Bruno Bernard est l’héritier politique de Gérard Collomb

Roland Bernard, chef d’entreprise, a été le plus fidèle soutien de Gérard Collomb tout au long de sa vie politique, des années 1980 à son élection comme maire et président de la Métropole en 2001. Aujourd’hui, à 81 ans, il considère que c’est Bruno Bernard -avec qui il n’a aucun lien de parenté- qui peut s’en revendiquer. Par Lionel Favrot

Pour sa campagne électorale, Jean-Michel Aulas se réfère à Gérard Collomb. C’est légitime ?
Roland Bernard : Il est gonflé ! En 2020, on l’a attendu pour nous soutenir au 1er tour des élections municipales. Il était du côté de la liste LR d’Etienne Blanc. Tout comme Olivier Ginon que Gérard Collomb a bien aidé dans ses ambitions économiques.
Jean-Michel Aulas est quand même soutenu par des anciens des équipes de Gérard Collomb !
Ceux qui l’ont trahi en 2020 comme Thomas Rudigoz ? A l’époque, ils demandaient à Gérard de se retirer parce qu’il avait 73 ans et ils soutiennent aujourd’hui Jean-Michel Aulas qui a 76 ans. De même : on me dit que Jean-Michel Aulas pourrait se retirer à mi-mandat et que cela ne les gêne pas. Pourtant, quand Gérard Collomb a fait la même proposition en 2020 à Georges Képénékian et à David Kimelfeld pour fusionner leur liste avec la sienne au 2nd tour, ils ont refusé.
Vous n’êtes pas sensible à ce large rassemblement ?
C’est une addition des contraires ! Christophe Geourjon et Denis Broliquier, de l’UDI, qui ont combattu Gérard Collomb toute leur vie, se retrouvent avec Fouziya Bouzerda et Yann Cucherat qui étaient avec lui. Fouziya Bouzerda qui était furieuse quand Yann Cucherat a été nommé à sa place par Gérard Collomb, est donc à ses côtés pour soutenir Jean- Michel Aulas. De même Franck Lévy qui a sabordé le groupe politique créé par Gérard Collomb au conseil municipal. Ils s’imaginent que Jean-Michel Aulas va les aider à revenir à la mairie mais c’est un homme intelligent qui va s’apercevoir que ce sont des profiteurs.
Gérard Collomb lui-même s’affichait aux côtés de Jean-Michel Aulas qu’il a soutenu pour la construction du Grand Stade dans les années 2000. Je vous rappelle l’histoire du Grand Stade ?
Il devait se faire à Vénissieux avec un investisseur américain mais Jean-Michel Aulas a refusé pour être propriétaire du Grand Stade. Làdessus a circulé la piste d’une installation à Pusignan puis au Montout à Décines. Sauf que ces terrains n’étaient pas constructibles. Ils ont été achetés pour un prix symbolique à un malheureux berger et quelques mois après, ils devenaient constructibles et le Grand Stade obtenait un permis de construire.
Gérard Collomb craignait-il déjà les ambitions politiques de Jean-Michel Aulas ?
Oui. Gérard avait peur des ambitions politiques des uns et des autres. Il avait cette faiblesse, de temps en temps, de perdre confiance en lui. Je ne l’ai jamais bien compris car chaque fois qu’on se promenait dans les rues, tout le monde se précipitait pour le saluer et l’embrasser. Les Lyonnais l’aimaient beaucoup. De toute façon, Jean-Michel Aulas a de l’ambition pour tout. Pour la Fédération française de football,pour la Ligue nationale de football, pour l’UEFA… Cet homme est un boulimique.
Gérard Collomb considérait-il lui-même avoir un héritier politique ?
Oui. Dans les derniers mois de sa maladie où on marchait très souvent ensemble pour parler de tout, Gérard Collomb m’a fait promettre de faire savoir que le seul qu’il estimait digne de se recommander de lui, c’était Thierry Braillard. Il m’a souvent répété : “il a été un très bon adjoint aux Sports et lui ne m’a jamais trahi”. C’est la raison pour laquelle il a tout d’abord pensé à lui pour prendre la tête de notre liste aux élections municipales de 2020 mais les ego se sont réveillés et d’autres élus lui ont barré la route.
En critiquant les travaux qui irritent les Lyonnais, Jean-Michel Aulas semble toucher juste…
A un moment donné, il faut rappeler que tous ces travaux des écologistes sur les réseaux d’assainissement sont indispensables ! A Lyon, on avait encore des tuyaux de gaz des années 1920 ! La hantise de Gérard Collomb, c’était une explosion de gaz comme rue Trévise à Paris en 2019, car on n’avait pas la cartographie précise des réseaux. Il avait exigé que trois véhicules circulent en permanence à Lyon pour détecter des fuites éventuelles et réagir au plus vite. Il s’inquiétait également beaucoup d’un risque de pollution des champs captants de Crépieux-Charmy.
Après les avoir combattus en 2020, comment jugez-vous aujourd’hui le bilan de Grégory Doucet et de Bruno Bernard ?
Les écologistes ont poursuivi des politiques initiées par Gérard Collomb comme la végétalisation, les zones piétonnes… Il avait demandé à Alain Giordano son adjoint à l’écologie de libérer la Presqu’île de la voiture. Prenez la rue Grenette. L’aménagement actuel, c’était aussi la volonté de Gérard Collomb car la circulation était vraiment infernale. Toutes les rues perpendiculaires à la rue Victor Hugo ont été plantées par Gérard Collomb et entretenues par les écologistes. Pour la place Gensoul, ils ont repris et amélioré notre projet. Le résultat est très réussi tout comme pour la rue Port du Temple, celle de la République, ou encore rue Emile Zola… Gérard Collomb a toujours pensé à la végétalisation quand il a urbanisé. C’est pour ça qu’il a fait les Berges du Rhône et les Rives de Saône, le parc de Gerland… Les jeunes d’aujourd’hui, veulent la campagne à la ville. Ce n’est pas possible mais on peut apaiser la circulation et installer des îlots de fraîcheur avec de la végétation.
Grégory Doucet passe encore mal dans l’opinion selon les sondages…
Grégory Doucet a démarré son mandat de la plus mauvaise des façons, en plein COVID et sans se mettre dans l’habit du maire de Lyon. Il n’a pas su communiquer sur son action ni créer un vrai échange avec les associations, les entreprises et les Lyonnais en général. À mon avis, il a failli de ce côté-là au début. Mais je vois maintenant une autre attitude. Il a pris conscience qu’être maire de cette grande ville l’oblige à être dans une forme de charisme plus authentique et moins idéologique.
La Zone à trafic limitée (ZTL) est la cible de toutes les critiques !
Cette ZTL n’est pas en vigueur toute la journée et elle facilite les déplacements des Lyonnais. Ce n’est pas la fermeture totale du centre-ville mais un compromis avec une zone définie pour justement apaiser le centre-ville. À mon avis, ce n’est pas une contrainte. Je me balade très souvent et les Lyonnais que je rencontre sont contents d’avoir moins de voitures en centre-ville. Les écologistes sont-ils allés trop loin ou trop vite ? Peut-être sur les pistes cyclables. Si aujourd’hui les gens râlent, c’est à cause de l’indiscipline des utilisateurs de vélos et de trottinettes. C’est au fond le vrai problème.
Et Bruno Bernard, lui aussi très critiqué pour un déficit de participation ?
Bruno Bernard a poursuivi le maillage de transports en commun qu’on avait prévu au Sytral. Et il n’a pas supprimé tant de places de parkings que son opposition l’affirme sauf des places à Perrache que personne n’utilisait. Il y a toujours des places libres à la Confluence par exemple, dans les parkings du centre commercial, du Marché-Gare et des Archives.
Lyon n’a pas perdu en attractivité à cause des écologistes ?
Les hôteliers n’ont jamais eu des taux d’occupation aussi élevés ! Et vous avez vu le nombre d’exposants au salon de l’Auto de Lyon ? Quant aux problèmes du centre-ville, ils s’expliquent par la progression du e-commerce et les problèmes de pouvoir d’achat. Il y a aussi une question à se poser sur les loyers. Les sociétés foncières, au lieu d’augmenter les loyers et d’assigner les commerces en justice, devraient essayer de moduler leurs prix et de leur donner la possibilité de rester en vie.
Le point faible des écologistes, c’est la sécurité ?
Il a peut-être eu une méconnaissance du risque d’ensauvagement des enfants par son adjoint la sécurité. Elle est de partout, même en campagne. Que font les parents de ces mineurs qui trainent dans la rue ? On ne pourrait pas leur demander ? Gérard Collomb avait renforcé la police municipale et Grégory Doucet ne l’a pas affaiblie. Il s’est fait un peu tirer l’oreille pour les caméras de vidéosurveillance, mais il a compris qu’elles pouvaient être aussi un élément important dans la gestion des délits. Ce n’est pas non plus les écologistes qui ont bloqué la construction de logements. Avec la crise économique et la hausse des crédits bancaires, il n’y a plus de primoaccédants. Mais les écologistes ont accéléré l’usage du bail réel solidaire pour obtenir des tarifs plus accessibles.
Selon vous, qui est aujourd’hui l’héritier politique de Gérard Collomb ?
Le vrai héritier aujourd’hui, et ça va surprendre tout le monde, c’est Bruno Bernard. Je vais vous faire une confidence. Bruno Bernard et Gérard Collomb se voyaient et se téléphonaient régulièrement avant sa mort en novembre 2023. Bruno Bernard a eu cette intelligence de poursuivre ce qu’il a fait et de reprendre à sa manière certains projets. Évidemment, on va m’accuser de le connaître car son père Roland Bernard, alors maire PS d’Oullins et moi, nous étions homonymes et tous les deux élus. On en jouait. Pour moi, Bruno Bernard partage avec Gérard Collomb cette capacité à ne pas créer de polémique et il sait lui-aussi se mettre au-dessus de toutes les politicailleries.

Entretien publié dans le Mag2Lyon 175 disponible par ce lien

Mag2 Lyon 2025 2026 #1

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