Woodkid 
: “Je joue au petit chimiste” 


Woodkid

Woodkid
“Je joue au petit chimiste”

Yoann Lemoine, plus connu sous le pseudonyme Woodkid, jouera à trois reprises aux Nuits de Fourvière en juillet. Le Lyonnais vient de sortir son deuxième album, “S16”, après avoir collaboré aux clips de stars comme Lana Del Rey, Moby ou Rihanna. Un show spectaculaire attend le public dans le théâtre antique! Interview. Par Clotilde Brunet 

Quelles sont vos attaches avec Lyon?
Woodkid :
J’ai passé mes premières années à Tassin-la-Demi-Lune puis ma famille a déménagé dans le Beaujolais. J’ai grandi dans les vignes. Après le lycée, j’ai fait l’école de dessin Émile Cohl. Les années de vie étudiante représentent un moment de grâce ! À l’époque, je ne me rendais pas compte de la préciosité de ce temps de liberté. 

Quelles relations entretenez- vous aujourd’hui avec votre ville natale?
Je viens souvent à Lyon, mes parents vivent toujours aux alentours. C’est une ville que j’aime beaucoup. J’ai l’impression que tout est moins écrasant, plus apaisé qu’à Paris. Je suis un fin gastronome! Lyon est une ville qui compte de très belles tables. 

Vous avez déjà été programmé aux Nuits de Fourvière en 2013. Le théâtre antique est une scène que vous affectionnez ?
Oui, j’ai habité à côté, à Saint-Just, pendant mes études supérieures. C’est surtout un endroit extraordinaire en termes d’histoire. Cette scène charrie toute une mythologie. 

C’est une création scénique hors-norme qui attend le public?
Hors-norme, je ne sais pas mais c’est une création qui comporte beau- coup de challenges techniques. C’est un show très musical mais aussi très visuel. J’utilise quelques innovations technologiques qui me permettent de raconter une histoire au public. 

Vous cherchez à faire voyager le public ?
Oui, je cherche à stimuler tous les sens. Quand j’étais jeune, j’avais des frissons en montant dans les montagnes russes. Pour moi, une soirée de concert, ce sont des montagnes russes émotionnelles. Le live a cela de particulier : on a les gens à disposition ! A priori, ils ne sont pas sur leur téléphone. Du coup, je prends la promesse de les stimuler au maximum. 

Il y a une émotion particulière à retrouver la scène après tous ces mois à l’arrêt?
Pour être honnête, j’ai cru que ça ne reviendrait pas. J’ai pensé à arrêter… Finalement, on a recommencé à tourner. Je suis très excité à l’idée de pouvoir réécouter de la musique et danser à nouveau. Ça fait un bien fou! Un concert c’est un pacte: le public achète des tickets, moi je me dois de donner tout ce que je peux. J’ai eu peur, au début, quand on nous a dit que les gens seraient masqués… Mais l’énergie est très forte. On se rend compte que, contraire- ment à ce qu’on a voulu nous faire croire, la culture est essentielle. C’est essentiel d’être heureux et de le partager avec les autres. 

Que signifie le titre de votre album S16?
C’est le symbole périodique du soufre. Je joue au petit chimiste dans cet album. Il y a une dimension qui est de l’ordre de l’expérience. Je mélange des choses improbables, je cherche à sortir des formats classiques: guitare, basse, batterie et à détourner des sons. 

Vous êtes-vous amusé ?
Énormément ! C’était une succession de challenges: faire tenir des filets de voix sur d’énormes orchestres, des voix plus en puissance sur des intrus aériennes ou encore travailler du piano comme s’il venait d’outre-tombe… C’est comme en gastronomie, j’adore le sentiment de manger quelque chose que mes papilles ne connaissent pas et de ne pas savoir si j’aime ou pas. J’ai toujours eu peur en studio quand quelqu’un me dit qu’un morceau lui fait penser à ceci ou cela. J’ai envie de proposer quelque chose d’à côté de l’époque actuelle. 

Vous avez expliqué que S16 touche à l’intime. Quelles thématiques abordez-vous ?
Mon premier album, au contraire, était un geste adolescent, épique. Une espèce de fable hollywoodienne un petit peu en surpuissance. Dans ce nouvel album, je reconnais que je merde sur certains sujets, que je suis parfois un peu à côté de la plaque, que j’ai même des accès de violence, que je suis destructeur par rapport à moi même… Au moment où l’on commence à accepter cela, on commence à s’accepter. C’est plutôt la célébration de soi comme quelqu’un d’absolument imparfait. Je trouve ça très beau, faisons-en une grande fête ! 

Vous avez longtemps voulu vous tenir éloigné des grandes maisons de disques.Vous avez changé d’avis en sortant votre deuxième album chez Universal Music ?
Je n’ai pas changé d’avis ! Universal Music a racheté le petit label chez qui j’étais jusqu’à présent. Je me suis retrouvé chez eux par défaut, je n’ai pas eu mon mot à dire. Mais c’est la musique qui importe… Et je suis un gros travailleur. J’ai la chance d’être entouré par des équipes et des organismes qui croient en mon travail comme le Centre National du Cinéma. Le CNC nous a énormément aidés sur les visuels de S16. Ils ont eu raison, ils nous ont amenés jusqu’aux Grammys, où le titre Goliath a été nominé dans la catégorie meilleur clip. 

Vous vous êtes d’abord intéressé à l’image, avant de vous tourner vers la musique…
Chez moi, il y a toujours eu un be- soin d’expression très fort. Ensuite, je pioche dans la palette d’outils à ma disposition, qu’ils soient vocaux, artistiques, techniques… Les mécanismes visuels peuvent être répercutés dans ma musique. J’ai appris le contraste pendant mes études d’arts. Aujourd’hui ma musique porte beaucoup sur le contraste, le rapport du bruit au silence… 

Vous êtes actuellement basé à Paris mais votre carrière reste tournée vers l’international. C’est un choix ?
Non, c’est comme ça! Je n’ai pas visé des pays en particulier. J’ado- rerais être plus reconnu en France. C’est le pays d’où je viens, le pays auquel je dois tout. Mais quand on est artiste, on est toujours frustré de ce qu’on n’a pas! En réalité, je suis très fier de ma carrière et très reconnaissant. Je viens d’être choisi pour mettre en musique le passage de la flamme olympique entre Tokyo et Paris 2024. J’ai travaillé plus d’un an et demi sur cette pièce, Prologue. 

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