les services de police sont donc passés à l’action aujourd’hui avec dix interpellations dont Jacques-Elie Favrot, de la Jeune Garde, un groupement d’ultra-gauche fondé par le député LFI Raphaël Arnault, dont il est devenu assistant parlementaire. La Jeune Garde a été dissoute l’été dernier suite à des violences. Accusé depuis le départ par des militants identitaires d’avoir participé aux faits incriminés, Jacques-Elie Favrot avait démenti toute responsabilité par le biais de son avocat lyonnais, Me Bertrand Sayn. Gaël Braun-Pivet lui a retiré son droit d’accès à l’Assemblée nationale et Raphaël Arnault a entamé une procédure pour rompre son contrat.
Dimanche, plusieurs candidats aux élections municipales à Lyon ont suspendu leurs campagnes électorales et une minute de silence a été respectée à l’Assemblée nationale ce mardi après-midi. “Personne ne devrait mourir à 23 ans. Personne ne devrait mourir pour ses idées, a déclaré Yaël Braun-Pivet avec émotion, En notre nom à tous, j’adresse nos pensées à sa famille et à ses proches endeuillés. L’Assemblée Nationale condamne unanimement et sans réserve tous les actes de violence et de haine. Comme le rappelait Robert Badinter, dans une démocratie apaisée, ce n’est pas l’affrontement qui doit régner. Mais le Droit. Et la première des évidences dans une démocratie, c’est le refus de la violence physique.”
(*)Lionel Favrot n’a pas lien de parenté avec Jacques-Elie Favrot. C’est un nom répandu dans la région lyonnaise.











