La dessinatrice Coco témoigne dans Mag2 Savoies

Corinne Rey, dite Coco est une dessinatrice de presse, scénariste et dessinatrice de bandes dessinées française.

La dessinatrice de presse Coco publie “Dessiner encore”, un puissant récit graphique dans lequel elle raconte l’attentat du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo. Présente sur place, elle n’a pas été blessée mais quelque chose s’est à jamais fracturé en elle… Au fil des 352 pages, elle revient sur le long chemin de sa reconstruction. Interview de la dessinatrice, devenue la caricaturiste attitrée de Libération.

Pourquoi avez-vous choisi de vous consacrer au dessin de presse?
Coco : J’ai tout de suite aimé le côté réactif et éphémère du dessin de presse. L’actualité nourrit notre imagination… Je sentais que ça me ressemblait, je suis timide mais j’ai toujours été un peu fonceuse. C’est le gros paradoxe chez moi ! J’ai suivi des études à École Européenne Supérieure de l’Image de Poitiers. J’ai fait mon stage de fin d’études à Charlie Hebdo en 2007. Ça a été une révélation !

Le côté trash de Charlie Hebdo ne vous a pas gênée?
Non, je n’avais pas la culture politique de Charlie dont je n’étais pas une fidèle lectrice. Mais j’ai découvert une rédaction où il était permis de s’exprimer, de rigoler, de critiquer, d’être engagé…. De plus, j’ai toujours été athée, c’est une dimension qui m’a immédiate- ment parlé dans ce journal. Je n’ai d’ailleurs jamais rechigné à dessiner Jésus ou un quelconque fanatique religieux. À Charlie, personne n’empêche les autres de croire en Dieu tant que ça reste dans le domaine privé.

Est-ce que vous aviez conscience d’une menace réelle avant les attentats ?
Comme j’ai essayé de l’expliquer dans Dessiner Encore, j’étais encore étudiante à Poitiers au moment du procès des caricatures en 2007. J’ai vraiment réalisé qu’il y avait une menace après l’incendie en 2011. Mais les dégâts étaient uniquement matériels, les coupables n’ont pas été retrouvés et des protections ont été mises en place… On est vite passé à autre chose. La peur ne nous envahissait pas avant l’attentat. Il y a toujours des menaces… Qui peut savoir si elles vont être effectives? Qui plus est avec la violence qui règne actuellement sur les réseaux sociaux. On porte plainte contre chaque menace de mort.

Vous racontez aussi une forme d’insouciance le matin du 7 janvier…
Oui, on m’avait confié un super reportage juste avant. J’avais l’impression de prendre mes marques plus que jamais. C’était la première réunion de l’année dans une ambiance conviviale. Charlie m’a toujours fait penser à une famille de substitution. Dans ce livre, je voulais montrer l’innocence dans laquelle ça se passait. C’était un moment simple de gens qui bossent, qui dessinent, qui écrivent, qui pensent…

Dessiner a été un moyen de survie après l’attentat ?
Oui, je crois qu’on peut dire ça. On est rentré très tard du Quai des Orfèvres, le 7 janvier. Une journée s’est écoulée, où on se sent vidé, où on n’est plus que ça… Rapidement, on s’est dit qu’il fallait sortir Charlie, pour ne pas qu’ils tuent aussi ce journal. Le bouclage réalisé au siège de Libé a été très dur pour tout le monde. Ça me laisse une sensation de vertige. Par la suite, on était trop peu nombreux au journal. La seule bouée que j’avais, c’était de dessiner. Si je me concentrais sur des idées, ça m’évitait de penser aux frères Kouachi. J’ai bossé jusqu’à 3h ou 4h du matin pendant deux ans pour me coucher épuisée. Je ne voulais pas prendre d’antidépresseurs ou de som- nifères. Même dans la vie privée, on ne voit plus rien. Ma vie se résumait au 7 janvier et au journal.

Dans votre livre, vous avez choisi la métaphore de la vague pour montrer que c’est comme un océan qui vous submerge et qui vous emporte ?
Oui, ça m’arrive encore de pleurer sur le 7 janvier, pourtant ça fait six ans. Parfois des actus y font écho, je pense à Samuel Paty, à tous les attentats… Le traumatisme, c’est quelque chose qui vous explose au visage dans des moments qui peuvent être anodins. Un regard, quelqu’un qui me fixe trop ou un bruit sec, c’est un bruit d’arme pour moi… Je suis un peu en hypervigilance.

Pourquoi avez-vous choisi de ne pas représenter l’attentat ? Ce sont des pages avec des traits noirs…
J’ai déjà fait le choix de représenter la prise d’otage, l’ascension dans l’escalier… C’est une scène hyperviolente. Je pense que c’est suffisant pour supposer le reste. Je ne voulais enfermer personne dans l’image de la salle de rédaction. C’est irreprésentable. Ça ne sera jamais partageable pleinement parce qu’il y avait cette fulgurance, cette détermination… Les pages noires représentent le silence qui s’est abattu, le silence de mort, de la vie qui part… Quand on l’entend, on ne l’oublie pas. J’ai gratté ces pages, toute seule la nuit dans mon bureau. Ce sont comme des entailles, les entailles que ça laisse en vous. J’ai voulu inscrire ces pages dans quelque chose d’un peu plus conceptuel mais assez intense.

Découvrez la suite de ce témoignage puissant dans Mag2 Savoies, actuellement en kiosques. Mag2savoies.com

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