Candidat à sa réélection, Grégory Doucet a tenu son premier meeting samedi 17 janvier au Sucre, une salle de spectacle de la Confluence. En ouverture, quatre invités dont Amine Kessaci, sont venus soutenir le maire écologiste sortant en livrant des témoignages en écho avec son bilan et ses nouveaux engagements. De quoi retourner la situation face à Jean-Michel Aulas ? Par Lionel Favrot
“Doucet n’est pas notre camarade ! “Doucet n’est pas notre camarade !” Les slogans fusent parmi la file d’attente qui tente de rejoindre le Sucre où se tient le meeting du maire écologiste de Lyon, candidat à sa réélection ce samedi 17 janvier. La sécurité a prévenu que la jauge était atteinte et qu’elle ne ferait plus rentrer personne. Ces manifestants ont donc décidé de révéler la véritable raison de leur présence au milieu des quelques dizaines de vrais sympathisants refoulés.
Mais d’autres ont réussi à rentrer. Au dernier étage de la Sucrière, le meeting commence à peine que la première intervenante, Sandra Buteau Besle, engagée à la FCPE du Rhône, une association de parents d’élèves classée à gauche, doit s’interrompre sous les mêmes clameurs hostiles. “Solution ! Solution !” Des tracts marqués du logo de Droit au Logement et de Réquisition sont jetés en l’air et finissent foulés aux pieds. Pas sûr qu’ils finissent recyclés ! Ces militants quittent la salle en file indienne sous les huées des sympathisants écologistes. “Attendez Aulas, vous allez vous marrer !”, lâche l’un d’eux à leur adresse.
L’ancien président de l’OL est en effet le favori des sondages et Grégory Doucet compte bien démentir ce pronostic. Factuellement, le maire de Lyon est-il en retard en matière d’hébergements d’urgence ? Depuis le début de son mandat, la Ville de Lyon et la Métropole estiment compenser les défaillances de l’Etat qui rappellent lui-même en permanence avoir démultiplié ses efforts. “L’Etat a déployé 27 000 places pour les sans-abris dans le Rhône.”, rappelait encore vendredi dernier la préfète du Rhône Fabienne Buccio lors de ses voeux à la presse. Une augmentation de “150% en 10 ans” pour un financement total de 117 millions d’euros en 2025, soit +6% par rapport à 2024. En réalité, l’afflux migratoire et la hausse des difficultés sociales relèvent sans cesse le nombre de places nécessaires.

Inclusivité
Le meeting reprend et Sandra Buteau Besle égrène ce qu’elle estime positif dans le bilan de Grégory Doucet. Ce dernier a récemment annoncé la gratuité des fournitures scolaires s’il est réélu. Cette parente d’élève cède la parole à Christophe Dercamp dit “Sixty-Nine” quand il endosse comme ce soir-là ses habits de scène de drag queer. Ce scientifique, ancien directeur général de Biovision et de BigBooster un accélérateur de start-up, a été adjoint du 4e arrondissement en charge des personnes âgées auprès de David Kimelfeld de 2014 à 2020. Depuis cinq ans, il s’est engagé dans l’association Les Audacieuses et les Audacieux pour ouvrir la Maison de la Diversité à la Croix-Rousse, la première maison pour senior LGBTQI+ *. Sa cible ce soir, entraînant des huées dans la salle : Béatrice de Montille, candidate LR sur la liste Cœur Lyonnais de Jean-Michel Aulas dont il est co-directrice de campagne : “elle qui a fait de la lutte contre le mariage pour tous un combat, elle qui s’oppose à l’éducation sexuelle dans les écoles.” L’orateur suivant, Mouttou Sagadevin, intervient comme ingénieur en efficacité énergétique pour souligner que le réchauffement climatique impacte les plus faibles, tout en prenant soin de préciser qu’étant lui-même “sourd, queer et racisé”, il tient à ce que les élus écoutent ces personnes plutôt que de parler à leur place. Ce qui suscite une vague d’applaudissements.

Le risque de narco-cratie
“La France, je le dis avec beaucoup de solennité, beaucoup d’authenticité, est à un point de bascule.” L’orateur suivant, Amine Kessaci, militant écologiste marseillais qui lutte contre le narco-trafic et dont deux frères ont été assassinés, est venu soutenir Grégory Doucet mais aussi alerter sur le risque de “narco-cratie”. Face aux risques de corruption des institutions, il appelle l’Europe à l’action. “A nous protéger en exigeant dans les accords de libre échange qu’on nous rende les narco-trafiquants qui, depuis Dubaï, depuis la Thaïlande, depuis l’Arabie-Saoudite, gèrent les trafics, font couler le sang dans nos quartiers à Lyon, Reims, Marseille…et dans les zones rurales.” Loin des accusations de laxisme vis-à-vis de Grégory Doucet, il affirme “qu’il a augmenté le nombre de policiers municipaux alors que le gouvernement a diminué le nombre d’enquêteurs.”

“A toutes les sales connes”
“Merci Amine pour ton combat pour la dignité et la justice !” Avec Sandrine Runel, qui le suit sur scène, retour dans la politique lyonnaise après ces interventions thématiques placées en début de meeting pour annoncer les priorités du candidat. Très en verve, elle joue la chauffeuse de salle. “Bonsoir Lyon !”, lance-t-elle comme un artiste retrouvant son public, “J’adore ça et en plus cela nous porte toujours chance.” Après s’être réclamée de quelques références historiques, des Canuts à Jean Moulin -“A Lyon quand les chemins se croisent, l’histoire s’écrit”, elle enchaine sur le bilan de ce mandat où elle a été en charge de l’action sociale avant d’être élue députée de la 4e circonscription de Lyon. “Grâce à Grégory Doucet, notre ville a rompu avec le béton. Ecole rénovées et végétalisées, des cantines où on mange mieux, bio et local. Un enfant sur deux mange pour moins de 1€ à Lyon. La pollution recule : -11% de particules fines. Respirer un air sain n’est pas un privilège, c’est un droit. Et à Lyon, l’accessibilité n’est pas une promesse, c’est un résultat. En 5 ans, nous sommes passés de 11% à 50% de bâtiments publics associés aux personnes en situation de handicap.”
De quoi préparer l’intervention à venir de Grégory Doucet et d’afficher la reconduite de l’union des écologistes avec le PS et le PC, d’autant plus cruciale que LFI a décidé de présenter sa propre liste. “Je suis fière de cette union que nous faisons vivre depuis 2020. Nous avons fait le choix de l’action, de la responsabilité publique et de la solidarité. (…) Nous l’avons prouvé, il est possible de gouverner autrement. Nous avons transformé cette vie avec sérieux, une gestion rigoureuse, un endettement maîtrisé et des finances solides.” Et elle commence à viser directement Jean Michel Aulas et sa liste Cœur lyonnais : “C’est le choix entre l’éthique et le poids des lobbies, entre une démocratie citoyenne et une manipulation des colères.” Mais en s’adressant “à toutes les sales connes”, référence à l’insulte proférée par Brigitte Macron contre des militantes féministes qu’elle déclenche la plus large ovation.

Bilan et promesses
Le meeting a commencé depuis plus d’une heure que Grégory Doucet arrive. Traversée de la salle sous les applaudissements, accolade avec Bruno Bernard, montée sur scène bras levés… Musique : “Hing Up” de Madonna, le fameux clip où elle reprend “Gimme ! Gimme ! Gimme !” d’ABBA. La star américaine parle d’un amour dont elle ne peut se décrocher. Celle des suédois des années 70 évoquait également une solitude amoureuse. Faut-il y voir une métaphore entre le lien du maire et de sa ville ? Deux musiques entraînantes au premier abord mais évoquant pourtant plutôt des moments d’attente voire de déprime !
C’est en tout cas un Grégory Doucet tout sourire qui insiste sur “le plaisir” qu’il a de se retrouver ici. Et il dramatise tout de suite les enjeux de cette élection municipale.
Justice sociale : “Cette élection est historique pour la ville que nous aimons profondément et dans laquelle nos familles et nos proches vivent chaque jour. le scrutin sera déterminant pour l’héritage de justice sociale et de solidarité que Lyon s’est constitué dans sa longue histoire et qui est cher à nos coeurs.”
Climat : “Nous devenons la ville la plus chaude de France. L’alerte rouge canicule a été déclenchée deux fois cet été, à quelques semaines d’intervalle. Et en 2050, lorsqu’il fera à Lyon aussi chaud qu’à Alger, comment nous préparer à traverser la Place Bellecour, fréquenter nos commerces, faire du sport avec nos enfants, prendre soin de nos aînés alors que le thermomètre avoisinera 50°. (…) Alors, l’adaptation de la ville n’est pas une option. C’est un devoir. Un devoir qu’ici, à Lyon, nous assumons.”
Et il s’adresse à chacun des intervenants qui ont ouvert le meeting : “Chère Sandra, dans nos écoles l’idéal d’émancipation se réalise grâce à la passion des enseignants (…), Cher Mouttou, ici à Lyon, nous savons que face au bouleversement du climat, nous ne sommes pas tous égaux (…) Cher Amine, ici à Lyon, dans chaque quartier, l’égale sécurité et l’égal épanouissement de chaque habitant est un impératif moral autant qu’un défi quotidien. (…) Cher Christophe, ici à Lyon, nous luttons contre toute forme de discrimination et d’exclusion.” Et de dérouler ses engagements s’il est réélu pour un second mandat :
“-un service public du logement dont la mission sera de permettre aux Lyonnaises et aux Lyonnais d’avoir accès à un logement abordable et confortable grâce à la création d’une garantie municipale des loyers, par la mise en place d’une assurance habitation et par la création d’un fond de rénovation thermique. (…) Personne, à Lyon, ne désencadrera les loyers,
-création d’une brigade anti-incivilités dont la priorité sera le respect du cadre de vie,
-un plan ambitieux de prévention et de lutte contre le trafic de stupéfiants. Il s’agit d’empêcher l’entrée de jeunes dans les réseaux de trafiquants, mais aussi de les en extraire avant qu’il ne soit trop tard. (…) Nous mettrons donc à l’abri et accompagnerons les familles les victimes du narcotrafic, comme nous mettons à l’abri à Lyon et depuis ce mandat les femmes victimes de violence et les défenseurs de droits humains menacés dans leur pays,
-nous avons multiplié par 67 le budget consacré à l’hébergement d’urgence. Ce sont des centaines de familles hébergées par la ville. Pour répondre concrètement au sans-abrisme, nous augmenterons encore notre budget d’1 million d’euros pour ouvrir de nouveaux lieux et places d’hébergement,
-nous poursuivrons notre travail de lutte contre le racisme, contre l’antisémitisme, contre toute forme de discriminations, et nous créerons un lieu phare et inspirant, la Maison de l’Egalité dont la première des vocations sera l’apprentissage de la citoyenneté pour les jeunes lyonnais,
-la sécurité, c’est aussi garantir l’accès à une alimentation saine et durable. Manger sainement dans nos cantines ne doit pas être un luxe : c’est tout le sens d’une tarification sociale qui permet de manger bio et local.
-La sécurité, c’est également éviter les renoncements à se soigner: c’est pourquoi nous déploierons 10 centres de santé pour renforcer l’offre de soins et nous mettrons en place une mutuelle municipale pour garantir une santé à moindre coût. Cela passe par la multiplication des espaces de nature comme le recommande l’OMS. (…) Nous continuerons donc à agir pour gagner de l’espace sur le béton, nous avons déjà repris 30 ha sur ce mandat. Et nous irons plus loin!
-La sécurité, c’est enfin garantir la prospérité. Lyon est une ville qui travaille (…). Une ville dont la diversité des commerces fait sa fierté autant que sa prospérité. (…) C’est pourquoi nous accompagnerons les professionnels – artisans et commerçants – dans leur installation, leurs démarches commerciales et leur développement.”
Pour finir par une justification de sa gestion face aux critiques de dérive budgétaires. “A ceux qui jouent les Cassandres, j’ai le regret de dire que nous avons mieux géré les finances publiques locales que leurs amis des gouvernements successifs depuis 10 ans.” Sans oublier de viser son principal adversaire Jean-Michel Aulas qui vient de présenter, avec Véronique Sarselli, candidate LR à la présidence de la Métropole, un projet de nouveau tunnel pour délester celui de Fourvière du trafic de transit. “Ne comptez pas sur moi pour engager un projet abracadabrantesque à plusieurs milliards qui fera les poches des automobilistes, la ruine de cette collectivité et qui ne réduira ni les émissions de CO2, ni la pollution, ni le trafic routier en surface.”
Ce premier meeting a montré un Grégory Doucet et des équipes de campagne très mobilisées. Les bases semblent posées pour une campagne plus active après quelques mois où un effet de sidération avait semblé tétaniser l’équipe sortante suite aux sondages favorables à Jean-Michel Aulas mais on est encore loin d’une démonstration de force.


*Voir Mag2LyonN°170
@Photo: L.Favrot










